AtomKa - Franck Thilliez

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Résumé :

Lucie Henebelle et Franck Sharko, policiers dans la fameuse section criminelle du 36, Quai des Orfèvres, tentent de se remettre d’un drame qui a failli les séparer. Ils essaient de faire un enfant, en vain. Et à quelques jours de Noël, ce qui les attend est loin d’être l’annonce d’un heureux événement. À l’heure où tout le monde rentre se réchauffer, le froid, la mort et les souvenirs maudits guettent. Une affaire d’envergure démarre alors. Christophe Gamblin, journaliste de faits divers, est retrouvé mort de froid, enfermé dans son congélateur. Sa collègue et amie a disparu, alors qu’elle enquêtait sur un gros dossier dont personne ne connaît le contenu. Sa seule trace est son identité griffonnée sur un papier, détenue par un enfant errant, très malade, aux organes déjà vieillissants. En parallèle, une ancienne affaire de femmes enlevées refait surface : des victimes jetées vivantes dans des lacs quasi gelés, et secourues in extremis par des coups de fil mystérieux à la police. Tandis que l’enquête s’accélère, Sharko est confronté à de vieux démons. Une ombre évolue dans son sillage, jouant avec lui, et semblant particulièrement lui en vouloir. Un duel secret et cruel s’engage alors, détruisant le flic à petit feu.

Vos avis

  • universpolars 26 novembre 2018
    AtomKa - Franck Thilliez

    Franck Thilliez nous emmène vers les pays de l’Est, le Nouveau-Mexique, mais également un peu partout en France, à Paris bien sûr, dans les régions de Chambéry, d’Annecy - tiens donc -, plus généralement dans les régions Rhônes-Alpes, PACA, le froid, la montagne, mais surtout vers la mort, et/ou presque ; grand voyage qu’est ce roman !

    Nous retrouvons Lucie Hennebelle et Franck Sharko, nos deux personnages unis à la vie - à la mort - qui vont au fil d’une enquête complexe atteindre le paroxysme de l’horreur. L’auteur n’a plus grand chose à prouver en ce qui concerne ses personnages ; on les connaît bien, très bien même pour certains j’imagine, et leurs psychologies, leurs épaisseurs, leurs âmes perdus et bouleversés nous ont déjà bien atteints !

    Lucie, femme battante - toujours ! -, tente de continuer à vivre en conflit avec son âme lancinante, sans ses petites filles jumelles qui ont quitté tragiquement ce monde hostile bien trop tôt ! Nous, lectrices et lecteurs, nous ressentons ce poids de plomb qui la tire en bas chaque journée, à chaque instant, inlassablement, une tristesse profonde qui nous gagne, bien évidemment. L’auteur, dans ce nouveau roman, ne se gêne pas de nous le rappeler par une Lucie extrêmement touchante et bouleversante. Mais Lucie, c’est aussi cette jeune femme flic qui ne lâche rien, qui a la rage !

    Le commissaire Franck Sharko, son collègue, son ami mais surtout son amour - le père de son futur enfant ? - est à ses côtés, au boulot comme au "civil", pour la soutenir et l’aimer. Mais voilà, ce flic du 36 a déjà pas mal de démons du passé à affronter et c’est un couple cassé et tourmenté que nous suivons, page après page... Un couple oppressé et affligé mais au combien efficace - complémentaire ! - lorsqu’il s’agit de mener ensemble une enquête complexe et démoniaque ! Franck, aussi déstabilisé qu’il puisse l’être, est un homme qui a le boulot dans le sang.

    "Même avec les années, les souffrances traversées et les êtres chers perdus à cause de ce fichu métier, le shoot de l’arrivée sur le lieu d’un crime gardait toujours une intensité inaltérable.. / ... Sharko ne se rappelait plus précisément son premier cadavre, mais il se souvenait encore, plus de vingt ans après, de l’explosion de sensations qu’il avait ressenties : du dégoût, de la colère et de l’excitation. Et la vague revenait, enquête après enquête, toujours dans cet ordre."

    Mais Sharko est bien conscient que ce garde-fous qui le protège a une limite, une hauteur qui risque un jour de ne pas suffire, qu’il risque de franchir, d’autant plus que parmi ses démons du passé l’un d’eux a choisi de refaire surface et de ne plus le lâcher. Une traque au plus proche de sa vie privée, au plus profond de son intimité. Faut-il raccrocher une fois pour toute ? Surtout pas maintenant...

