Les larmes noires sur la terre - S - A -

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  • Nicolas Elie 7 juillet 2017
    Les larmes noires sur la terre - S - A -

    Si tu suis un peu mes pérégrinations littéraires, t’as lu Sandrine Collette déjà. T’as marché dans la neige avec les fourmis, et t’as mangé la poussière soulevée par le vent…

    Ici, elle t’emmène pas loin de chez toi, pas loin des villes qui font de la lumière et qui fabriquent les mirages à coups de rêves, ces rêves qui font que parfois tu tombes et que tu te relèves pas.

    L’histoire, c’est comme d’hab, pas important, juste un prétexte au milieu des mots, des émotions aussi, celles de Moe justement, parce que c’est son histoire. L’histoire d’une ville-prison qui pourrait être la casse juste à côté de chez toi, celle que tu aperçois quand tu regardes à la fenêtre, sauf que là, il y aurait des gens dedans.

    Cinq femmes, magnifiques, qui vont te raconter leur histoire, cette histoire que tu connais, parce que ça pourrait être la tienne, ou celle d’une autre, que t’aurais lu dans un journal.

    Il y a Jaja, Poule, Marie-Thé, et Nini. Et puis il y a Ada. Celle qui sait. Celle qui console. Celle qu’on respecte parce qu’elle est sans doute l’essence même de la Femme. Cette essence qui vit dans chacune de celles qui se sont levées pour résister.

    Résister à la noirceur, au désespoir, à ces coups reçus, l’un après l’autre, et qui t’empêchent de te relever, quand après le bonheur entrevu tu ne t’appelles plus que « la colorée », puis « la taipouet », puis plus rien. Quand tu oublies jusqu’au nom de celui qui est né au milieu du malheur, issu d’une violence supplémentaire, et quand il faut que tu te forces pour ne pas que son prénom, Côme, ne soit plus qu’une marque dans la terre noire, comme les larmes que tu laisses couler.

    Tu vas pleurer, avec Moe, à cause de toutes ces directions manquées, de toutes ces erreurs commises au nom du rêve qu’on t’a fait miroiter, et tu vas sourire aussi, parfois, en regardant Côme vivre et rire face au malheur. Tu vas apprendre le goût du thé à la menthe et à quel point son parfum peut être synonyme de petit bonheur, ces petits bonheurs que tu accumules pour en fabriquer un encore plus grand, celui qui te fera sortir de cette prison, remplie de désespoir, de cris, et de larmes.

    Tu vas tout essayer, pour gagner un peu d’argent, tu vas vendre ton corps, toi aussi, avec Moe, plus de vingt fois par nuit, tu vas faire la mule et devenir ce que tu n’aurais pas imaginé il y a quelques mois encore.

    Tu vas rêver des arbres, des brins d’herbe par millions, de la rosée, et du printemps.

    Et puis tu vas te dire, comme moi, que ce que Sandrine Collette te raconte, c’est demain matin. Qu’enfermer les pauvres et les sans-abris, leur interdire les centre-villes, c’était hier matin, déjà. Que la peste brune, elle est pas si loin de nous et que l’éthique, la morale, si tu les caches bien, il te reste à voir les sombres côtés de l’âme, tu sais, ce truc qui pèse que 21 grammes…

    Que la sélection, elle a déjà commencé. Demande à ceux qui bossent en SEGPA, j’en connais, et ils vont te dire que ouais, on y est. Ceux qui suivent pas, ils restent sur le bord, et pas forcément pour regarder passer les autres, parce que parfois, les autres, ils leur marchent dessus à coups de godasses cloutées. Parce que la morale, c’est plus enseigné. Trop compliqué après quand on te demande de faire la queue pour le dernier smartphone au milieu des autres moutons. Parce que tu vas comprendre, comme le dit un chanteur que j’aime bien, que « l’homme descend pas du singe, qu’il descend plutôt du mouton »…

    Plus de piliers pour tenir la société bien droite, plus de colonne vertébrale pour tenir les hommes debout.

    Elle a passé un cap, Sandrine Collette. Jusqu’à présent, elle était un auteur de roman noir, et un bon. Avec ce livre, elle devient un écrivain, un écrivain tout court, et j’en connais pas des masses.

    Elle t’a fait toucher du doigt la solitude glacée, celle du brouillard et de la neige, celle du sacrificateur, seul face aux dieux et à son destin.

    Puis elle t’a emmené, emporté, dans celle de la Patagonie, la solitude du vent et de la poussière, des hommes qui te regardent pas, qui t’empêchent même d’exister, qui te rouent de coups pour t’enfoncer sous la terre.

    Dans ce dernier roman, elle te fait respirer la solitude de demain, celle qu’on nous apprend à ignorer, quand tu passes devant un être humain, sans domicile fixe, et que tu tournes les yeux pour ne pas le voir. Cette solitude-là, que tu ressens quand tu rentres chez toi, et que t’es tout seul face à tes rêves de gosse, ceux que tu fais plus, sauf de temps en temps.

    Tu te rappelleras la prochaine fois, un être humain.

    Il y a un type qui a écrit il y a longtemps :

    « Tu n’as pas sommeil, tu fumes et tu veilles, t’es toute écorchée.

    T’es comme un chat triste, perdu sur la liste des objets trouvés.

    La nuit carcérale, tombant sur les dalles, et ce lit glacé.

    Aller et venir, soleil et sourire, sont de l’autre côté… »

    L’autre côté, c’est celui que va te montrer Sandrine Collette.

    C’est un roman noir, ils disent, les autres blogueurs qui t’expliquent les choses en analysant le style…

    Pas moi.

    C’est juste un putain de roman qui claque à toutes les pages.

    Un putain de roman qui va t’obliger à croire à nouveau en l’humanité, parce qu’on n’a pas le choix.

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