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Trois raisons de voir ou revoir American Psycho de Mary Harron

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Résumé :

Au coeur des années Reagan, Patrick Bateman est un pur produit de la réussite américaine. Jeune, riche, il est un de ces golden boys qui triomphent à la bourse. Seul le nec plus ultra est digne de lui et il s’emploie à ne retrouver que des symboles qui lui renvoient une image de succès. Il accumule, avec une obsession maladive, les vêtements selects, les relations enviables. Son voeu le plus cher est de se fondre dans cette foule, de trouver sa place au milieu de ceux auxquels il s’identifie.

Il y a vingt ans, l’adaptation du mythique roman de Bret Easton Ellis, prolongeait l’avatar de ce Docteur Jekyll et Mister Hyde version eighties : côté pile, un yuppie obsessionnel, brillant produit de Harvard, vivant le culte de sa propre anatomie comme une course contre le vieillissement, tout en jouant sa partition cynique de jeune loup et de sermonneur moraliste, tel que New York en sécrétait dans ces années reaganiennes, qui couronnèrent l’avènement du néolibéralisme et du conservatisme le plus réactionnaire ; côté face, un psychopathe impitoyable dont le film laisse deviner la sinistre figure par petites touches, disséminant une série d’indices à travers des scènes édifiantes, jusqu’à la bascule irréversible qui transforme le héros en criminel récidiviste. Mais ce qu’on voit est-il véritablement ce qui existe ?...
Vingt ans après sa sortie, ce prototype effrayant, en phase avec une époque, où la réussite des uns ne saurait se concevoir sans la destruction des autres, n’a rien perdu de son actualité.

Trois raisons de voir ou de revoir le film :

1- la performance de Christian Bale : en golden boy implacable, sorte de machine froide, dans le contrôle absolu de lui-même, il parvient à documenter la psyché d’une Amérique malade d’avidité. Cependant, le retour violent du refoulé a tôt fait de transpercer le vernis des apparences : la cruauté du protagoniste vis-à-vis d’un clochard à qui il prodigue d’abord des discours de bienveillance, sa rigidité et son intransigeance accrues par la moindre contrariété, son meurtre d’un rival (Paul Allen) sur un sautillant tube de Huey Lewis, puis l’accumulation de crimes, en font l’incarnation cynique d’une époque schizophrène. Le comédien joue les changements d’humeur du personnage avec une aisance remarquable.

2- un thriller à la fois sardonique et terrifiant : l’enquête consécutive au premier meurtre contraint Bateman aux stratégies les plus éhontées pour sauver sa peau, quitte à renier les beaux discours dictés par son apparente vertu initiale. Ces investigations ne l’empêchent pas de perpétrer d’autres exactions, guidé par son hubris, pérorant à l’envi sur ses groupes ou artistes préférés des années 80 : ainsi, de Genesis, il renie la première période qu’il qualifie de "trop artiste et intellectuelle", préfère ce qui advient à partir de l’album Duke. Sur Whitney Houston, sa prolixité se joint à une déférence presque grotesque, d’autant que Bateman donne à ses exégèses une dimension nettement autobiographique, comme si, finalement, les chansons qu’il commente lui étaient personnellement adressées.
On se souvient qu’un autre célèbre psychopathe, Charles Manson, avait complètement subverti le sens de certains morceaux des Beatles, pour les accommoder à sa folie et justifier ses actes meurtriers.
Ce rapport fanatique à la musique, volontiers alimenté par des contresens, donne ici lieu à des monologues qui sont de quasi rituels et précèdent à chaque fois les actes les plus sordides.
Parfois, les tentatives de meurtre échouent lamentablement : un rival sur le point d’être étranglé prend l’étreinte naissante des mains sur son cou comme une proposition homosexuelle. Un peu comme si, au moment de frapper pour la première fois, Norman Bates se cognait contre la tringle à rideaux...

3- une fatalité implacable et une fin absolument équivoque : bientôt le meurtrier sanguinaire, nourri par un imaginaire peuplé de films d’horreur, emprunte volontiers l’identité d’un de ses "héros" cruels, Leatherface, dans une scène de poursuite qui est une réminiscence du film de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse, ou un masque analogue à celui de Jason Voorhees, le croquemitaine de Vendredi 13.
Mais comme un obstacle éliminé engendre un nouvel obstacle et qu’il n’entre pas dans le logiciel de Bateman la possibilité d’une moindre contrariété, la fatalité du crime est un processus sans fin. Le film multiplie alors les clins d’œil au cinéma expressionniste, le grand manteau du héros évoquant la cape d’un vampire, sa longue limousine, glissant le long du trottoir à la recherche d’une proie, se satisfaisant aisément de l’ombre qui nimbait les films de Friedrich Murnau ou de Fritz Lang.
Il reviendra à l’assassin de mettre fin à son parcours par l’aveu de ses actes, mais il apparaît que le monde à qui il offre ses confessions terribles ne le croit pas. Et il y a peut-être de bonnes raisons de ne pas les croire !

Jérémy Gallet

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