Plateau - Franck Bouysse

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Résumé :

Plateau de Millevaches. Judith et Virgile tiennent une petite ferme dans un hameau. Le couple a élevé Georges, un neveu dont les parents sont morts dans un accident de la route quand il avait cinq ans. Il vit dans une caravane tout près de chez son oncle et sa tante. Lorsqu’une jeune femme vient s’installer chez lui, lorsque Karl, ancien boxeur tiraillé entre pulsions sexuelles et croyance en Dieu, emménage dans une maison du même village, et lorsqu’un mystérieux chasseur sans visage rôde alentour, les masques s’effritent et des coups de feu résonnent sur le Plateau.
Une écriture ciselée pour exprimer la rudesse du paysage et la profondeur des caractères. Comme Grossir le ciel, noir et bouleversant.

Vos avis

  • Nicolas Elie 7 juillet 2017
    Plateau - Franck Bouysse

    La difficulté, quand tu trouves un auteur que tu aimes, c’est que tu avales tout ce qu’il écrit. Forcément, il y a un moment, à part tomber sur King aujourd’hui et se faire tout ce qu’il a publié, tu te retrouves sans cartouche.

    J’ai donc lu le dernier roman de Franck Bouysse. La dernière cartouche.

    Ça s’appelle « Plateau ».

    Après « Vagabond », « Pur Sang », et « Grossir le ciel », tu t’attends à quoi ?

    Au chef-d’œuvre qu’il a mis un très long moment à polir, à repolir, et tu tombes sur « Plateau ».

    Quand je dis « tu tombes », c’est un peu l’idée.

    D’abord, les mots. Les mots qui vont qualifier les maux. Et des maux, il y en a dedans. Un paquet.

    Le premier truc auquel tu dois faire face, c’est la violence.

    Tu sais, les mecs qui fracassent leur nana juste pour prouver qu’ils sont vachement costauds. Dans ce roman, il y a ça. Tu le vois pas vraiment, juste des souvenirs. Les souvenirs de Cory. Pas des bons souvenirs. Au point que son type d’avant, elle l’appelle « l’homme-torture ». Tu vois le style ?

    Elle a de la chance, Cory, parce que quand elle arrive, elle trouve un mec sympa. Il est tellement sympa qu’il lui fait oublier le bourreau qu’elle a connu pendant des années. Peut-être que le point important, c’est la prise de conscience de Cory quant à son pouvoir de séduction. Ce pouvoir qui a été gommé par son ex, lavé, lessivé.

    Et pourtant, des nanas tabassées, j’en ai croisé plusieurs. Elles sont méfiantes. Méfiantes au point qu’avant de se laisser effleurer par une émotion amoureuse, il peut se passer du temps.

    Vraiment.

    Tu vois ce que je veux dire ?

    Eh ben là, tu y crois. L’écriture de Franck Bouysse est tellement juste que tu te poses pas de questions existentielles.

    Tu y crois.

    À fond.

    Georges, il me fait penser à un môme de quinze ans, avec son désir d’ado refoulé, et là encore, quand Franck te raconte, tu peux juste imaginer. C’est magique.

    Soyons clair, dans « Grossir le ciel », Franck Bouysse a écrit sur les taiseux.

    Comme un taiseux. J’ai adoré. Mais je te l’ai dit déjà. Une écriture reliée à cette nature et qui m’a laissé souvent scotché à des phrases, à des mots, à des bruits.

    Sur ce plateau, encore des mots tellement justes et précis que parfois ils gomment le côté noir que j’aurais aimé trouver davantage, mais la qualité de cette langue est telle que tu peux juste te laisser prendre dans ses filets.

    Franck Bouysse, il écrit foutrement bien. Ça c’est indubitable. Il avait rien à me prouver dans ce texte, et j’ai eu ce sentiment, souvent, en marchant à côté de lui sur ce plateau.

    Tu sais, le mec qui te dit : « Écoute, je vais te raconter un truc. »

    Au début, je suis sûr que Virgile il a dans les 60 ans. C’est un mec qui bouge, qui bosse, qu’est à fond, tout le temps. Puis au moment où Franck Bouysse te donne une vraie date, tu piges qu’il a 80 ans. En même temps, Franck il m’a dit que son tonton, il est en pleine forme.

    Sans doute que la nature, ça conserve les gens en forme.

    Encore une fois, je me suis laissé emporter par cette plume trempée dans la terre. Par ces mots tellement justes et précis que tu te rends compte à quel point les auteurs de cette qualité sont rares aujourd’hui.

    T’as pas le choix, Franck Bouysse, il faut le mériter. Il te fait confiance, et tu lui fais confiance pour qu’il t’emmène au cœur de son histoire.

