L’interrogatoire de Marc Fernandez

Bepolar : Comment est née l’idée de cette nouvelle collection Sang Neuf chez Plon ?
Marc Fernandez : Les éditions Plon, les premières à avoir publié les SAS de Gérard de Villiers et les James Bond de Ian Flemming il y a très longtemps, n’avaient pas de collection de polars à proprement parlé. Alors, quand Vincent Barbare, le PDG, a décidé de revenir dans la course au noir, elles ont cherché un directeur de collection. Et me voici ! Nous avons travaillé discrètement durant près d’un an avant de présenter Sang Neuf.
 
Le polar est la littérature du réel

Quelle est la ligne éditoriale ? Que va-t-on pouvoir y lire ?
Marc Fernandez : Je dis toujours que le polar est la littérature du réel. Nous allons donc nous attacher à publier des romans ancrés dans la réalité d’aujourd’hui. Le monde est noir comme un polar et nos auteurs en seront les témoins oculaires. Je ne veux pas m’enfermer dans un sous-genre, nous publierons donc aussi bien des romans noirs que des thrillers ou des romans à énigmes. Ce qui m’importe avant tout, c’est la thématique. Et le texte évidemment, le style, la manière d’aborder par la fiction un sujet actuel. Vous pourrez donc lire aussi bien une enquête qui se passe à Libreville qu’une histoire qui se déroule à Marseille ou une enquête en Bourgogne et une affaire dans le milieu très difficile de la cuisine. Pour démarrer, nous proposons des textes d’auteurs francophones. Mais nous nenous interdisons rien et, pourquoi pas dès l’an prochain, vous faire découvrir quelques auteurs étrangers.
 
Comment se distinguer aujourd’hui dans un secteur polar toujours très abondant ?
Marc Fernandez : C’est vrai que le polar reste le genre préféré des Français et qu’un titre vendu sur quatre est à placer dans cette catégorie. Je crois qu’il n’y a pas de recette miracle, on se distinguera par la qualité des textes proposés, leur originalité aussi. L’idée, qui est sans doute la même pour tous les éditeurs, est de trouver de nouvelles voix, de nouveaux auteurs, mais aussi de travailler avec des romanciers déjà confirmés afin de les pousser, de consolider leur œuvre, de proposer à un maximum de lecteur des livres bien écrits, qui font réfléchir et divertissants aussi. 

Cela fait un mois que la collection a été lancée. Quel premier bilan faites-vous ?
Marc Fernandez : Il est encore trop tôt pour tirer un bilan, mais ce que je peux dire c’est que l’accueil de Sang Neuf a été très bon, tant du côté des libraires que des médias. C’est déjà une très bonne chose. Le programme de l’année semble plaire par son ecclectisme et son originalité et le graphisme fonctionne très bien. Elles plaisent. Je crois que nous avons marqué les esprits avec nos couvertures. Reste à confirmer avec les textes. Maintenant, une collection ne se bâtit pas en un mois ou deux ou trois titres. Il faut du temps. Je vous donne rendez-vous en fin d’année et, surtout, dans un an voire deux pour un véritable bilan.
 
Pouvez-vous nous présentez votre première sortie : Tu ne perds rien pour attendre de Janis Otsiemi ?
Marc Fernandez : Je suis ravi de lancer la collection avec cet auteur gabonais, qui a déjà une solide réputation dans le milieu. C’est très symbolique aussi de ce que nous comptons faire. Un écrivain africain, qui nous fait découvrir la réalité d’un pays, de tout un continent, par le biais de la fiction. Il a créé un personnage de flic, Jean-Marc, sorte de Dexter gabonais, qui va être un héros récurrent. Il reviendra pour de nouvelles aventures. Dans ce premier épisode, il se retrouve mêlé à une enquête qui va le mener à côtoyer les milieux corses, les casinos, les jeux, la trafic de drogue et, toujours, la corruption politique. Pour savoir ce qu’il se passe réellement au Gabon et dans toute l’Afrique, il faut lire des polars, il faut lire Janis Otsiemi.
 
Quel meilleur moment que les élections pour le publier ?

Début avril vient également de sortir Un bref moment d’héroïsme de Cédric Fabre. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Marc Fernandez : Dans un tout autre style que Janis, Cédric nous propose un très beau roman noir et politique qui se déroule à Marseille. Là-bas, un groupe d’activistes organises de véritables bastons lors des discours des politiques. Leur but est de montrer que le système actuel n’est pas viable et qu’il faut en changer. Bien sûr, tout ceci est plus complexe qu’il n’y paraît et une seconde intrigue vient se greffer à la principale. Des personnages très marqués, qui portent en eux de véritables blessures, dont un gamin extraordinaire, plusieurs femmes qui jouent un rôle central et un style coup de poing font de ce roman un Fight club moderne, à la sauce marseillaise.

