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L’interrogatoire de Sébastien Rutès pour Mictlán

Bepolar : C’est un roman étonnant, avec deux conducteurs d’un camion rempli de cadavres et qui ne doit pas s’arrêter, sous aucun prétexte. Comment est née l’idée de cette histoire ?
Sébastien Rutès : Au départ, il y a un fait divers. En septembre 2018, au Mexique, un camion frigorifique est retrouvé sur un terrain vague, dans la banlieue de Guadalajara. C’est un voisin qui donne l’alerte, horrifié par l’odeur. Après enquête, il s’avère que le camion a été loué par le cabinet du procureur de l’Etat du Jalisco, pour entreposer des cadavres en attente d’identification qui ne tenaient plus dans les locaux de l’Institut médico-légal. Le camion a été déplacé plusieurs fois avant d’être « oublié » sur ce terrain vague où il s’était embourbé. La presse a parlé de 157 cadavres dans ce « camion de la mort ». Plus tard, les autorités en ont avoué 273, et 49 dans un autre semi-remorque. Et quelques 400 autres à l’Institut médico-légal, tous non-identifiés. En m’inspirant librement de ce fait divers, J’ai imaginé le périple d’un camion semblable, dans un pays où la mort est partout.

Bepolar :Les deux conducteurs s’appellent Gros et Vieux. Ils vont se dévoiler au fur et à mesure du livre. Comment pourriez-vous nous les présenter ?
Sébastien Rutès : Au cimetière de Guadalajara, sur la tombe d’un de ces cadavres finalement identifié, il y a une plaque qui dit : «  Ici gisent des centaines de victimes de la violence et la décomposition sociale  ». Gros et Vieux sont deux de ces victimes, eux aussi. Parce que tous deux ont participé à cette décomposition sociale, chacun à sa manière, qu’ils en sont le produit et qu’ils la subissent. Gros parce qu’il est un ancien sicario, comme beaucoup de jeunes qui se transforment en tueurs pour fuir la misère. Vieux parce qu’il n’a pas su freiner ses instincts violents dans une société où règne la loi du plus fort. Ils n’ont pas de nom, parce qu’il pourrait s’agir de n’importe qui d’autre dans ce pays-là.

Bepolar :C’est aussi une histoire politique. On envoie ces cadavres discrètement loin de l’Etat où le gouverneur veut se faire réélire. Vous aviez envie de dénoncer certains arrangements politiques ?
Sébastien Rutès : Mictlán un roman sur la décomposition sociale, qui atteint des extrémités dans des pays comme le Mexique, mais qu’on voit à l’œuvre dans d’autres, sous des formes plus subtiles. Comment survit-on dans une société où tous les rapports humains sont gangrénés par la misère ? Pour se protéger de la violence autour de soi, il faut de protéger des autres, quels qu’ils soient, annuler la menace qu’ils pourraient représenter. Evidemment, une des origines de cette décomposition sociale est la corruption politique, qui dégouline de haut en bas jusqu’à contaminer l’ensemble de la société. Prisonniers de leur cabine, Vieux et Gros n’ont pas le choix que de réapprendre l’autre…

Bepolar :Ce qui marque c’est votre style, le mouvement permanent, les héros sans prénom... Comment avez-vous travaillé la structure et le style de ce roman ?
Sébastien Rutès : Le camion ne s’arrête pas, les phrases non plus. Elles donnent à sentir la menace qui plane sur les conducteurs : s’ils s’arrêtent, ils meurent. Alors, ils tournent en rond dans le désert, et les phrases tournent en rond aussi. Elles sont concentriques, elles se mordent la queue, reviennent toujours à leur point de départ. C’est aussi un symbole de l’existence humaine telle que décrite dans le roman : une errance aux airs d’éternel recommencement dépourvu de sens. La répétition marque l’échec du sens. Enfin, c’est une façon d’impliquer le lecteur, de lui dire : tu es embarqué dans cette galère, tu es avec nous, tu es comme nous, otage de la cabine et de ton destin, sans autre espoir de descendre que de sauter par la fenêtre sur le bitume avant le crash final.

Bepolar :Qu’est-ce que le Mictlán ?
Sébastien Rutès : Pour les Aztèques, c’est la dernière région de l’inframonde, là où les âmes de ceux qui ne sont pas morts à la guerre ou sacrifiés accèdent à la rédemption après un long voyage de quatre ans à travers le monde d’en bas. Au cours de ce périple, les défunts souffrent toutes sortent de tourments jusqu’à se dépouiller de ce qui les rendait humains, afin de pouvoir se fondre dans le grand tout. C’est l’oubli de soi, où voudraient sombrer les personnages de cet enfer sur terre que j’imagine dans le roman.

Bepolar :Quand pourrons-nous vous voir en dédicace ?
Sébastien Rutès : A Quai du polar, à Lyon, début avril.

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