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Copenhagen Cowboy : sous l’étrangeté, l’émerveillement

Lasse d’une vie de servitude en tant que porte-bonheur humain, une femme aux étranges pouvoirs – avérés ou fantasmés – prépare sa vengeance contre ceux lui ayant fait du mal…

Maniériste radical, Nicolas Winding Refn articule toute son œuvre comme une vaste chambre d’écho dédiée à ses idoles-metteurs en scène. Au sein de ce temple totémiste composite, chaque plan et séquence qu’il met en scène concrétise ses rêves de cinéphile ou célèbre en majesté l’une de ses obsessions. En premier lieu desquelles trônent souvent des réalisateurs comme Kenneth Anger, Stanley Kubrick ou encore Dario Argento - comme autant de chapelles inéluctables. Quitte donc à disparaître délibérément derrière le style et l’expression de ses fétiches, Refn ne signe plus Nicolas Winding Refn mais s’en tient cette fois uniquement à l’acronyme NWR – l’effacement semble ainsi total dans "Copenhagen Cowboy". D’aucuns y entreverront une extrême vanité, d’autres le pastiche narquois du sigle YSL (Yves Saint Laurent) – autodérision qu’il avait déjà initiée à partir de "The Neon Demon" (2016). Mais irréductible par essence, Refn entretient bien sûr sciemment l’équivoque et la provocation. Car voilà un génial paradoxe qu’il perpétue en monomaniaque : s’évaporer et ne personnifier rien de plus qu’une cathédrale hantée par des figures tutélaires. Écartelé entre humilité et orgueil, le réalisateur danois s’abandonne ainsi pour succomber à une possession : se faire le témoin et l’avatar de quelques-uns des plus grands chantres de l’ésotérisme et du métaphysique (coucou William Friedkin, coucou David Lynch…). Pas un hasard, donc, si autant de fantômes abondent dans "Copenhagen Cowboy", qu’il soit question de clins d’œil ou d’authentiques spectres.

Sauf qu’il serait trompeur et illusoire de n’envisager le maniérisme de NWR qu’en tant que finalité. Car à l’instar d’un Brian de Palma si frénétiquement obsédé par des motifs hitchcockiens qu’il ne cesse de reconstituer film après film, le Danois compose malgré lui (ou pas) un art à part entière. Chemin faisant, NWR réactualise et réinvente ce qu’il prétend au départ convoquer comme de simples citations. Tout son cinéma, de même que sa série gargantuesque "Too Old To Die Young" (2019), l’avaient prouvé avec brio. "Copenhagen Cowboy" le clame ici haut et fort, avec force et éclat. La recette reste en partie semblable à ses saillies précédentes : on retrouve un même entrelacement d’images-pulsions et répulsions, où la beauté des corps s’oppose aux monstruosités ordinaires (masculinité toxique, déviances, incarnation du mal…). Bercé par une irrésistible bande originale synthwave (Cliff Martinez again, notamment), le personnage de Miu – sorte de jeune Agnès Varda gracile et indomptable – évolue avec mutisme dans un Copenhague chimérique pour assouvir une vengeance aussi universelle qu’implacable. Sur sa route, se dressent toute une panoplie de scélérats : un maquereau influenceur célébré pour ses clips de rap, un homme-cochon, une matrone-sorcière, une famille richissime et incestueuse de suceurs de sang, ou encore un baron de la pègre sur le retour. Autant de figures que l’on dirait tout droit sorties d’un conte de Grimm ou d’Andersen, passées pour l’occasion au tamis d’un territoire venimeux et cauchemardesque.

Toujours au gré de l’atmosphère expressionniste et accro aux néons (dispositif toujours aussi inspiré du Kenneth Anger de "Scorpio Rising" et qui emprunte ici les teintes rouge et bleu du giallo) qu’on lui connaît, NWR dissémine d’innombrables idées fixes. La trajectoire de Miu, sublimée par les œillades troublantes de l’actrice Angela Bundalovic, cite par exemple les "Shining" (jusque dans la musique) et "Orange Mécanique" de Kubrick. Mais NWR se réapproprie aussi en chemin "Massacre à la tronçonneuse" (Tobe Hooper, 1974), expérimente autour de l’incontournable scène aquatique de "La Nuit du Chasseur" (Laughton, 1956), exhume les poses du Bruce Lee de "La Fureur du Dragon" – au même titre que le Tarantino de "Kill Bill" mais sous acide. On a souvent reproché – entre autres inepties – aux mises en scène de Winding Refn leur tendance à singer des sortes d’installation d’art contemporain. Si la série "Too Old To Die Young", par sa pesanteur d’une langueur presque insoutenable, avait en la matière de quoi rebuter les novices, "Copenhagen Cowboy" s’avère pour sa part beaucoup plus rythmé et accessible. Procédant par vignettes ou tableaux, les séquences s’enchainent sans excès de contemplation. Les longs panoramiques dont raffole NWR restent certes toujours de la partie, mais leur construction ludique risque cette fois de laisser nettement moins les spectateurs non avertis sur le carreau. Sans jamais arbitrer entre le film néo-noir, le film d’action, le thriller expérimental ou encore le film fantastique, "Copenhagen Cowboy" explore et fabrique de nouveaux espaces fascinants. Où se déploie tout un imaginaire d’une générosité et d’une densité remarquables. Rarement Nicolas Winding Refn n’aura su approcher le réel au gré d’un mysticisme et d’un onirisme aussi accomplis. On se révolte, s’inquiète, s’émeut ou tremble. C’est virtuose, d’une ambition folle et totalement aux antipodes de Netflix – c’est dire à quel point la série surclasse tout le monde (ou presque) sur la plateforme.

La mini-série en six épisodes "Copenhagen Cowboy" est disponible sur Netflix. On ne s’étonnera pas en voyant que le marketing de la multinationale ignore poliment cette aventure bigarrée de Refn. Une proposition beaucoup trop singulière (et pourtant indispensable) sans doute pour faire office de vitrine.

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