L’interrogatoire de Vivianne Perret

Pourquoi avoir choisi Houdini comme personnage ? Qu’est-ce qui vous intéresse chez lui ?
Vivianne Perret : J’adore la magie et Houdini est une vieille passion…. J’ai été marquée par le film de 1953 avec Tony Curtis dans le rôle-titre, qui retrace sa vie de manière très romancée. Je l’ai vu enfant et j’ai frappée par la scène où il plonge enchainé dans l’eau. Je m’étais demandée alors quel genre de magicien était prêt à risquer sa vie pour amuser ses concitoyens. (Car Houdini n’est pas un cascadeur mais bien un illusionniste dont les tours peuvent être dangereux à réaliser.) Plus tard les exploits de Houdini ont souvent croisé mes recherches sur l’entertainement américain, né fin XIXè et début XXè aux Etats-Unis caractérisé par, entre autres, ces cirques gigantesques (le fameux Barnum). Houdini est aussi le symbole de l’Amérique de cette époque, ce fameux melting-pot issu de pays non-anglophones, motivé par la rage de réussir. J’ai fini par lui offrir tout un chapitre dans mon livre Esprit es-tu là ? (Ed La Librairie Vuibert) consacré au surnaturel dans l’histoire, en raison de son association avec Sir Conan Doyle sur le spiritisme. Sa vie étant tellement romanesque, il était évident qu’il y avait matière à faire de lui un détective amateur et une personnalité attachante par la combinaison de ses défauts et de ses qualités.

Au départ, le personnage historique a des avantages indéniables

Est-ce difficile de mettre en scène un personnage historique par rapport à un personnage imaginaire ?
Vivianne Perret : Au départ, le personnage historique a des avantages indéniables. J’ai à ma disposition des sources qui permettent de cerner un profil psychologique, une apparence physique, des événements, une période historique qui sont des atouts considérables pour bâtir une histoire. D’autant que la vie de Houdini se prête facilement à l’exercice.
Mais en revanche, gare à la faute historique. Même s’il s’agit d’une œuvre de fiction, il faut rester crédible, respecter son personnage et l’époque. Des contraintes qui obligent parfois à redoubler d’imagination afin de contourner les obstacles de la réalité historique !

Il était à San Francisco dans le précédent ouvrage, le voici à Berlin. Pourquoi avoir choisi cette ville ? Quelle atmosphère y régnait-il en 1900 ?
Vivianne Perret : San Francisco était la ville où il est brusquement devenu célèbre. Berlin est celle de sa consécration sur le Vieux continent. La capitale du Reich était une ville en pleine expansion et celle dont la population en Europe augmentait le plus rapidement. Réussir pour un artiste passait obligatoirement par la scène berlinoise. De manière générale, cette période coïncide avec la formation fascinante des grandes métropoles contemporaines et l’effervescence qui en résultait : intégration des villages avoisinants, destruction de vieux quartiers et création de nouveaux, modernisation et mise en place de nouveaux moyens de transport comme le métro etc…

Vous entremêlez votre histoire d’éléments réels de sa vie. Comment avez-vous construit votre récit entre le "vrai" et le "faux" ?
Vivianne Perret : Tout d’abord, je repère dans la vie de Houdini, ce que j’appellerais « un temps fort  ». Dans le cas du tome 1 par exemple, il s’agit de l’été où tout va basculer professionnellement pour lui. Ensuite je recherche le contexte dans lequel s’est inscrit cet événement afin d’alimenter l’intrigue. Comme je le disais précédemment, il faut rester crédible. Donc avant même de bâtir une histoire policière, je me familiarise avec le contexte historique. Je ne commence à écrire que lorsque je me sens complètement à l’aise avec le lieu, la situation géopolitique et les habitudes de vie de la ville où se passe le roman, afin de pouvoir entremêler le vrai et le faux de la manière la plus vraisemblable possible.

L’esprit-maison d’amoureux du polar est intact

Est-ce qu’on retrouvera Houdini dans vos prochains romans ?
Vivianne Perret : Houdini est une série. Le tome 3 le verra à Budapest. Un retour aux sources puisqu’il est né en Hongrie. Le tome 4 nous emmènera à New York, sa ville d’adoption.

On fête cette année les 90 ans du Masque. Quel regard portez-vous sur cette maison historique ?
Vivianne Perret : Les Editions du Masque ont été pionnières dans la publication d’un genre, le polar, très décrié à l’époque. Agatha Christie, Conan Doyle ou Pierre Very, ont été parmi les premiers auteurs à être publiés par Albert Pigasse. 90 ans plus tard, me voici rangée sur la même étagère que les auteurs de livres que j’ai dévorés et maintes fois relus !! Les ouvrages évoluent et en même temps le passé n’est pas renié parce que l’esprit-maison d’amoureux du polar est intact. Alors signer une série policière au Masque, c’est top !

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Vivianne Perret : Sur le tome 3 de la série – La reine de Budapest- qui sortira en octobre 2017. Parallèlement à mes activités régulières de journaliste historique et de chroniqueuse, je publie et participe cette année à deux projets sur les Indiens des plaines : l’exposition « le scalp et le calumet » au Musée du Nouveau Monde à la Rochelle en juin et une création littéraire dans le cadre de la valorisation sur le patrimoine écrit régional sur le site web Lectura+ portant sur History of the Indian Tribes of North America de Thomas Mc Kinney.

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