L’interrogatoire d’Éric Fouassier

Bepolar : Qu’est-ce qui vous a donné envie de revenir dans votre roman sur la mort de Charles VIII à 27 ans ?
Éric Fouassier : Charles VIII est ce roi qui est mort en se cognant le front contre le linteau d’une porte, dans son château d’Amboise. Or, toutes les chroniques s’accordent à dire qu’il était chétif et de petite taille. Cette apparente contradiction a excité mon imagination. En m’intéressant au contexte historique, je me suis aperçu que si le caractère accidentel de ce décès n’a pas vraiment été remis en cause, que ce soit par les contemporains ou les historiens, il était tout à fait plausible, en revanche, qu’on ait voulu assassiner le roi de France en avril 1498. C’est ce qui m’a incité à faire de cet accident un crime impossible. Le lecteur ne doit pas seulement se demander qui est le meurtrier, mais aussi comment il a pu procéder pour commettre cet assassinat dans un lieu où nul n’a pu pénétrer, à part la victime.

Un roi ambitieux mais qui n’avait pas vraiment les moyens d’accomplir ses grands desseins.

Dites-nous un mot sur la période. Quelle est l’atmosphère à la cour royale en 1498, quelques années seulement après son mariage avec Anne de Bretagne ?
Éric Fouassier : C’est une période fascinante puisqu’elle correspond à la transition, en France, entre le Moyen-Âge et la Renaissance. Pour conquérir le royaume de Naples sur lequel il avait des droits légués par la maison d’Anjou, Charles VIII, en 1495, a déclenché la première guerre d’Italie. À son retour, il a ramené dans ses bagages de nombreux artistes italiens et entrepris de transformer son château d’Amboise pour en faire le premier château Renaissance du val de Loire.

Quel type de roi et d’homme était-il ?
Éric Fouassier : Durant toute sa jeunesse, Charles avait été tenu éloigné de la Cour par son père, Louis XI. Son éducation avait été quelque peu négligée, alors qu’en sa qualité de dauphin, il était l’héritier de la couronne. Être chétif, hésitant, fragile nerveusement, il avait d’abord été écrasé par la forte personnalité de son père, puis, à la mort de celui-ci, avait dû subir la régence de sa sœur aînée, Anne de Beaujeu, que Louis XI lui avait toujours préféré. C’était un roi ambitieux mais qui n’avait pas vraiment les moyens d’accomplir ses grands desseins. Il était cependant apprécié de son peuple et les chroniques ont conservé son souvenir sous le nom de Charles VIII l’Affable.

Bayard fait partie de ces personnages de l’Histoire de France (...) dont le nom est connu pratiquement par tous, mais dont le grand public ignore quasiment tout des détails de leur vie.

En terme de documentations, comment avez-vous travaillé ?
Éric Fouassier : Comme ce roman est le premier d’une trilogie de trois aventures indépendantes les unes des autres qui vont se dérouler de 1498 à 1515, j’ai d’abord réuni une documentation générale sur cette période qui correspond aux règnes de trois souverains : Charles VIII, Louis XII et François Ier. Puis, pour chaque livre, j’ai fait des recherches spécifiques en fonction des sujets que je souhaitais y aborder. Par exemple pour le deuxième tome intitulé Le piège de verre et qui vient de paraître aux éditions Jean-Claude Lattès, je me suis beaucoup documenté sur l’art du vitrail et sur la cathédrale de Reims. Comme en plus j’enseigne l’histoire de la pharmacie depuis plus de vingt ans à l’université, je n’ai pu m’empêcher de créer un personnage de fille d’apothicaire, ce qui m’a permis de donner, dans mes livres, de nombreux détails sur la médecine et la pharmacie de cette époque.

Parlez-nous de Bayard, futur chevalier sans peur et sans reproches. Comment l’avez-vous imaginé ?
Éric Fouassier : Bayard fait partie de ces personnages de l’Histoire de France, comme Du Guesclin, dont le nom est connu pratiquement par tous, mais dont le grand public ignore quasiment tout des détails de leur vie. La plupart des gens ne connaissent de lui que quelques images d’Epinal : Bayard adoubant François 1er sur le champ de bataille de Marignan ou défendant seul contre les Espagnols le pont sur le Garigliano… Il était donc tentant de s’emparer d’un tel personnage pour lui redonner chair. Mais je me suis efforcé de coller au plus près de ce qu’on sait de sa vie. Ses exploits ont été en effet rapportés par trois de ses contemporains : son cousin par alliance Symphorien Champier, médecin lyonnais, dans un livre édité en 1525, le notaire Jacques de Maille qui signa en 1527 son ouvrage du pseudonyme de Loyal Serviteur et Aymard du Rivail qui lui consacre un chapitre de son Histoire des Allobroges

Est-ce une difficulté de faire un polar dans un cadre historique ? Quelles libertés avez-vous pris avec l’Histoire ?
Éric Fouassier : Le travail de documentation est évidemment beaucoup plus lourd que pour un roman contemporain. Il s’agit d’éviter les anachronismes et les erreurs grossières, surtout lorsque, comme moi, on prend le parti de mêler personnages de fictions et personnages historiques. Le temps d’écriture est également allongé, pour moi d’environ 50%. En effet, quelle que soit la qualité de votre travail documentaire préalable, il arrive toujours un moment, au cours de la rédaction, où vous voulez décrire un objet, un vêtement et vous n’avez pas l’info. Vous devez donc interrompre l’écriture pour effectuer de nouvelles recherches. Quant aux libertés que je prends avec l’Histoire, elles sont souvent très limitées et je les signale toujours au lecteur à la fin du roman dans une note historique. Pour Bayard et le crime d’Amboise, la principale liberté a été de transformer un accident en crime, mais je le répète c’est historiquement parfaitement plausible. J’ai aussi pris quelques libertés avec la description des appartements royaux à Amboise.

On fête cette année les 90 ans du Masque. Quel regard portez-vous sur cette maison historique ?
Éric Fouassier : Pour moi, c’est avec la Série Noire, l’autre maison emblématique du roman policier français. Tout amateur de littérature policière a lu, un jour ou l’autre, un livre orné du fameux masque. Et je dois dire qu’être accueilli dans cette maison était pour moi une vraie reconnaissance. Mon plus jeune fils était fier comme Artaban : j’étais publié chez le même éditeur qu’Agatha Christie ! La lueur dans ses yeux quand il a réalisé la chose, ça n’a pas de prix pour un père ! J’ajoute que depuis les temps héroïques des débuts, la maison d’édition a su évoluer et se renouveler. Le masque, c’est une maison presque centenaire mais plus que jamais dynamique.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Éric Fouassier : Je suis en train d’achever la troisième aventure qui va clore la trilogie consacrée au chevalier Bayard et à la belle Héloïse Sanglar. Cette fois, nous sommes en 1515, au tout début du règne de François Ier, et mes héros vont se retrouver sur le fameux champ de bataille de Marignan. Le roman devrait paraître aux éditions Jean-Claude Lattès au début de l’année 2018.

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