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Résumé :
Questionné sur ses idées et leur origine, l’auteur se tourne vers son enfance, heureuse mais anormale, marquée par une menace non révélée, afin de trouver les sources de son inspiration.
En creusant, il découvre des éléments d’épouvante et de violence qui ont façonné son écriture.
Une plongée saisissante dans un destin familial marqué par un père diabolique. Grangé se révèle : peut-on jamais échapper à ses origines ?
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lecturesdudimanche 24 juin 2026
Je suis né du diable - Jean-Christophe Grangé
Ça faisait plusieurs années que je n’avais plus ouvert un Jean-Christophe Grangé. J’avais pourtant été profondément marquée par certains de ses romans : l’incontournable Les Rivières pourpres, bien sûr, mais aussi Lontano et Congo Requiem. Puis, à partir de La Terre des morts, j’ai décroché. Pas par rejet, simplement parce que l’envie n’était plus là, avec ce sentiment diffus d’un pur déversement de violence gratuite. J’en étais donc restée là dans ma relation littéraire avec l’auteur.
Et puis, je suis tombée presque par hasard sur une interview de Jean-Christophe Grangé autour de Je suis né du diable. Et là, je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté. D’abord parce que ce titre parle de lui, de ce qu’il est. Il s’annonce comme un thriller pur jus, notamment par sa scène d’ouverture, mais il s’agit en réalité d’un texte profondément personnel. Car tout y est vrai. Voilà donc un livre capable d’éclairer autrement l’homme derrière l’écrivain.
Je suis né du diable n’est donc pas un roman à proprement parler, même s’il en adopte par moments les codes. C’est un récit autobiographique.
Jean-Christophe Grangé y choisit une construction très particulière : il prête alternativement sa plume à sa mère et à sa grand-mère, tandis que sa propre voix revient régulièrement s’intercaler. Il ne s’agit pas de témoignages bruts, mais d’une reconstitution sensible et maîtrisée, qui fait dialoguer les générations.
Et ce que ces voix racontent en douceur est d’une violence extrême.
La figure centrale du récit reste sa mère. À travers la parole que l’auteur lui prête, on découvre une relation d’emprise totale avec Jean-Claude Grangé. Un homme profondément toxique, violent physiquement, manipulateur, destructeur, menteur. Issu d’une classe aisée, l’argent familial camoufle les fautes et répare les dérapages. Jean-Claude frappe sa jeune épouse, la rabaisse, la force à boire et l’oblige à sortir alors qu’elle est enceinte. Il tente ensuite de la priver de son bébé, cherche à l’isoler, à la contrôler, à la posséder entièrement. Il la fait passer pour une femme aux nerfs fragiles, incapable de prendre soin d’elle-même ou de son enfant. Sa position d’étudiant en médecine, l’ombre de l’héritage familial et son charisme lui confèrent une aura que personne ne remet en question.
Tout cela se déroule dans le Paris de la fin des années 50 et du début des années 60, à une époque où une femme est encore largement définie par son mariage, où partir est un scandale, et où rester est présenté comme une fatalité. Les convenances, les injonctions sociales et la culpabilité enferment un peu plus encore les victimes.
La parole de la grand-mère vient alors s’entrelacer à celle de la mère.
Elle-même a connu une forme de violence, essentiellement psychologique. Un mari qui ne la frappait pas, mais qui la dominait par ses mots, ses silences, ses remarques. Une violence sourde, insidieuse, qu’elle a appris à supporter.
Mais précisément parce qu’elle connaît ce mécanisme, elle comprend très vite que, pour sa fille, la situation a basculé dans quelque chose de bien plus grave. Elle voit le danger. Elle agit. Elle tente de la sortir de là. Elle protège sa fille et, surtout, son petit-fils.
C’est grâce à cette vigilance et à cet amour que Jean-Christophe Grangé sera, autant que possible, préservé. Entouré. Aimé. Même si les premières années de sa vie laisseront une empreinte profonde.
