L’interrogatoire de Nicolas Lebel

Bepolar : Comment est née l’idée de ce roman ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans l’idée d’un tueur "vampire", vidant ses victimes de leur sang ?
Nicolas Lebel : Comme à chaque fois, l’intrigue de ce roman s’est imposée à moi par le biais de l’actualité. Je m’informe beaucoup, je me documente énormément. Dès qu’une info, même une brève, attire mon attention, je creuse. Dans la Brume écarlate est né dans le sillage de l’affaire Weinstein, du mouvement Me Too, à ce moment où le monde a feint de découvrir dans un bêlement planétaire que les femmes étaient encore victimes de discrimination, d’agressions, de violence, de harcèlement, au travail, à la maison, à l’école, que leurs droits sont immanquablement remis en cause au gré des saisons et des vents politiques, jusqu’aux droits de disposer de leur corps, d’épouser celui ou celle qu’elles aiment, de vivre leur vie comme elles l’entendent sans être traitées de salope ou brûlées à l’acide.

Ensuite j’ai toujours deux axes de travail : l’un est littéraire, l’autre historique.

La femme victime est au cœur du roman gothique. Elle est celle qu’on aime mais qui finira par mourir. L’archétype féminin du genre est cette jeune femme aux vêtements en lambeaux qui fuit dans la lande désolée/ le château obscur/ le cimetière abandonné pour échapper à son libidineux poursuivant, le monstre (masculin). J’avais envie de jouer avec le genre gothique, surtout avec ses clichés. On trouve pêle-mêle dans le roman des assassins, un château, un monastère, des femmes en détresse, Dracula, Frankenstein, un savant fou, un cimetière hanté, un fantôme, un chasseur de vampires, un Portrait de Dorian Grey, Jeckyll et Hyde, un pieu d’aubépine… Le vampire qui aime par-delà la mort m’a paru un excellent personnage dans son rôle de tueur de femmes, un personnage romantique et macabre, né de la brume.

Quant à l’axe historique, nous fêterons cette année le trentième anniversaire de la révolution roumaine : Roumanie, berceau des vampires, mais aussi parmi les pires, peut-être la pire, dictatures du bloc soviétique… Je me suis dit qu’il y avait de la matière.

Bepolar : Comment pourriez-vous nous présenter le capitaine Mehrlicht ? Quel lien avez-vous avec ce personnage récurent ?
Nicolas Lebel : Le capitaine Daniel Mehrlicht est un homme d’un autre temps, rongé par la Gitane et par le deuil, à la peau jaune, à la voix érayé, un homme fragile et cynique, vieillissant et obsolescent, raide et réac, qui le sait et qui l’assume. Il est un fervent défenseur du « c’était mieux avant », un farouche combattant de la technologie sous toutes ses formes, à commencer par « la télé qui rend con », pourfendeur impénitent de la malbouffe, de la société de consommation et de la connerie médiatisée. Tout un programme, qui me permet de bien m’amuser avec lui. Je prends plaisir à le mettre en scène et l’écouter s’exprimer très (trop ?) librement. Mehrlicht est un réac philanthrope, ou peut-être un misanthrope compatissant. On n’est pas toujours d’accord, alors on s’assoit, on ouvre une bouteille et on papote. Je suis content de me séparer de lui à la fin de chaque bouquin parce qu’il est usant. Je le suis encore plus de le retrouver pour le roman suivant parce qu’il est touchant.

Et puis, on en est à cinq bouquins ensemble, alors on commence à se connaitre… Les lecteurs aussi commencent à bien le connaître. Mehrlicht est au cœur du succès de la série. L’Heure des fous était un stand-alone, comme on dit, devait se suffire à lui-même. Les lecteurs et la maison d’édition ont demandé son retour, alors il y a eu un 2 puis un 3, aujourd’hui un 5e opus...

Chaque enquête de Mehrlicht illustre une facette de Paris telle que je vois la ville.

Bepolar : Paris joue un grand rôle. Quel est votre lien avec la capitale ? Est-ce qu’on peut la considérer comme un personnage à part entière ?
Nicolas Lebel : Absolument. Chaque enquête de Mehrlicht illustre une facette de Paris telle que je vois la ville. C’est une ville que j’aime beaucoup. J’y suis né, j’y ai grandi, j’en suis parti pour y revenir. Il y a une variété et une telle richesse, tellement de lieux historiques aussi. C’est un terreau idéal pour y faire pousser des fictions, surtout policières !

Dans Dans la Brume écarlate, Paris est recouvert d’un brouillard opaque où des femmes disparaissent. La ville est un théâtre gothique de premier ordre qui m’a permis d’évoquer le Grand-guignol, et quelques grandes affaires romantico-criminelles tout en promenant les personnages et les lecteurs entre les tombes du Père Lachaise, la nuit, ou jusqu’aux fonds ténébreux de la Seine…

Bepolar : C’est aussi l’histoire des relations hommes - femmes, dans toutes leurs complexités, leurs espoirs et leurs douleurs. Surtout sur la violence des hommes... Qu’aviez-vous envie de dire ou de faire ?
Nicolas Lebel : Je parlais plus haut de ce « printemps des femmes », comme on a appelé cette libération de la parole dans le sillage de Weinstein. Ce roman est également un roman choral qui va laisser la parole à tour de rôle à six hommes qui chacun aime une femme ou croit l’aimer : il y a celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres, des hommes qui s’enferrent et s’enferment dans le bien-fondé de leur comportement. Les lecteurs noteront d’ailleurs des traitements différents entre hommes et femmes dans le roman, jusque dans les intitulés de chapitres. Je laisse à chacun le loisir de les décoder.

je pense que je vais retravailler sur un projet de long-métrage

Bepolar : Sur quoi travaillez-vous désormais ?
Nicolas Lebel : Je termine un roman de la série L’Embaumeur chez French Pulp, qui devrait paraître en novembre 2019, et dont le personnage est un thanatopracteur. Je m’amuse beaucoup. Et j’ai terminé une nouvelle pour un recueil noir qui sortira chez Belfond en mai. Dans la foulée, je pense que je vais retravailler sur un projet de long-métrage que je traîne depuis un petit moment pour le proposer enfin… Puis je reprendrai un polar que j’ai déjà commencé, qui met en scène d’autres personnages que Mehrlicht et sa bande, et que j’espère terminer début 2020.

Ce ne sont pas les projets qui manquent, mais le temps…

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Bepolar : Quelles sont vos prochaines dates de dédicaces ?
Nicolas Lebel : La prochaine date sera le lancement de Dans la Brume écarlate, qui se fera à la Librairie Page 189 (Paris 12) le 04 avril. Suivront des salons et dédicaces à travers la France chaque weekend de mai et de juin. Je mettrai le détail du planning sur ma page Facebook très bientôt.

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