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L’interrogatoire de Sébastien Raizer

Bepolar : Comment est née l’idée de ce roman ?
Sébastien Raizer : Je savais depuis très longtemps que j’écrirais sur ce sujet. Bien avant de commencer la Trilogie des Équinoxes. Le déclic a eu lieu environ un an après mon arrivée au Japon. Dès que j’ai compris que Les Nuits rouges — qui n’avait pas encore de titre — serait un polar, la machine était lancée.

Bepolar : Vous nous emmenez en Lorraine, dans son passé sidérurgique. Qu’aviez-vous envie de faire ?
Sébastien Raizer : Montrer les effets de la crise économique sur l’humain. Sur une famille, une classe sociale, une région et surtout, sur plusieurs générations.
La crise qui a frappé la sidérurgie du Nord et de l’Est de la France depuis la fin des années 70 est archétypale de tous les processus de désindustrialisation qui ont suivi — jusqu’au démantèlement du secteur public aujourd’hui. Cette crise a maintenant plus de quatre décennies. Elle n’a jamais pris fin, quels que soient les noms qu’on lui donne, pour gommer la violence de sa réalité, et quelles que soient les causes qu’on lui impute. Cette crise économique permanente n’est ni un accident ni une fatalité : elle est entièrement constitutive du capitalisme. Il s’agit d’abord d’une crise de société, qui se traduit par une crise sociale, culturelle et surtout humaine. C’est une crise permanente qui ne fait que s’aggraver. C’est précisément pour cela que j’ai lié les événements de l’année 1979 et le présent dans la même intrigue.

Bepolar : Après la découverte du cadavre momifié de leur père, disparu des années plus tôt, on suit ses fils devenus adultes aujourd’hui, Dimitri et Alexis. Comment pourriez-vous nous les présenter ?
Sébastien Raizer : Ils avaient neuf ans en 1979, lors de la révolte des ouvriers sidérurgistes. Tous les deux ont encaissé le choc de façons différentes. Ils ne l’ont sans doute pas verbalisé sur le coup, mais les répercussions sur leur vie d’adulte ne sont pas les mêmes. À cela s’ajoute la disparition concomitante de leur père : on leur a fait croire qu’il était parti avec une autre femme. La découverte de son cadavre dans le crassier, quarante ans plus tard, va jouer un rôle de détonateur, puis de révélateur.

Alexis et Dimitri fonctionnent en miroir dans le roman, et chacun représente une façon dont le saccage économique et social de toute une région a pu être vécu, comment les générations ont tenté de le surmonter. Alexis maintient un équilibre précaire en travaillant pour un réseau bancaire du Luxembourg. Dimitri n’a jamais trouvé sa place dans la société, et c’est lui qui, en quête de réponses, va rallumer les nuits rouges de la colère — un rouge sang, à coup de pistolet-arbalète.

Bepolar : Est-ce que vous c’est une sorte d’hommage au monde ouvrier des années 70 et avant ?
Sébastien Raizer : Un hommage, et un vertige de voir ce qui a disparu en à peine quatre décennies. Les gens avaient un travail, un salaire, une maison, des loisirs, une culture, pouvaient raisonnablement espérer un avenir pour leurs enfants : plus rien de tout cela n’existe aujourd’hui. Sans même parler de la liberté de penser et de s’exprimer. Tout a été éradiqué par cette crise ravageuse dont il est devenu inconvenant de prononcer le nom, mais qui se terminera un jour : lorsque le capitalisme libéral et technologique aura fini de ravager la planète et l’humanité.

Bepolar : Et peut-être aussi une forme de critique du pouvoir qui les a abandonné ? Est-ce que c’est un roman sur la colère ?
Sébastien Raizer : Les Nuits rouges met en scène des hommes en colère, ceux de 1979 comme ceux d’aujourd’hui, parce qu’ils font le constat dans leurs chairs du cynisme sans borne du système dominant. Ils sont face à l’évidence nue : le seul et unique but du pouvoir, c’est d’asservir pour se maintenir en place. Il n’y a pas une once d’humanisme, mais une surenchère de calculs et un profond mépris. On peut parler des trahisons et du cynisme de Giscard, de Mitterrand et de tous leurs successeurs : les mensonges et les faits sont sans appel. Mais au-delà des hommes, il y a le système dont ils sont les laquais. Le capitalisme, c’est la politique au service de l’argent, c’est les politiciens aux ordres du marché, lui-même envahi par les algorithmes. Et l’humain n’a strictement aucune valeur sur les places financières. Le seul indice de valeur, c’est l’addiction à la surconsommation frénétique. (Relisez Les Trois écologies de Félix Guattari.)

Bepolar : C’est aussi un regard sur la police et son rôle de gardienne de l’ordre, social parfois. C’est ce que vous vouliez transmettre aux lecteurs ?
Sébastien Raizer : La réponse est dans la question. Gardiens de l’ordre. Il y a peu, vous auriez peut-être dit « gardiens de la paix ».

Bepolar : C’est la région de votre enfance. Vous avez travaillé à partir de vos souvenirs ou cela vous a-t-il demandé de la documentation et quelle place a-t-elle eu dans la préparation du roman ?
Sébastien Raizer : Les deux. Souvenirs et documentation. Beaucoup d’archives, que j’ai synthétisées. Ce qui m’intéressait avant tout, c’était de plonger au cœur de l’humain. Tout ce que j’ai consciemment ou inconsciemment enregistré, voix, discours, paysages, violences, espoirs, colères, atmosphères, haut-fourneaux, fumées, usines, machines, campagne, etc., c’est ce qui forme la trame sensible des Nuit rouges. La documentation, c’est surtout le rapport de forces entre les différentes parties. Ouvriers, syndicats, politiciens.

Bepolar : Quels sont vos projets désormais ? Sur quoi travaillez-vous ?
Sébastien Raizer : Je finis un deuxième livre sur le zen, La Caverne aux chauves-souris sous la montagne noire, qui sort au mois de mai.

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