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3 raisons de regarder Chien enragé, pépite d’Akira Kurosawa

Les pépites du polar

Dans le Tokyo de l’après-guerre, l’inspecteur Murakami se fait dérober son pistolet. Obnubilé par cette perte et par les graves conséquences qu’elle pourrait avoir, il envisage de démissionner. Sa hiérarchie l’en empêche et lui ordonne de mener l’enquête. Dans un climat caniculaire, Murakami se fond dans les bas-fonds de Tokyo pour surveiller les trafiquants d’armes. Bientôt, une arme à feu identique à la sienne est utilisée pour commettre un braquage…

Entre le thème de l’après-guerre et le leitmotiv de l’enquête policière, quel maillon de "Chien enragé" apparaît come le plus décisif ? Le premier sans aucun doute, et ce aussi caractéristique soit ici la dynamique du polar. Car en 1949, il semble naturel pour Akira Kurosawa de dresser avant tout le portrait d’un Japon exsangue et déséquilibré par la guerre – la défaite est lourde, dégradante – jusque dans le cœur des hommes. Et à cet effet, rien de mieux qu’utiliser les codes balisés et structurés du film policier pour en traduire toute la complexité et l’ambiguïté. On notera que le metteur en scène recourt le temps d’une séquence à des plans issus d’un documentaire montrant Tokyo largement détruite par la guerre. Ces images ont été tournées par Ishirō Honda, cinéaste qui signera en 1954 le film culte "Godzilla".

Avec derrière lui déjà dix films réalisés depuis 1941, Akira Kurosawa fait preuve d’une maîtrise de tous les plans dans "Chien enragé". Outre le soin qu’il prodigue au déroulé minutieux de l’intrigue, haletante, il réussit à délivrer à travers chaque image un message profond, laissant transparaître en creux l’hésitation d’un Japon tiraillé entre deux générations : celui des traditions et du possible progressisme. La relation complexe entre le jeune policier encore exalté et son supérieur le commissaire désenchanté – deux antipodes qui vont finir par trouver un terrain d’entente malgré leurs divergences –, met bien en évidence cette dimension. Témoin habile d’une réalité sociale nébuleuse, le film dresse le portrait d’un Tokyo immémorial, cité paradoxale dont la déstabilisation et le caractère protéiforme se lisent jusque dans les personnages atypiques – du fan de baseball en passant par la danseuse perdue.

D’un point de vue plus universel, "Chien enragé" perpétue aussi largement l’un des sujets fétiches du cinéma, notamment asiatique : le parallèle sinon l’analogie entre le policier et le voleur. Dans le long-métrage, les deux protagonistes ont pratiquement le même âge et ont comme point commun d’avoir vu leurs affaires dérobées à leur retour de la guerre. Aussi, le jeune inspecteur Murakami commence à s’identifier au bandit, comprend qu’eux deux ne sont au fond l’un comme l’autre que deux victimes brisées par la débâcle et la guerre. Cette symétrie est d’autant plus soulignée dans la scène de combat, lyrique et en apesanteur, dans le bois jouxtant la gare à la fin du film. Épuisés, à s’affronter ainsi dans les hautes herbes jusqu’à disparaître de l’image, les deux protagonistes ne font plus qu’un.

Admirable film noir, quelque part dans le sillage du cinéma hollywoodien dont on retrouve un semblant d’héritage par moment, "Chien enragé" se révèle ainsi petit à petit comme une sorte de quête existentielle pour son héros. Western crépusculaire par certains aspects, film néoréaliste à la Rossellini par d’autres, le long-métrage regorge de divagations et de trompe-l’œil. Une œuvre qui, aujourd’hui encore, captive par son suspense et sa poésie.

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