Le Crime au féminin #1 Jeanne Weber, l’ogresse de la Goutte d’Or

Depuis L’Assommoir de Zola, le quartier parisien de la Goutte d’Or a souvent eu mauvaise presse... L’affaire Jeanne Weber, l’une des plus célèbres tueuses en série d’enfants, n’arrangera en rien cette injuste réputation.

Née Moulinet en 1874 dans un village de pêcheurs des Côtes d’Armor, la petite Jeanne grandit dans une famille pauvre et ne goûte guère aux bancs de l’école... Elle partage son quotidien entre les tâches ménagères et la garde de ses deux frères et deux sœurs avant de quitter sa Bretagne natale pour Paris, à l’âge de quatorze ans. Il est temps pour Jeanne Moulinet de gagner ses propres deniers et c’est en qualité de bonne d’enfants qu’elle exerce, sitôt arrivée. Peu de temps après, Jeanne rencontre Jean Weber, un cocher. Le mariage sera célébré à la mairie du XVIIIe arrondissement.

Marcel Jean, Juliette, Suzanne et les autres...

Fin 1894, Jeanne met au monde un petit Marcel Jean, qui ne survivra pas au-delà de ses trois mois. Jean Weber est réputé pour son alcoolisme, aussi personne ne fait cas de la faiblesse de cet enfant que l’addiction de son père a rendu fragile par hérédité, comme le veulent les théories médicales de l’époque. Quatre années et un déménagement plus tard, Marcel Charles voit le jour, suivi, début 1900, d’une petite sœur, Juliette, qui vivra seulement trois jours... Difficile aujourd’hui de ne pas incriminer la mère... À la suite de ce décès, les époux déménagent une nouvelle fois au 8 bis, passage de la Goutte d’Or. Pour rapporter un peu d’argent au ménage, Jeanne effectue de menus travaux et garde les enfants de ses belles-sœurs. Trois de ses petites nièces succomberont aux étranglements de l’« ogresse »... La belle-famille et le voisinage réalisent, contrairement aux diagnostics des médecins, que c’est bien Jeanne qui leur a porté atteinte.

Une médecine scientiste toute puissante

Au cours de sa carrière de tueuse en série, l’ogresse de la Goutte d’Or aura tué au moins dix enfants. Sa funeste épopée restera dans la postérité autant par l’horreur de ses crimes que par le fiasco médico-judiciaire qu’elle représente. Le 29 janvier 1906 s’ouvrira le procès de Jeanne Weber à la Cour d’assises de la Seine, présidé par le juge Bertulus. Les médecins témoignèrent de morts naturelles à cause de crises de « suffocation », ce qui lui vaudra d’être acquittée alors qu’elle est accusée de huit meurtres ! Suite au procès, Jeanne Weber sera embauchée dans un hôpital pour enfants avant d’être finalement surprise en 1908 en train d’étrangler le petit garçon d’un aubergiste. À ce moment-là, Jeanne Weber est déclaré folle. Le 23 août 1918, elle s’éteindra à l’asile d’aliénés de Fains-Véel, victime d’une « crise de folie ».

Pour aller plus loin :
L’Ogresse de la Goutte-d’Or, de Solange Fasquelle, Presses de la Cité, coll. « N’avouez jamais », 1974.

S.A.

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