Impur - David Vann

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Résumé :

Eté 1985. En plein coeur de la Vallée Centrale de Californie, Galen, vingt et un ans, vit seul avec sa mère. Etouffé par son amour exclusif, le jeune homme se réfugie dans la méditation. Leur existence est rythmée par les visites inopportunes de sa tante et de sa cousine trop sexy, et par celles qu’ils rendent à sa riche grand-mère dont la mémoire défaille. Mais l’accumulation de rancoeurs entre les deux soeurs et l’obsession de Galen pour sa cousine ne tarderont pas à les mener au bord de l’explosion. Un roman haletant sur la lente descente aux enfers, véritable tour de force d’un romancier exceptionnel.

Vos avis

  • Nicolas Elie 7 juillet 2017
    Impur - David Vann

    Tu croyais que je lisais plus ? Ben si. J’ai juste pris un peu de temps pour moi.

    Et puis, on va pas se mentir, ce roman là, j’ai aussi pris le temps de le lire, et surtout, après l’avoir lu, j’ai laissé macérer, faisander plutôt, ce qu’il m’avait fait à l’intérieur.

    Il y a un type du Figaro littéraire qu’a dit : « David Vann écrit avec des gants de boxe »… Pas sûr qu’il ait bien compris le roman. Parce que David Vann, il écrit avec ses tripes, son cœur parfois, et ses larmes sans doute.

    Un roman paradoxal.

    Un roman qui se referme comme s’il te piégeait dans un endroit où tu vas pas pouvoir respirer, une maison, perdue dans un champs de noyers. Regarde-bien, j’ai pas écrit noyés, quoique… Tu verras.

    Galen, d’abord. Il a une vingtaine d’années, et il vit seul, avec sa mère. Tu verras aussi que ça veut dire qu’il est pas vraiment tout seul. Et Galen, il est vierge. Pas le signe des astres, le signe de ceux qu’ont pas connu les filles en dedans et que ça travaille.

    Galen, ça le travaille grave, et ça le rend fou. C’est normal, non ? T’en as pas connu des types comme ça ? Des types que ça rendait fou ?

    Regarde autour de toi, tu vas en voir.

    Dans ce roman, tu prends une baffe toutes les douze secondes, mais la transcendance que recherche Galen vient finalement apaiser la douleur, comme la caresse du vent que ceux qui brûlent en enfer espèrent sans jamais la ressentir. L’enfer, c’est le soleil de Californie, la fournaise sous laquelle se joue ce drame familial.

    Parce qu’« Impurs », c’est une famille, d’abord. Une famille déchirée par l’enfance. L’enfance de la mère, celle de la tante, puis, comme un écho, la douleur qui vient résonner dans la tête de Galen.

    Sans doute aussi un roman sur la folie. Celle que peut fabriquer une mère trop infantilisante, une mère qui repousse l’amour de son fils et le transforme en quelque chose qui ressemble à la haine, qui y ressemble tellement que le seul refuge de Galen devient cette envie de transcendance, cette hésitation entre les choses physiques, l’amour charnel obsédant qu’il voue à sa cousine, la nourriture qu’il absorbe et qu’il vomit, et la méditation provoquée par les mortifications physiques qu’il s’impose. Tu vas penser aux prêtres qui se flagellaient pour se rapprocher de Dieu.

    Ou du Diable.

    Galen pense que le corps est le Graal qui reçoit toutes les souffrances, et que seule cette transformation qu’il espère le sauvera et lui permettra d’atteindre le Nirvana, de se rapprocher de Siddhartha, l’incarnation suprême.

    Tu vas te rendre compte aussi, au fur et à mesure de ta lecture, que tous les paysages décrits sont liés, intimement, à la vie intérieure des personnages, et c’est une claque de plus.

    Écrire un roman si parfaitement noir, et au moyen de cette langue d’une simplicité étonnante n’est évidemment pas donné à tous les écrivains. La capacité à te faire vivre l’histoire, et surtout les émotions qu’elle engendre, encore moins. T’es en présence d’un Monsieur, et t’as vu, j’ai mis une majuscule…

    Tu vas voir l’eau bouger, se transformer, écrire la vie des personnages, tu vas sentir la morsure des flammes, celles qui réchauffent, mais aussi celles qui peuvent t’emmener dans l’enfer dont je te parlais au début. Tu vas te souvenir de certains des romans de Faulkner, et tu vas piger que David Vann est un grand écrivain.

    Tu vas écouter le « non-vent », et marcher dans les pas de Siddhartha, tu vas sentir la chaleur du brasier infernal qui va t’emmener aux portes de la folie de Galen.

    Ça veut dire que tu vas l’aimer ? Le comprendre ?

    Sans doute.

    Ça veut dire que tu vas pas trop respirer, que tu vas manquer d’oxygène ?

    Sans doute aussi.

    Je t’aurai prévenu.

    Comment décrire l’enfer quand tu y es pas encore allé ? Comment donner des images de cet endroit dont tout le monde parle sans en être jamais revenu ?

    Juste avec ces mots, d’une simplicité parfois déconcertante, mais dont la signification te fait comprendre aussi que David Vann, il a rien à prouver.

    Il écrit.

    Il écrit sur hier, sur demain, sur maintenant.

    Il écrit sur l’amour, même si ce n’est pas la première chose qui va te sauter aux yeux quand t’auras refermé ce roman. L’amour d’une mère, mais aussi celui que Galen, presque comme une catharsis, va s’infliger face aux photos de ses magazines. Celui qu’il voudrait offrir à Jennifer, cette cousine si parfaite, la quintessence de cette féminité qu’il abhorre quand elle est incarnée par sa mère.

    Tu te souviens qu’au début de cette chronique, je t’ai dit que tu allais être en apnée ?

    Dans la dernière partie du livre, il va falloir t’obliger à respirer.

    Oublie pas.

    Et quand tu te réveilleras la nuit, que tu penseras à Galen, à sa mère, à l’Enfer et au Paradis, tu sauras, comme moi,

    que t’as trouvé un des meilleurs romans que t’auras lu cette année.

    Il est chez Gallmeister.

    Va le chercher…

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