La troisième voix du livre est celle de Jean-Christophe Grangé lui-même. Elle revient régulièrement, apportant recul, analyse et lucidité, avec un apparent détachement, parfois même une certaine froideur. Il explique avoir longtemps refusé de se pencher sur son histoire familiale, persuadé d’être plus fort que cela. Jusqu’au jour où, trop enfoncé dans la dépression, il a dû s’avouer vaincu et regarder frontalement cette part de son passé qu’il avait toujours tenté d’esquiver.
Une plongée dévastatrice, mais nécessaire, qui lui permet de comprendre ce qui nourrit ses obsessions littéraires : la violence, la domination, la folie humaine. Il ne s’excuse pas. Il ne se retranche pas. Il sait qui il est. Il assume pleinement sa notoriété et met enfin des mots sur ce qui l’a façonné. Il ne feint pas l’effacement et ne joue pas la carte de l’humilité de façade. Il regarde sa trajectoire avec une honnêteté rare, sans se cacher derrière une modestie convenue. Mais là où sa voix se voile et touche le plus, c’est lorsqu’il évoque ces deux femmes qui ont tout fait pour le protéger.
C’est un livre extrêmement dur. Tous les codes du thriller sont là, au point que l’on pourrait parfois croire à une exagération. Et puis l’on se rappelle que tout est vrai. Que rien n’est romancé pour faire peur. Que de vraies personnes ont vécu l’enfer. Et qu’au milieu de tout cela, un petit garçon a grandi.
Et c’est précisément cette réalité brute qui rend Je suis né du diable profondément terrifiant.
Je suis né du diable raconte une lignée abîmée, mais pas brisée. Une histoire où la violence se transmet, mais où l’amour, lui aussi, circule, résiste et répare. Cette histoire aurait pu n’être qu’un récit de destruction. Elle est aussi, paradoxalement, un récit de survie. Là où tout semblait écrit, deux femmes ont tenu bon. Elles ont protégé, aimé, résisté, et dévié la trajectoire. De cette obscurité est née une voix. Celle d’un écrivain apaisé qui, aujourd’hui, ose enfin regarder le diable en face.
loeilnoir 26 janvier 2026
Je suis né du diable - Jean-Christophe Grangé
Reporter international, scénariste et scénariste de bande dessinée, Jean-Christophe Grangé célèbre pour ses thrillers diaboliques dont certains sont adaptés au cinéma ou à la télévision, est avant tout un écrivain torturé. Il livre dans ce récit autobiographique les faits de violences qui ont marqué sa petite-enfance et ont façonné ses futurs écrits. La création, sorte de « convulsion intime » devient le moyen d’exorciser la marque du diable portée par la figure paternelle.
Années 60, une scène ultra-violente se déroule en plein Paris : l’enlèvement d’une femme par plusieurs hommes encagoulés. Cette scène impensable, que l’on pense tirée d’un film, n’est autre qu’un fait réel. Il s’agit d’un père de famille enlevant avec des comparses sa propre épouse, par ailleur mère de son fils. Bien qu’étant antérieure à ses deux ans, cette scène est la genèse de l’oeuvre de Grangé. Il n’en a gardé aucun souvenir, mais il lui a fallu huit ans de thérapie pour surmonter son impact. De nombreuses recherches auprès des membres de sa famille, l’accès au dossier du divorce de ses parents dans lequel il découvre l’horreur, ont nourri le questionnement de l’auteur à propos de ses origines.
