Niko Tackian

Bepolar : Allez, on commence par la question classique, celles des origines de Toxique. Comment est née l’idée de ce roman ?
Niko Tackian : Elle est d’abord née d’une envie, celle de créer un personnage de flic dans lequel je me retrouverai suffisamment pour pouvoir me projeter sur plusieurs romans. Ensuite j’avais dans la tête de faire une allégorie du mythe du minotaure ET de traiter de la toxicité des gens au sens général. De tout cela est sorti TOMAR KHAN, ce commandant de police borderline au passé difficile…

Bepolar : Vous commencez par une enquête qui semble presque banale puis ça va se corser assez rapidement. Vous aviez envie d’être proche presque de la vie quotidienne ?
Niko Tackian : Oui car je pense que la violence quotidienne est bien supérieure à celle de la fiction. Il suffit d’ouvrir un journal ou de parcourir un fil d’actualité. Le quotidien regorge d’interactions traumatisantes aussi bien psychologiquement que physiquement. Je n’ai jamais ressenti le besoin d’invoquer la mythologie du serial killer pour construire une trajectoire criminelle. Et puis pour moi, écrire c’est transmettre et j’ai envie de parler aux gens de choses qu’ils connaissent ou qu’ils peuvent ressentir. Mon job c’est de les éclairer différemment pour en extraire une idée, une thématique et des émotions…

"Il y a dans le personnage de Tomar toute une réflexion sur les racines, l’identité, l’héritage culturel et émotionnel."

Bepolar : Parlez-nous un peu de votre héros, Tomar, comment est-ce que vous le voyez ? Présentez-le-nous ?
Niko Tackian : Tomar est un être hybride. Le fruit de l’amour d’une femme avec une bête… C’est le minotaure. Voilà comment j’ai construit mon personnage autour de la maltraitance. Enfant battu, condamné à être une victime par la violence d’un père. Mais sa trajectoire le force à briser les murs du labyrinthe et à se trouver un cadre pour survivre : la police et surtout ses enquêtes qui sont autant de labyrinthes à parcourir.

Il y a dans le personnage de Tomar toute une réflexion sur les racines, l’identité, l’héritage culturel et émotionnel. Qu’est ce qui fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui ? Est-ce simplement notre passé, nôtre petite enfance… Est-ce aussi celui de nos ancêtres ? Peut-on déposer cette charge ? Doit-on vivre avec ? Autant de questionnements qui composent son personnage. Et bien entendu, j’en partage quelques-unes…

Bepolar : Il est question de la police, des méthodes mais aussi des doutes des policiers. Comment est-ce que vous travaillez ? Vous en connaissez ?
Niko Tackian : Bien sûr. Cela fait quinze ans que je travaille pour la télévision en tant que scénariste et le polar est un des genres Roi du petit écran. J’ai côtoyé des policiers, aussi bien dans leurs bureaux que sur le terrain et j’ai même longtemps partager leur entrainement sur les tatamis. J’ai donc une affection particulière pour ce métier car j’y vois hier et encore plus aujourd’hui beaucoup de souffrance et un manque de reconnaissance évident. Je pense que les gens ont du mal à imaginer la difficulté, tant pratique que psychologique d’exercer ce métier. Ça n’excuse pas les dérives, les propos nauséeux et les bavures de certains cas isolés mais ça explique la difficulté d’exercer ce métier et l’importance pourtant capital qu’il revêt dans nos sociétés toujours plus violentes.

"C’est difficile pour un être humain à peu près normal d’imaginer ce que peut être l’absence totale d’empathie. C’est l’expérience que je propose dans Toxique…"

Bepolar : Sans trop en dévoiler, on peut dire qu’on a à un moment le point de vue du "coupable". Vous aviez envie de renverser les points de vue ?
Niko Tackian : J’avais surtout envie que les gens puissent rentrer dans la tête d’un sociopathe pour mieux appréhender sa logique. Car les sociopathes ont une logique et de leur point de vue, ils font simplement ce qui est le meilleur à faire. Ils ne jouent pas la comédie, c’est ce qui les rend si glaçant. C’est difficile pour un être humain à peu près normal d’imaginer ce que peut être l’absence totale d’empathie. C’est l’expérience que je propose dans Toxique…

Bepolar : Ce roman est assez différent de vos précédents, on n’y trouve pas de fantastique, pour quelle raison ?
Niko Tackian : Il est pourtant présent à travers la dimension onirique et les visions de Tomar. Dans mes précédents romans, j’utilisais le fantastique pour traiter une thématique qui se révélait être finalement 100% psychologique… Dans Toxique on peut se demander où va mener cet étrange rapport entre Tomar et Bob… Mais il faudra attendre le prochain roman pour en savoir plus.

Bepolar : Il se déroule en janvier 2016, très près donc des attentats de novembre à Paris. Pourquoi un telle proximité ? Ca apportait une tension en plus dans le roman ?
Niko Tackian : D’abord j’ai écrit Toxique pendant les événements de 2015 et c’est devenu très rapidement une évidence que mes romans seraient « en temps réel ». J’ai donc nourri l’arrière-plan du roman d’une foule de détails, aussi bien la météo, les lieux, l’actualité, le moral de la société, en voulant donner au récit plus de réalisme et de force. Je garde d’ailleurs ce principe pour la suite.

Bepolar : Il est très "cinématographique"... Allez rêvons un peu, vous verriez qui dans le rôle de Tomar ?
Niko Tackian : Ahaha mais je sais très bien qui je verrais : Tom Hardy !

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