C’est un roman qui résonne avec notre actualité puisqu’il s’agit d’un groupe d’individus qui empêche les hommes politiques de faire leurs discours... j’imagine que le calendrier était voulu...
Marc Fernandez : Oui bien sûr. Quel meilleur moment que les élections pour le publier ? Car c’est un polar qui fait réfléchir, un roman politique mais aussi sociétal, qui aborde de nombreux thèmes actuels et qui est assez critique sur notre pays finalement et ceux qui le dirigent ou veulent le diriger.
 
En octobre, nous terminerons notre première saison avec un polar très original et déjà attendu, signé par Odile Bouhier et le Chef Thierry Marx

Quelles seront les prochaines sorties de la collection ?
Marc Fernandez : Au mois de mai, nous publions un premier roman arrivé pr la poste : IDP 37, de Mathieu Neu. Mathieu est journaliste, spécialiste en économie et nouvelles technologies. Ce titre énigmatique est à l’image de cette histoire qui traite de surveillance de masse, de gouvernement qui surveille ses citoyens au plus près, soi-disant pour le protéger, le sécuriser… Ça ne vous rappelle rien ? Un texte qui, lui aussi, résonne pas mal avec la période que nous vivons actuellement. Bien sûr, cela reste de la fiction, avec des personnages forts, dont un héros dessinateur de presse.
En juin sortira le nouveau roman de Marie Vindy, Justice soit-elle. Marie est déjà connue dans le milieu, c’est une plume engagée et son nouveau texte l’est aussi puisqu’il traite des violences contre les femmes. Elle est partie d’un fait réel, les disparues de l’A6, pour en tirer un magnifique roman, qui dénonce et qui rend hommage aux victimes et à leurs familles.
Enfin en octobre, nous terminerons notre première saison avec un polar très original et déjà attendu, signé par Odile Bouhier et le Chef Thierry Marx. Le premier polar deux étoiles au Michelin intitulé On ne meurt pas la bouche pleine… Une histoire entre la France et le Japon, dans le milieu de la cuisine molléculaire que Thierry Marx connaît bien. Je ne vous en dit pas plus, il faudra patienter un peu…
 
Vous avez une double actualité avec la sortie chez Préludes de Guérilla Social Club et au Livre de Poche de Mala Vida. Comment gérez-vous cette double actualité avec le lancement de votre collection... (riche année 2017 !)
Marc Fernandez : Je jongle avec mon agenda, mais ce n’est pas vraiment un problème et je ne vais pas me plaindre ! Effectivement le début d’année a été riche et je sors à peine d’un marathon de salons, lancements, dédicaces, etc. Pour autant, ce n’est pas très compliqué de gérer cela car j’écris du polar, je connais ce milieu, cet univers dans lequel je navigue depuis de nombreuses années.
 
Quels sont les liens entre votre activité d’auteur et celle de directeur de collection ?
Marc Fernandez : Je ne conçois pas l’un sans l’autre à vrai dire. C’est vrai que pour certains cela paraît bizarre, voire incompatible, mais pas du tout. Au contraire, je crois que, comme pour la presse (d’où je viens), les bons rédacteurs en chef sont ceux qui ont connu le terrain et qui ont été pigistes. Dans mon cas, je sais les besoins, les envies, les doutes de mes auteurs puisque j’en suis un moi-même. Après, je sépare bien les choses, c’est indispensable et, aussi, honnête. Je suis publié dans un autre groupe et je fais la part des choses. Quand je suis à mon bureau chez Plon, je suis directeur de collection. Quand je travaille chez moi, je suis auteur. Bien sûr, les deux activités se mêlent, notamment sur les salons, mais il suffit de bien s’organiser. Je crois que l’auteur nourrit le directeur de collection et cette expérience me sert en tant que romancier.
 
Sur quoi travaillez-vous ? Quelles seront vos prochaines dédicaces ?  
Marc Fernandez : Je travaille sur les deux derniers titres de la collection de cette année, mais aussi déjà sur ceux de 2018. Et je suis en pleine écriture de mon troisième roman, qui viendra cloturer la trilogie Mala vida, et qui devrait sortir au printemps de l’année prochaine. Quant à mes prochaines dédicaces, je serai à la Fête du livre de Hyères mi mai, en tant qu’auteur et directeur de collection puisque m’accompagneront Cédric Fabre et Mathieu Neu et qu’il y aura une table ronde dédiée à Sang Neuf. En juin, sûrement Saint-Maur en poche et, la veille, la fabuleuse Nuit blanche des livres à La Garenne-Colombes, organisée par Nathalie Iris, formidable libraire. Puis pause estivale, fin d’écriture, et nous reprendrons les salons polars et généralistes à partir de septembre.

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