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L’interrogatoire de Sylvain Larue pour Les Mécaniques du crime

Bepolar  : Vous êtes un grand spécialiste du monde criminel. Qu’est-ce qui vous intéresse dans cet univers là ?
Sylvain Larue  : Chacun de nous a sa part d’obscur, de fascination pour tel ou tel autre sujet violent. En fait, pour tout dire, je pense que tout part d’un évènement précis : le fait d’avoir vu une guillotine en maquette quand j’avais six ans. Je me suis dès lors posé une question logique : qu’avaient pu faire les gens de si grave pour qu’on puisse leur couper la tête en punition ? Mon goût précoce pour la lecture m’a conduit très vite à découvrir des livres évoquant des affaires de meurtres, piochés dans la bibliothèque parentale, tels les ouvrages de la collection Curiositas, dirigés par Pierre Bellemare. Je savais donc qui étaient l’octuple assassin Jean-Baptiste Troppmann ou l’anthropophage Antoine Léger à huit ans, même si leurs actes avaient encore quelque chose de flou dans mon esprit de petit garçon. Mon grand-père maternel m’a, parfois, conté quelques faits divers du temps de sa jeunesse, ce qui n’a fait qu’accentuer ma curiosité. Au lycée, j’ai vraiment commencé à étudier le sujet de la peine de mort et tout ce qui était en rapport direct : les crimes, leurs auteurs, la manière de mener des enquêtes, le procès, la guillotine et son fonctionnement, les bourreaux, le déroulement d’une exécution capitale... Vingt ans après, je n’ai pas encore fait le tour de la question, et je continue à me demander ceci : qu’est-ce qui fait qu’un jour, en dépit de toutes les conséquences, des hommes et des femmes franchissent le pas et tuent leur prochain ? Idiotie, véritable désordre mental, désespoir, rage impossible à calmer ? Je cherche un point commun sans vraiment le trouver.

Joseph Vacher, l’éventreur de bergères, à la fin du XIXe siècle (...) ce vagabond fou, à demi-défiguré, coiffé d’un bonnet de fourrure blanche, qui est parvenu à échapper aux enquêteurs pendant trois ans...

Bepolar  :Vous avez écrit plusieurs livres sur des tueurs en série et sur des affaires criminelles. Est-ce qu’il y a une figure de tueur ou une affaire qui vous a particulièrement marqué et pourquoi ?
Sylvain Larue Joseph Vacher, l’éventreur de bergères, à la fin du XIXe siècle : peut-être parce qu’elle est vraiment une affaire de serial killer classique, motivé par ses pulsions, à la différence des plus célèbres affaires de tueurs français multirécidivistes, comme Landru ou Petiot, où l’appât du gain est primordial. Peut-être à cause de l’allure du criminel, ce vagabond fou, à demi-défiguré, coiffé d’un bonnet de fourrure blanche, qui est parvenu à échapper aux enquêteurs pendant trois ans...
Sinon, il y a, bien moins connu, le cas de Jouroucheff, un ouvrier agricole russe. Il fut l’auteur d’un assassinat, d’une tentative d’assassinat et de deux graves incendies volontaires à l’été 1932, ce qui le conduisit à devenir, en 1934, le dernier condamné à mort guillotiné sur une place publique de ma ville natale, Auch. Son cas m’avait été raconté par mon grand-père, et ce fut aussi la toute première affaire criminelle que j’ai écrite, d’où mon "affection" particulière pour ce cas précis.
J’ai d’autres affaires qui m’ont marqué et suscité mon intérêt, mais comme je tiens à en faire l’objet de prochains livres, je ne voudrais pas en dire trop, trop tôt à leur sujet.

 

Bepolar  :Et même chose du côté des enquêteurs. Y’a-t-il eu une personnalité qui vous a marqué ?
Sylvain Larue Il y a Monsieur Claude, le chef de la Sûreté parisienne sous le Second Empire, qui a écrit ses mémoires après sa retraite : des faits passionnants ! Sinon, je pense à deux policiers oubliés qui pourraient être le sujet de bons livres : le commissaire Alexandre Guibbal, de la brigade mobile de Marseille dans les années 1920, et l’inspecteur Jean Courrèges, de Toulouse, qui mena pas mal d’enquêtes criminelles importantes en Midi-Pyrénées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Bepolar  :Qu’est-ce qui vous a donné envie de basculer du côté de la fiction ?
Sylvain Larue Les conseils de mon ami et ancien directeur de collection, Anthony Frot, qui m’a dit voici près de dix ans d’écrire des romans. Pour faciliter la transition, il m’a suggéré de me servir de mes connaissances en enquêtes criminelles et faits divers pour faire du policier historique. L’idée n’a pas mis beaucoup de temps à germer par la suite...

Léandre, c’est moi, mais en bien mieux.

Bepolar  :« Les Mécaniques du crime » vient de sortir. C’est une nouvelle aventure de votre enquêteur Léandre Lafforgue. Comment est né ce personnage dans votre esprit ?
Sylvain Larue C’est tout simple, je n’ai pas eu à beaucoup me creuser la cervelle. J’ai dépeint ma représentation idéalisée avec ce personnage : plus à l’aise avec lui-même, plus téméraire, plus séduisant, plus dangereux.

