L’interrogatoire de Sam Millar, auteur du polar Au Scalpel

Son dernier livre Au Scalpel est paru en avril 2017 dans la nouvelle collection Cadre Noir des éditions Le Seuil. Mêlant violence et humour noir, le roman policier reprend le personnage de Karl Kane, détective privé que la vie n’a pas épargnée. On pourrait en dire autant de Sam Millar, auteur de polar né en Irlande du Nord, détenteur de cinq prix littéraires et dont le parcours est aussi atypique que l’homme est adorable.

« Many thanks to all those French people who have been so very kind to me over the years, buying and reading the Karl Kane books. » Sam Millar

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Bepolar : Vous êtes habituellement présenté dans la presse comme un activiste politique ayant été emprisonné (pour résumer très grossièrement). Comment aimeriez-vous être introduit ici ?

Sam Millar : Je suis un activiste politique et un socialiste, j’attache beaucoup d’importance à la représentation de l’opprimé, en particulier dans mon écriture, en exposant l’injustice chaque fois que je peux. Cependant, j’essaie de faire attention de ne pas enfoncer mes croyances dans la gorge du lecteur. Je suis avant tout un écrivain, un conteur.

En tant qu’écrivain, que retirez-vous de votre expérience ?

Quand j’écris, je fais beaucoup d’introspection, je dissèque les nombreuses erreurs que j’ai commises dans la vie, ainsi que mes réussites en tant que membre de la classe ouvrière. J’essaie de combiner échecs et accomplissements dans la caractérisation de mes personnages, qu’ils soient mauvais ou bon, en espérant les rendre aussi humains que possible, sans complaisance.

Vous avez dix livres à votre actif, sans compter les pièces de théâtre (et radiophoniques). Auriez-vous imaginé en être là avant les années 2000 ?

Quand j’étais gamin à Belfast, je rêvais d’être écrivain. Je n’aurais jamais pensé que ça se produirait, puisque je venais d’un milieu ouvrier. Mais parfois, les rêves se réalisent, comme je l’ai finalement prouvé. Aujourd’hui, mes livres sont publiés en France, en Allemagne, en Italie, en Amérique et dans d’autres pays. Je crois que qu’on peut transformer l’adversité en quelque chose de positif, et les cauchemars en rêves, comme je l’ai fait avec mon expérience de fréquent « visiteur » de prisons : j’ai « visité » ma vie !

Vous imaginez-vous encore écrivain dans 10 ans ?

Si je suis encore vivant dans dix ans, bien sûr ! J’espère continuer à écrire du « crime noir » [ndlr : en français dans le texte], car j’adore le genre. J’espère que mon enquêteur, Karl Kane, sera encore vivant lui aussi !

Comment vous viennent vos idées de romans ? Avez-vous des rituels d’écriture ?

La plupart de mes histoires proviennent de mon passé, ou des choses dont je me souviens de mon passé. La plupart de mes personnages sont d’ailleurs élaborés à partir de personnes que je connais ou que j’ai connues.

Pour écrire, je me lève tôt, vers 5h ou 6h du matin. Je nourris habituellement mes chats avant de me nourrir moi-même. J’aime la paix et la tranquillité qu’apporte le matin. En général, j’écris sur mon ordinateur pendant quatre ou cinq heures, puis je mange un bout, principalement du café. Si je suis sur ma lancée et que j’apprécie l’histoire que j’ai développée, j’y passe ensuite deux heures de plus, pour essayer de l’améliorer.

« The darker the thriller the better, even hardboiled ! » Sam Millar

Qu’aimez-vous profondément dans le polar ?

Plus sombre - voire plus dur - est le polar, mieux c’est ! C’est pourquoi j’aime beaucoup le roman noir. J’adore les personnages bien pensés, qui ne sont pas nécessairement mauvais ou diaboliques, mais qui vivent dans un monde moralement ambigu, où rien n’est jamais comme il y parait. Je suis fan de Raymond Chandler et peut-être l’a-t-il résumé parfaitement quand il a écrit : « Un roman doit être réaliste dans les personnages, le cadre et l’atmosphère. Il doit être à propos de personnes réelles, dans un monde réel ».

Pouvez-vous présenter votre personnage récurrent, Karl Kane, à nos lecteurs ? Ceux qui n’ont pas lu les volumes précédents (Les Chiens de Belfast, Le Cannibale de Crumlin Road et Un sale hiver) peuvent-ils commencer par votre petit dernier : Au Scalpel ?

Karl Kane est un détective privé classique, avec un passé très dérangé. Il a un humour très noir qu’il utilise pour soigner ses cicatrices, à la fois psychologiques et physiques. Quand il était enfant, il a été témoin du viol et du meurtre sadique de sa mère. Ce même monstre l’a poignardé à plusieurs reprises, laissant Karl pour mort (dans Les Chiens de Belfast).

Des années plus tard, Karl a la possibilité de venger le meurtre de sa mère et de tuer son meurtrier à l’occasion d’un inoubliable Vendredi Saint. Mais Karl le laisse filer, pour ce qu’il considérera plus tard comme de la lâcheté. Cela le brisera complètement quand, deux jours plus tard, deux jeunes filles se feront agressées sexuellement, puis brutalement assassinées par le même homme. Hanté par leurs meurtres, Karl se tiendra alors pour responsable de leurs morts. Il se passera de nombreuses années avant qu’il ait à nouveau la possibilité de se venger (dans Au Scalpel).

Le lecteur n’a pas à lire tous les livres pour s’attaquer à ce dernier opus, ce sont des histoires autonomes.

Pour finir : si vous rencontriez Karl Kane dans un bar, que lui diriez-vous ? Et comment se passerait la soirée ?

Si je rencontrais Karl, la première chose que je lui demanderais, c’est comment vont ses hémorroïdes !! Je pense que la soirée serait triste au début mais se terminerait par des rires.

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