Par alternance de chapitres, l’auteur rend hommage à Michèle, sa mère et à Andrée, sa grand-mère dont il relate le destin commun, celui de « toutes les femmes victimes de l’emprise des hommes« . Roman féministe, émouvant, touchant, écrit par un homme qui a survécu au pire grâce au combat de ces deux femmes. La voix de Michèle relate sa belle-famille et son mariage avec un homme qui n’est ni un mauvais père, ni un mari violent, mais « simplement le diable« . Dès le début de leur relation, elle entrevoit le pire, suspecte le comportement anormal de l’homme qu’elle s’apprête à épouser, mais aveuglée par un amour encore pur, elle manque cruellement de discernement. Dans un premier temps, il n’est pas spécifiquement violent physiquement, mais l’est dans sa façon de la soumettre, enceinte, lors de soirées de débauche quotidiennes dans lesquelles il l’oblige à boire et à se droguer. L’alcool et la drogue sont le ciment du couple, mais par convenance, Michèle l’épouse et met au monde Jean-Christophe, un nouveau-né chétif et malvenu. Le portrait de Michèle et d’Andrée souligne la condition de la femme dans les années 50 et 60 : ne dépendre que du mari, respecter les convenances, se taire et se soumettre. Le regard lucide d’Andrée voit l’insouciance de sa fille se déliter, mais, bienveillante et protectrice, elle s’inquiète avant tout de l’enfant à naître, « un enfant de la peur ».
Les critiques négatives iront droit au fait : Grangé se raconte, s’apitoie, se déverse, parle de son enfance choyée entre mère et grand-mère, de ses blessures d’enfant gâté… Bien évidemment, hormis ses deux premières années, il a été élevé dans de la ouate, s’est passionné très tôt pour la littérature et une fois devenu adulte a su s’entourer des bonnes personnes, a fait les bons choix en dépit de quelques années d’errance et d’un job alimentaire qui lui a pourri la vie pendant un an (quand ça n’a pas de sens, ça n’a pas de sens, je lui accorde bien volontiers), mais l’auteur n’est pas à plaindre, d’autres ont connu bien pire et ne s’en remettront jamais. Et puis huit ans de thérapie, tout le monde ne peut pas se le permettre. Mais ce récit autobiographique est courageux, valeureux et va vers l’essentiel dans le sens où il joint l’intime à l’universel : quelles sont les séquelles de la violence exercée dans l’entourage d’un tout-petit ? Le malaise insidieux qui s’installe dans le couple, la tension latente, peut-elle être ressentie in-utero ? La réponse positive à toutes ces questions nous rappelle à quel point nous devons nous soucier des violences intra-familiales.
Notre personnalité se forge au moment crucial de l’enfance, chacun réagissant différemment aux évènements. Grangé pose la question de la filiation, de l’héritage, de ce que l’on transmet de façon transgénérationnelle… Pour conjurer le sort, il a tout fait pour « être à la hauteur » de ses enfants, même si la violence paternelle est ancrée en lui : tout était violence chez cet homme, y compris son absence. Grangé abhorre cette violence mais l’utilise dans son art, sorte de catharsis qui transforme ses angoisses en objet esthétique.. Il analyse le phénomène freudien de « sublimation », avec l’exemple de la fascination éprouvée pour les films d’horreur qui désamorce les véritables peurs fondées sur de réelles menaces. La fascination pour l’horreur, ressentie dès ses plus jeunes années, est le seul moyen pour lui d’approcher ce père absent. Un témoignage fort, émouvant sur un des auteurs les plus en vue de ces trente dernières en années.
spitfire89 20 janvier 2026
Je suis né du diable - Jean-Christophe Grangé
Autofiction de Jean Christophe Grangé, une histoire qui n’est pas habituelle pour les lecteurs qui suit les romans de ce dernier. Une lecture qui nous plonge dans les zones d’ombres de l’enfance de l’auteur. Nous sommes dérouté au départ de ce livre, une narration à trois voix, le destin d’un enfant marqué par un père diabolique, une autofiction qui nous subjugue par ce témoignage qui remonte au racine d’une obsession d’un monstre. Grangé raconte une histoire sur le mal dans un genre presque similaire à un thriller avec un père qui va kidnapper et être prêt à enterrer une personne vivante car cette dernière l’avait repoussé, un récit de l’hyperviolence, glaçant et prenant, on n’en ressort pas indemne.
"Mon père n’était ni un mauvais père, ni un mari violent. Il était, purement et simplement , le diable."