Bepolar  :Comment le voyez-vous, quel est votre lien avec lui ?
Sylvain Larue Comme je vous disais, Léandre, c’est moi, mais en bien mieux.

le Second Empire est une manne pour un écrivain-historien

Bepolar  :Pourquoi avoir choisi de situer vos intrigues sous Napoléon III ?
Sylvain Larue Pour deux raisons : la première est que dans le cadre de mes investigations criminelles historiques, la période de la Deuxième République et du Second Empire a été le théâtre d’affaires fameuses - crimes familiaux, bandits sans scrupules, terroristes, serial killers - que j’ai eu l’occasion de relater dans mes premiers ouvrages. L’époque m’était déjà assez familière. Ecrire sur une période différente, le Moyen Age par exemple, aurait demandé des recherches plus poussées, puisque je n’en ai qu’une connaissance sommaire. La seconde est que le Second Empire est une période dédaignée de l’Histoire de France, je veux dire dédaignée par la grande majorité. Dans la République où nous vivons, elle est perçue comme une trahison, le résultat d’un coup d’Etat organisé par un président mégalomane. Alors, on la passe sous silence. On pourrait rétorquer que ce régime fut court - dix-huit ans -, mais ce n’est même pas une question de durée : la Révolution française a duré dix ans, la Grande Guerre quatre, l’Occupation idem, pourtant on nous enseigne volontiers, et avec force détails, la situation politique, économique et sociale de ces trois périodes en classe. Et le Second Empire est une manne pour un écrivain-historien : bien que très imparfaite, ce fut une période de progrès sur bien des points. Le développement du chemin de fer, l’industrialisation encore à une échelle humaine, le commerce, bien des choses que nous connaissons et employons encore de nous jours trouvent leurs racines durant le Second Empire. Et pour moi qui aime me pencher sur les sujets mésestimés (les crimes, la vie des bourreaux), une période comme celle qui ne pouvait que me convenir pour y placer les tribulations d’un policier un peu marginal.

Bepolar  :Et plus spécifiquement, pourquoi avoir choisi la période de son mariage pour ce nouveau roman ?
Sylvain Larue En général, j’essaie de laisser un temps raisonnable entre deux enquêtes de Léandre, ni trop court, ni trop long... Là, j’avais terminé "Le Crime de l’Odéon" au lendemain du coup d’état de décembre 1851. Vu que j’avais décidé d’y faire figurer un personnage surnommé l’Amour, il me fallait situer la chose dans une partie de l’histoire de Napoléon III qui y correspondait le mieux : ses noces. En plus, j’ai appris que cette année-là, en 1853, plusieurs procès avaient eu lieu pour juger des sociétés secrètes et des complots destinés à renverser le gouvernement en planifiant des actes terroristes... Tout s’est mis en place facilement dès lors.

Bepolar  :Il y est question d’actes terroristes. Est-ce que c’est un genre de crime d’autant plus délicat à mettre en scène qu’il est encore d’actualité ?
Sylvain Larue Les crimes ont été, sont, et restent malheureusement une partie de notre vie quotidienne : les faits divers nous reviennent quotidiennement à l’esprit, il suffit d’ouvrir son journal, d’aller consulter ses mails ou d’allumer la télé pour apprendre qu’il s’est commis un meurtre ici, un attentat là. Ça n’empêche pas les auteurs de polars de s’en inspirer volontiers. Et le terrorisme n’est qu’une forme de criminalité de sang. Pour tout dire, j’ai eu plus de scrupules à conserver dans ce livre un chapitre se passant à Notre-Dame - que j’avais écrit plus d’un mois avant l’incendie catastrophique d’avril dernier - mais on m’a conseillé de le laisser tel quel.

 

Bepolar  :Comment toutes vos recherches par ailleurs influencent vos intrigues ?
Sylvain Larue J’écris au fond sur les thèmes qui m’interpellent. Je pense que c’est la même chose pour tous les écrivains. Un auteur est une éponge. Tout ce qu’il entend, lit, voit, peut lui donner la base d’une histoire. Un évènement historique, la vie extraordinaire d’un personnage réel : Internet a des défauts, mais si on aime creuser sur des sujets inédits, il y a de la matière à piocher !

Ce sera, et de loin, le plus volet le plus violent de la saga.

Bepolar  :Est-ce que vous avez déjà une idée de votre prochain roman ?
Sylvain Larue Etant en train de travailler dessus, bien sûr ! Léandre, cette fois, sera sur les traces d’un tueur en série, dans une enquête aux relents d’erreur judiciaire. Ce sera, et de loin, le plus volet le plus violent de la saga.

Bepolar  :Est-ce que vous avez des dates de dédicaces ?
Sylvain Larue Assez peu cette année, en raison d’un calendrier personnel chargé. Je viens de participer le 17 novembre à un salon proche de chez moi à la Queue-en-Brie, et sinon, le 21 décembre, je serai à la librairie Le Dormeur du Val à Chauny (Aisne), histoire de proposer mes romans à la dernière minute en cadeaux de Noël !

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