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Thomas Cantaloube : L’interrogatoire

BePolar : Comment est née l’idée de ce livre ?
Thomas Cantaloube :Elle est née de la volonté de me plonger, via la fiction, dans un pan de l’histoire de France qui continue d’avoir un impact profond sur nous : les institutions de la Cinquième République, que beaucoup contestent aujourd’hui, la décolonisation qui s’est quand même assez mal passée et laisse des cicatrices profondes, les débuts de l’immigration issue du Maghreb, des gens que l’on a fait venir pour travailler dans nos usines mais que l’on ne voulait pas voir et que l’on a toujours du mal à accepter 60 ans après.

Samuel Fuller, un journaliste devenu écrivain puis cinéaste, avait coutume de dire : « Pour démarrer, piquez aux meilleurs ! Et si quelqu’un s’en rend compte, dites que c’est un hommage ! » C’est un adage que Quentin Tarantino, qui a bien connu Fuller, a pris à cœur. J’ai rencontré Fuller une seule fois, malheureusement, il ne m’a pas transmis cela ! Néanmoins, j’avoue sans honte mon « hommage », je me suis inspiré du traitement que James Ellroy a fait du Los Angeles et des Etats-Unis des années 1950 et 1960. J’ai essayé d’appliquer ce même traitement (polar, noirceur, confrontation de la politique et du crime, mélange de héros de fiction et de personnages réels) à la naissance de la Cinquième République.

"Cette période charnière de la fin des années 50-début des années 60, comprend nombre de choses peu ragoûtantes"

BePolar : Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous plonger dans cette fin d’année 50, dans une France enlisée par la guerre d’Algérie ? Quel regard portez-vous sur cette période ?
Thomas Cantaloube :Ce qui m’a motivé, c’est d’explorer l’envers du décor. Un peu comme lorsqu’on soulève une grosse pierre à la campagne et que l’on découvre les insectes qui grouillent dessous. C’est généralement assez peu ragoûtant. Et cette période charnière de la fin des années 50-début des années 60, comprend nombre de choses peu ragoûtantes : la guerre d’Algérie qui ne veut pas dire son nom de guerre, le racisme, les attentats conjugués de l’OAS et du FLN, la création de polices parallèles, le Service d’Action Civique, officine gaulliste qui recrute ses ouailles chez les truands… Toutes ces choses ont en partie disparu de la mémoire collective. Grâce à un travail acharné d’historiens, on a « redécouvert » le massacre du 17 octobre 1961 qui avait été étouffé par l’historiographie officielle, et qui a pu ensuite irriguer la fiction, notamment chez Didier Daeninckx.

En ce qui me concerne, dans mon livre, j’ai mis en scène l’attentat de l’OAS à Vitry-le-François c’est-à-dire le déraillement du train Strasbourg-Paris en 1961 qui a fait 28 morts et qui, jusqu’aux attentat des terrasses et du Bataclan de 2015, était le plus meurtrier en France. Et pourtant, il est complètement ignoré de la plupart des Français. Pendant la rédaction du roman, je m’amusais (façon de parler) à interroger mes amis et collègues en leur demandant « Quel est l’attentat français qui a fait le plus de victimes avant 2015 ? » Personne n’a jamais su me répondre, sauf ma mère dont les deux parents travaillaient à la SNCF et qui habitait Vitry-sur-Seine, pour qui cela avait une résonnance particulière. L’attentat de Vitry-le-François portait un coup à l’image rassembleuse et solide du gaullisme et a donc été sciemment enterré par le pouvoir qui a fait pression sur la presse, la police et la SNCF pour ne pas en parler.

BePolar : C’est le début de la Vème République. Est-ce que l’atmosphère de ces premiers mois était particulière ? Y’avait-il un sentiment de renouveau ?
Thomas Cantaloube :Plus que l’atmosphère de l’époque, ce qui m’intéressait, c’était d’en travailler la mémoire. L’image d’Épinal qu’on garde de cette période est celle du général De Gaulle arrivant à la rescousse d’une Quatrième République à bout de souffle, engluée dans le régime des partis et la guerre d’Algérie. Mais, avec le recul, beaucoup d’historiens parlent aujourd’hui de « coup d’État » pour qualifier la prise de pouvoir par De Gaulle et de ses fidèles. Une de mes personnages dans le roman le dit d’ailleurs : cette période est un vrai bazar, personne n’y retrouve ses petits, les résistants de la seconde Guerre mondiale s’allient avec d’anciens collabos, les flics pactisent avec le Milieu, il y a des attentats un peu partout… C’était une période extrêmement violente, avec des policiers assassinés par le FLN, des « ratonnades » sanglantes en retour, des élus victimes d’attentats à la bombe, notamment le maire d’Evian que j’évoque dans le roman, qui meurt parce qu’il avait eu la bienveillance d’accueillir des pourparlers entre les nationalistes algériens et le gouvernement français dans sa ville. Bref, c’est une période qui a sûrement été assez difficile à vivre, d’autant que la révolution des mœurs des années 60 n’était pas encore passée par là et que la France demeurait assez corsetée, mais, elle est, du point de vue de la fiction, passionnante.