    Lucie et Franck, voilà deux êtres qui nous semblent constamment en équilibre précaire sur ce fil qu’on appelle la vie, et qui risquent de tomber d’un côté comme de l’autre à tout moment, s’ils ne se retiennent pas solidement l’un à l’autre. Il faut reconnaître que cette vie ne les a pas vraiment épargnés et la mort, la souffrance, les a nargués de près à plusieurs périodes de leur existence en leur ôtant les repaires les plus importants.

    Franck Thilliez nous tisse - et je ne m’y attendais pas - une enquête parallèle qui prend une place énorme dans ce roman, un jeu de piste macabre dont le commissaire Franck Sharko devient la cible, un chemin qu’il n’a pas le choix de suivre, qui le relie aux périodes les plus insoutenables de sa vie. Un jeu pervers dont il devient le pion totalement impuissant qu’on déplace petit à petit sur un échiquier géant - presque dans le sens propre du terme ! - manipulé par un malade.

    Un fou qui l’oblige à revoir son passé, le revivre, y revenir même peut-être ; les amateurs des romans de Franck Thilliez vont avoir l’occasion de faire quelques pas difficiles en arrière avec notre commissaire qui se déplace avec une épée de Damoclès sur la tête, un couperet qui risque de s’abattre à tout moment. Vous vous rappellerez... Red Angel ?

    Lucie et Franck, c’est dorénavant l’un avec l’autre ; mais certainement pas l’un sans l’autre, ce qui engendrerait irrémédiablement la fin de tout, et pour les deux. Une dépendance vitale ? Certainement... Une délivrance probable et envisageable ? Peut-être... Aussi, c’est intéressant de percevoir quelques signes furtifs très explicites provenant de Sharko, un comportement très instinctif de... (futur) père ? Protection, éloignement, désire de fuire, craintes ?

    Décembre 2011. Nous sommes à l’approche des fêtes de Noël, le blanc commence à dominer sur les autres teintes, le froid commence à pointer le bout de son nez et les gens sont heureux ; mais pas tous. La scène de crime se trouve à Trappes, près de Paris. Un journaliste, Christophe Gamblin, a été retrouvé mort enfermé dans son congélateur. Les éléments sur place permettent d’imaginer que son agresseur a pris son pied à observer cette agonie ; et un message...

    Journaliste à La Grande Tribune à Paris, cet homme semblait s’intéresser à des faits divers - ou d’hiver ! - se déroulant dans la région Rhône-Alpes, CAPA, entre les années 2001-2004. Des femmes retrouvées noyées dans des lacs de montagne, gelées. Mortes, mais aussi vivantes pour certaines, sauvées in extremis. Des jeunes femmes aux profiles physiques proches, sportives, skieuses de la région, qui n’ont pas été tuées là où l’on pourrait vraiment le croire, et surtout pas pour des raisons que l’on pourrait imaginer ! Ceci, évidemment, n’est que la pointe de l’iceberg, si j’ose m’exprimer ainsi...

    Parallèlement, une collègue de Christophe Gamblin, la journaliste d’investigation Valérie Duprès, demeure introuvable. Selon son boss, cette femme avait pris un peu de temps pour se pencher sur l’écriture d’un livre d’investigation, un sujet gardé secret par la journaliste. La connaissant, son patron s’attend à un truc énorme.

    Franck Sharko et Lucie Hennebelle vont se pencher à leur tour sur le sujet et vont décider de reprendre l’enquête de cette femme. Le chemin sera long mais déjà quelques points communs ; La Oroya, au Pérou, Linfen, en Chine, Richland, Etat de Washington ou encore Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Une enquête minutieuse et une bonne part de psychologie seront essentielles pour avancer et progresser. Ne pas lâcher, tout écouter, même les rêves ; ou les cauchemars.

    Et quel est le lien avec cet enfant de 10 ans retrouvé près de Paris dans un état préoccupant, tatoué comme du bétail - comme un cobaye - ? Pas d’identité, terrorisé, muet et chose étrange, des organes usés, tels que le coeur, ou encore atteint de cataracte. Aussi, un billet dans la poche écrit en toute hâte ; Valérie Duprès, Paris. Je ne vous le cache pas, tout est absolument lié.

    On sent petit à petit que l’ingénieur Franck Thilliez nous emmène vers un phénomène étrange, de fou. Une machination abjecte et inimaginable. Nous avons quelques débuts de pistes, on sent venir le truc. Mais, attention, d’une manière d’abord tranquille, enquête assez standard, quoique tout de même relativement étrange, juste quelques éléments troublants, assez pour nous donner la chair de poule. Et cette chair de poule vous allez l’avoir du début jusqu’au terme du roman. Le froid. Cette information sensorielle va vous coller à la peau pour ne plus vraiment vous lâcher. L’auteur nous plonge dans l’eau glacé, vers des expériences inhumaines - et pourtant -, vers des abominations qui nous feront énormément réfléchir.