    De ses histoires.

    Parce que dans « Plateau », il y plusieurs histoires.

    Des histoires de gens seuls, qui font ce qu’ils peuvent pour être avec les autres.

    Ils y arrivent pas.

    Plusieurs solitudes, même si tu les fais vivre ensemble, ça fait des solitudes les unes à côté des autres, ça fait pas une famille.

    Le moment où le livre bascule, c’est justement quand la peur de cette solitude est si forte chez Judith qu’elle demande à Virgile de lui offrir tout l’amour dont il est capable.

    Tu verras.

    Il y a aussi Karl, l’ancien boxeur. Le récit de son dernier combat est magique. Il boxe contre Youssef.

    « La musique s’éteint. Les voix se taisent. Le monde prend fin. Allah est le plus grand ce jour-là. »

    Tous ces personnages qui se croisent, toutes ces blessures qui restent ouvertes. Tu as l’impression que Franck, il aime tous ces gens. Que chacun de ses personnages est une facette de l’être humain complet.

    Que toutes ces facettes mises ensembles fabriquent le prisme de cette histoire. Une couleur différente pour chacun, et quand tu lis, t’es face à un immense arc-en-ciel.

    C’est sans doute ça qui est magique chez Franck et dans la langue qu’il utilise.

    Cette capacité à te faire oublier les incohérences que tu peux trouver si tu décides de couper les cheveux en quatre, de t’attacher au plan du récit.

    Ça sert à rien.

    Si tu fais ça, t’as tout faux.

    Va l’acheter, tu liras la suite de ça :

    « Ici, c’est le pays des sources inatteignables, des ruisseaux et des rivières aux allures de mues sinuant entre le clair et l’obscur. Un pays d’argent à trois rochers de gueules, au chef d’azur à trois étoiles d’or.

    Ici, c’est le plateau. »

    Ton libraire, il l’a. Il vient de sortir à La Manufacture.

  • Poljack 30 juillet 2017
    Plateau - Franck Bouysse

    Ce roman paru dans la catégorie « policier » a dû décontenancer plus d’un amateur de polar tellement il est loin des schémas habituels du genre. En effet, même si une menace plane sur ce coin du Limousin, c’est sur le châssis des tourments de l’âme humaine qu’est bâtie la trame de l’histoire.
    Dans ce récit rude et sauvage, comme le paysage qu’il décrit, dès les premières lignes, le ton est donné : sur ce plateau, il n’y a guère de place pour la vitesse, tout va au rythme des saisons et les choses prennent le temps de s’installer. Il en est ainsi de l’histoire, elle mûrit lentement dans ce paysage minéral hachuré de ruisseau, piqueté de bois et de genets. L’auteur plante le décor à petites touches impressionnistes, puis nous découvre peu à peu les protagonistes. L’écriture est puissante, exigeante aussi, nous obligeant à nous secouer l’imaginaire. Il y a du Giono dans sa façon de faire corps avec le lieu et les gens qui l’habitent, à en prendre la cadence, en épouser le souffle. Le temps d’un roman, on y demeure aussi, on fréquente ces gens-là…
    Les personnages… Le vieux Virgile qui s’accroche à la terre où il est né, où ses parents et ses aïeuls ont vécu, ressemble à ses buissons qui survivent sur les landes desséchées, les plateaux aux quatre vents. Son entêtement en fait le point stable de cette petite communauté, même si ses secrets lui sont comme des capricornes dans la charpente. Mais des secrets, tout le monde en a. Karl a amené les siens, pensant pouvoir les enfouir dans cette région loin de tout, et pour Georges, ce sont les ancres qui l’empêchent de partir, comme il en a toujours rêvé. Cory, elle, voudrait bien que son passé de femme battue reste secret… mais il est déjà éventé avant même qu’elle pose ses valises dans le hameau. Et son arrivée va remuer des choses qu’on croyait inertes, depuis le temps qu’elles reposaient au fond des mémoires. Et quand on remue la vase, on trouble la fontaine…
    Il faudra attendre les toutes dernières pages pour que cette histoire, qui a pris tout son temps à se mettre en place, se dirige vers un dénouement. Pour autant, il n’y a aucune longueur dans ce récit qui accroche le lecteur plus sûrement qu’un bouton de bardane. On referme ce livre rassasié d’une écriture imagée, aussi vivifiante que le vent des hauts plateaux. Alors, finalement, est-ce important que ce roman de Franck Bouysse soit ou non un policier ? Non, car à ce niveau de qualité, l’écriture transcende les genres et l’on ne parle plus alors que de littérature.

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