Petite histoire du polar, épisode 1 - À l’origine était le crime

Avant-propos : to be or not to be Polar ?

Longtemps déconsidéré, associé à une « lecture plaisir » mal-vue, largement plébiscité aujourd’hui, le polar est un genre littéraire puis cinématographique qui a une histoire, mais qui n’a assurément pas d’unité. Car, au-delà des rapprochements et des tentatives de classification, il est une chose à bien garder en tête : chaque oeuvre est unique, bien que s’y mêlent influences et filiations, et derrière les noms se trouvent toujours des sources mystérieuses et inattendues...

Passé cet avertissement, plongeons ensemble dans les noires origines du polar, et essayons de démêler les différents fils de l’enquête sur ce genre aux nombreuses branches...

À l’origine était le crime (1)

Mais qui donc est à l’origine du polar ? Question sans réponse, tant les influences sont nombreuses et d’origines diverses. Penchons-nous néanmoins sur ses inspirateurs reconnus...

Un nom fait globalement consensus quant à la fondation du polar « moderne », c’est-à-dire celui de l’enquêteur, et c’est l’Américain Edgar Allan Poe, qu’admirait (et a traduit) Baudelaire, entre autres. Son Double Assassinat dans la rue Morgue (1841) fait figure de précurseur, avec son détective, le chevalier Auguste Dupin, qui va résoudre une énigme à l’aide de son esprit...

Le polar, héritier des Lumières ?

D’autres évoquent... l’Antiquité et Oedipe roi (écrit entre -430 et -420 avant JC) de Sophocle où, sans complexes, Oedipe mène l’enquête sur l’assassinat du roi Laïos, son père, qu’il a commis lui-même sans le savoir.

Certains (plus chauvins ?) évoquent d’autres sources, parmi lesquels Balzac et son roman Les Chouans (1829) où le personnage de Corentin fait ses premiers pas dans le police et l’espionnage.

Si rien ne manque à Poe comme figure tutélaire, c’est le français Emile Gaboriau qui peut le premier revendiquer son héritage avec son personnage de Tabaret, dit Tirauclair. Il connaît son premier succès avec L’Affaire Lerouge (1866), inspire Conan Doyle avec Monsieur Lecoq (1869) et son personnage éponyme ou Simenon grâce à ses portraits psychologiques subtils comme dans Le Crime d’Orcival (1866).

Un grand précurseur, des admirateurs, un héritier qui transmet le flambeau à d’illustres écrivains : pas de doute, un genre est bien né...

Voir aussi : Le juge Ti, l’Emma d’Austen, Maurits Hansen, E.T.A. Hoffman, Balzac : ces précurseurs méconnus du polar.
Voir aussi : Edgar Allan Poe, à l’origine des mauvais genres.
Voir aussi : Emile Gaboriau, héritier du roman populaire, précurseur du roman policier.
Voir aussi : Eugène-François Vidocq, source d’inspiration, père de la police judiciaire et des détectives privés.


Rendez-vous vendredi prochain (le 17 mars) pour la suite...

Galerie photos

  • Polars urbains 3 juillet 2017
    Petite histoire du polar, épisode 1 - À l’origine était le crime

    Sur Œdipe, cf. l’excellent chapitre que lui consacre Christos Markogiannakis dans "Scènes de crime au Louvre" (Le Passage 2017) : Fils et époux, père et frére, détective et meurtrier.

  • 1001histoires 11 août 2017
    Petite histoire du polar, épisode 1 - À l’origine était le crime

    Robert van GULIK
    Ainsi naquit le roman policier historique ....

    Robert Van Gulik ( 1910 - 1967 ) est de nationalité hollandaise. Durant son enfance puis pour des raisons professionnelles ( il fut diplomate ) il a parcouru le monde , appris de nombreuses langues ( notamment le chinois avant l’âge de vingt ans ) et séjourné en Asie de l’Est et bien sûr en Chine. Il épousa une chinoise en 1943. Chaque pays visité était pour lui l’occasion d’effectuer des recherches sur les civilisations qu’il découvrait ( de nombreux détails figurent sur le site suivant http://www.bibliotrutt.lu/artman2/publish/tome_4/Note_16_suite.php ). Robert van Gulik est un sinologue réputé et parmi les multiples sujets qu’il étudia , figure le roman policier chinois. Il a traduit puis publié en 1949 un roman policier chinois anonyme datant du 18ème siècle et relatant "Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti". Le titre de cette traduction en anglais ( 1949 ) est "Dee Goong An , three murder cases solved by Judge Dee". Publication en français : "Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti" ( Editions Christian Bourgeois , 1987 puis Editions 10 - 18 , 1988 ). C’est un des premiers sinon le premier roman policier historique . Ti jen-tsi est un personnage historique qui vécut en Chine au 7ème siècle ( 630 - 700 ) durant la dynastie des Tang . Juge , détective et homme d’état , il acheva sa carrière auprès de l’impératrice Wu zehan.

    Robert van Gulik a aussi traduit un manuel de jurisprudence et d’investigation chinoises datant du 13ème siècle. Il s’en est inspiré pour imaginer d’autres enquêtes du juge Ti. Cette série des enquêtes du juge Ti constitue un véritable témoignage historique ainsi qu’un portrait réaliste de la justice et de la pensée chinoises confrontées à des énigmes criminelles durant le 7ème siècle. La préface des "Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti" écrite par Robert van Gulik est particulièrement instructive ; l’auteur révèle qu’il a volontairement atténué voire gommé quelques caractéristiques propres au roman policier chinois afin d’offrir au lecteur occidental des écrits plus compatibles avec ses goûts. Les particularités du roman policier chinois que Robert van Gulik n’a pas souhaité mettre en avant sont : coupable connu dés le début , intervention du surnaturel , nombreuses et longues digressions , multitude des personnages , description précise du châtiment réservé au coupable. Malgré tout la lecture des aventures du juge Ti écrites par Robert van Gulik demeure parfois difficile à apprécier pour qui serait insensible à la pensée chinoise . Mais c’est là que réside l’intérêt des titres qui ont suivi la traduction des "Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti", il apporte au lecteur un dépaysement géographique efficace , une leçon d’histoire atypique et un suspense original. Il faut sans doute être curieux pour apprécier Robert van Gulik !

    Trois affaires criminelles résolues par le juge Ti  : traduction par Robert Van Gulik en 1949 d’un roman policier chinois anonyme et publiée en français aux Editions Christian Bourgeois en 1987 puis chez 10 / 18 en 1988. C’est Robert Van Gulik qui a inventé un titre à chacune de ces "trois affaires" :

    - le double meurtre de l’aube

    - le mystérieux cadavre

    - la jeune mariée empoisonnée

    La préface , rédigée par Robert Van Gulik , apporte des informations très complètes sur la littérature policière chinoise et le système judiciaire chinois au 7ème siècle et cela permet de mieux apprécier le roman . Une postface est constituée de commentaires de Robert Van Gulik sur le texte original chinois , sur sa démarche suivie lors de la trduction et d’annotations explicitant certaines scènes du roman.

    Les textes sont accompagnés de dessins réalisés par Robert Van Gulik lui même , par contre ce n’est pas le cas des illustrations des couvertures des différentes éditions.

    Les trois affaires ne sont pas datées , Ti est magistrat de Tchang - ping et assisté des quatre adjoints ( Hong , Ma , Tao et Tsiao ) que l’on retrouve dans les titres écrits par Robert Van Gulik.

    http://mille-et-une-feuilles.over-blog.com/2013/12/robert-van-gulik.html

Votre commentaire

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?