"Quand on pense que quelqu’un comme Maurice Papon était à l’époque préfet de Police de Paris après avoir été un haut fonctionnaire du régime de Vichy..."

BePolar : On y croise quelques figures politiques comme François Mitterrand, Charles Pasqua et Maurice Papon. Comment vous vous êtes vous frottés à eux ? Est-ce qu’il est facile d’en faire des personnages de fiction ?
Thomas Cantaloube :À vrai dire oui. Certains ne font que des passages éclairs, d’autres sont plus présents. Le seul impératif, c’est de ne pas trahir ce qu’ils ont été réellement et de ne pas leur faire faire n’importe quoi. Il y a un côté assez jouissif du point de vue de l’écriture de rentrer dans leur tête et d’imaginer comment ils auraient pu se comporter dans des situations imaginées. Mais quand on pense que quelqu’un comme Maurice Papon était à l’époque préfet de Police de Paris après avoir été un haut fonctionnaire du régime de Vichy qui a déporté des milliers de juifs, puis qu’il sera responsable de centaine de morts d’Algériens le 17 octobre 1961 et qu’il finira sa carrière comme ministre du Budget sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, on se dit : « Ce n’est pas croyable !  » Quant à François Mitterrand qui organise ou acquiesce à un faux attentat contre sa personne en 1959 – aujourd’hui encore on ne connaît pas la vérité – pour faire parler de lui, on est carrément dans le romanesque.

BePolar : On y trouve un jeune flic, un ancien collabo et un gangster corse, est-ce que vous pouvez nous présenter ces trois personnages ?
Thomas Cantaloube :Ce sont les trois personnages principaux, qui sont en quelque sorte des archétypes du polar. Il y a Luc Blanchard, jeune flic qui démarre sa carrière, plein de naïveté et qui se retrouve confronté aux magouilles du monde en général mais de sa hiérarchie avant tout. Il est un peu le « passeur » des événements du roman, le candide. Il y a ensuite Antoine Carrega, un ancien résistant corse devenu truand. Mais un truand avec des principes. C’est un faux égoïste qui voudrait rester stoïque face à la réalité, mais qui se laisse souvent emporter par ses sentiments. Enfin, il y Sirius Volkstrom, un vrai méchant, un tueur qui n’agît que pour son propre intérêt mais qui se frotte parfois à plus fort que lui et qui de coup, est poursuivi par une certaine fatalité, d’autant plus qu’il a des failles qu’il peine à dissimuler. Le roman alterne entre le point de vue de ces trois personnages qui se courent après, se croisent et finalement font cause commune en quête de vérité.

BePolar : Vous êtes journaliste, habitué des enquêtes au long cours. Est-ce que votre profession vous a aidé à écrire ce roman ? Quelle est la part du journaliste dans l’écrivain ?
Thomas Cantaloube :Cela faisait très longtemps que je tournais autour de l’idée de la fiction, qui permet une bien plus grande liberté d’écriture que le journalisme et qui autorise de tordre les faits historiques ou de jouer avec. De mon point de vue, l’activité de journaliste et celle de romancier sont complètement séparées, je ne les abord pas du tout de la même manière. Je suis capable d’écrire des scènes de fiction uniquement avec ce que j’ai dans ma tête, alors qu’en tant que reporter, j’ai besoin de voir les choses : les lieux, les gens, la chronologie d’un événement, etc.

"J’ai entrepris une suite de « Requiem pour une République »."

BePolar : Comment avez-vous travaillé sur cette histoire ? Elle vous a demandé beaucoup de documentation ?
Thomas Cantaloube :J’ai évidemment travaillé avec un minimum de documentation, j’ai lu des livres d’historiens sur la période. J’ai été très scrupuleux sur les événements réels que je relate, afin de ne pas glisser d’invraisemblances ou d’anachronismes. Mais pour le reste, je ne suis pas un écrivain qui s’attarde sur les descriptions de paysage, d’habits ou de lieux d’époque. Je me contente d’un ou deux traits, à la manière d’un caricaturiste, pour plonger dans l’ambiance de l’époque. Par exemple, quand un personnage rentre dans une voiture, je nomme le véhicule (pour cela internet est formidable car il y a des passionnés qui ont recensé tous les modèles de l’époque avec des photos), mais je ne m’attarde pas sur son style, sa vitesse ou des détails techniques. Je suis assez cinéphile et je me suis donc beaucoup inspiré de films de l’époque, les polars de Melville par exemple ou les films de Truffaut, pour saisir l’ambiance, la façon de s’habiller, de parler… Ensuite, je fais confiance au lecteur et à sa propre capacité d’évocation, selon sa propre mémoire s’il a vécu l’époque, ou alors en fonction de ses lectures ou des films qu’il a lui-même vu.

BePolar : Quels sont vos projets ? Sur quoi travaillez-vous ?
Thomas Cantaloube :J’ai entrepris une suite de « Requiem pour une République ». Les mêmes personnages, quelques mois plus tard, plongés dans un autre événement méconnu de l’histoire française de cette période. J’en ai écrit 80 pages et j’espère que cela va quelque part !

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