    Peut-on jouer avec la mort, l’apprivoiser, la manipuler, tenter de maîtriser l’entre-deux, avant l’au-delà ? Mais à quelles fins, et surtout comment ? Que se passe-t-il dans notre corps, lorsque l’on atteint cette fameuse frontière ; pas vraiment mort, mais plus vraiment vivant...? Juste quelques questions comme ça...

    Entre le monde scientifique, voir médical, et l’atrocité, la distance n’est parfois pas très grande. La physique et la chimie prennent une importance capitale dans cette enquête, peut-être même en allant jusqu’à leurs précurseurs. Franck Thilliez, par cette intrigue aux ramifications impressionnantes, s’attaque au coeur même des gens...

    Et surtout, souvenez-vous de cette monstrueuse catastrophe historique qui s’est déroulée en Ukraine. Vous n’aurez jamais été aussi proche, physiquement et psychiquement, de ce ravage, ce carnage, de cette merde sans nom.

    Ah si, Atom[Ka]... Car l’atome, comme le froid, va vous coller à la peau mais aussi aux restes de vos organes ; terrifiant, réellement ! Car là, nous ne sommes plus dans de la fiction ; la réalité des choses nous bouffe la gueule de l’intérieur, comme celle de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants qui n’avaient pas vraiment choisi de vivre cette merde. L’auteur nous y enfouit progressivement, nous sème quelques atomes à droite à gauche et ... vous comprendrez....

    Quel malheureux voyage nous organise ici l’auteur ! Marcher sur cette terre gelée aux couleurs indéfinissables, sentir le crépitement de la glace mais aussi le grésillement des atomes qui fredonnent la mort un peu partout, un air sourd et continu qui semble ne s’être jamais interrompu depuis plusieurs années. Cette grisaille, cette mort que nous ressentons, ce silence gênant et quasi palpable, lourd ; et ces enfants... Je vois encore ces enfants irradiés au bord de la route qui attendent, sans vraiment savoir ce qu’ils attendent vraiment ; mais nous on le sait pertinemment et c’est écoeurant.

    Bon encore deux choses ! Je suis toujours aussi impressionné par le travail de précision que nous livre Franck Thilliez. C’est absolument bluffant d’imaginer jusqu’où il est allé fouiner pour ensuite nous transmettre ses découvertes, ses recherches. C’est précis, cohérent, avéré (pour ce que j’ai pu vérifier) et bien rendu, d’une manière simple et claire. Pas besoin d’être l’arrière petit-fils d’Albert Einstein - tiens donc encore... - pour comprendre la teneur scientifique de l’intrigue. Franchement, on en apprend beaucoup et c’est extrêmement bon à prendre si vous êtes, comme moi, un peu curieux de nature !

    Et la seconde chose, je n’arrive toujours pas à comprendre comment l’auteur arrive à tisser une intrigue aussi complexe, avec autant de ramifications, et qui se tient jusqu’au bout, ceci sans jamais se perdre ! Vous allez me dire que c’est normal étant donné que c’est son job. Oui mais... Il y en a certains qui ne se gênent pas, perdus entre deux lignes, pour planter quelques heureux hasards ou coïncidences pour évoluer dans l’intrigue ; facile.

    Franck Thilliez a l’art de nous envoyer dans toutes les directions - cela nous semble sur le moment absolument aléatoire - puis il nous pose tel un morceau de plomb exactement là où il le voulait, au millimètre près. Et le pire, c’est qu’on ne le sent (presque) jamais venir. Parfois je me demande s’il n’écrit pas ses romans en commençant par la fin, l’apothéose, pour revenir gentiment en arrière...

    Bref, j’arrête mon délire, mais il faut me comprendre, j’ai le cerveau encore totalement congelé, ou même surgelé - nuance - en venant juste de ressortir de ce roman que je qualifierai de glacial. Une chose est sure, après cette lecture, vous n’ouvrirez plus votre congélateur avec la même insousciance et indifférence qu’auparavant !

    Cela vous plairait un petit week-end vers Chambéry ? Ouvrez ce roman et plongez dans l’eau glacé ; vous comprendrez peut-être mieux... de quoi je parle ?

    Bonne lecture...

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