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L’interrogatoire de Nicolas Jaillet sur Mauvaise Graine

BePolar : Comment est née l’idée de ce roman décoiffant ?
Nicolas Jaillet : Ça a commencé par le genre. Ma copine Lilas Seewald cherchait des thrillers. Je lui ai dit : « moi je veux bien t’en faire un, mais je ne sais pas ce que c’est. » Elle m’a répondu ; « C’est six cent mille signes ». Ça m’a plu, parce que c’est une contrainte concrète. Et puis je suis plutôt abonné aux récits courts. Je crois que je passe plus de temps à couper qu’à écrire. J’aimais bien le pari de maintenir le lecteur en haleine, sur 400 pages. Mais il me fallait un vrai sujet, et ça c’est une autre conversation, avec Dominique Forma, qui me l’a donné. L’idée d’une jeune femme qui n’a pas touché à un garçon depuis plusieurs mois et qui se retrouve enceinte, sans savoir comment.

BePolar : Il y a un côté super héros mais c’est aussi un thriller. Vous aviez envie de mélanger les deux ?
Nicolas Jaillet : En fouillant un peu, je suis tombé sur cette classification (malheureusement je ne sais plus qui en est l’auteur, peut-être François Guérif ?) : le roman d’investigation, c’est le point de vue du policier ; le roman noir, le point du vue du délinquant, le thriller, le point de vue de la victime. Je me suis basé là-dessus, et ça collait bien avec le sujet. Ce serait l’histoire de cette jeune femme, à qui l’on vole ce que son corps a de plus sacré, de plus intime. Après, il me fallait des cartes à jouer pour pousser la métaphore un peu plus loin, et l’idée de faire basculer le récit progressivement d’un réalisme assez cru, vers le fantastique et carrément le merveilleux, me plaisait. Et puis, c’est ce que m’inspirent les femmes enceintes. Cette sensation qu’elles donnent, de surpuissance...

BePolar : Parlez nous un peu de Julie qui se découvre des supers pouvoirs en même temps qu’elle tombe enceinte. Comment la voyez-vous ?
Nicolas Jaillet : Julie, c’est un mélange de plusieurs femmes qui me sont proches, et qui me donnent l’impression d’être totalement désinhibées, désaliénées. En fait c’est une fille qui prend ce qui l’intéresse dans la féminité, et dans la masculinité, et qui se fait son petit cocktail perso. Elle peut avoir envie de s’apprêter, voire de jouer à la poupée avec ses copines, elle n’a pas peur de se montrer émotive ou sensible, mais elle fait ce qu’elle veut de sa vie, de son corps, de sa sexualité. Et si elle n’a pas envie de jouer à la poupée, elle ne le fait pas. Beaucoup de filles sont comme ça, aujourd’hui. Elles ont trouvé toutes seules un moyen de résoudre cette fameuse question du genre.

BePolar : La présentation de votre livre parle de Kill Bill et Bridget Jones. Est-ce que ce sont deux films qui vous ont inspiré ?
Nicolas Jaillet : Pas du tout. Ce sont des idées de la fabuleuse équipe éditoriale de la Manufacture de Livres : Pierre Fourniaud et Marie-Anne Lacoma. Mais j’assume. Je partage totalement la fascination de Tarantino pour ses héroïnes, et dans l’ensemble, j’aime beaucoup son travail, même si son côté m’as-tu-vu-quand-je-filme, m’agace un peu. Quant au ton de comédie à l’anglo-saxonne, oui, c’est une source d’inspiration, pour ne pas dire une opération de pillage systématique. Mes point de repères, cependant, étaient plutôt Stephen King pour la balance réalisme/merveilleux et Hitchcock pour le rythme général du truc. Parce que dans les films de Hitchcock, on se fout carrément de la vraisemblance. Tout est guidé par le rythme,
l’alternance tension / résolution, ça m’a toujours fasciné, je me suis demandé si on pouvait encore faire ça aujourd’hui. On dirait que oui.

BePolar : On sent une véritable énergie qui sort de votre roman. Comment avez-vous travaillé votre écriture pour que l’on sente cette énergie ? Comment avez-vous par ailleurs construit votre roman ?
Nicolas Jaillet : J’appartiens corps et âme à l’école comportementale. Une tradition assez ancienne, finalement, puisqu’elle commence avec la tradition populaire, Homère, se retrouve assez bien défendue chez Flaubert ou Maupassant, avant d’être théorisée par les auteurs de romans noirs classiques. Par comportementalisme, on entend : une école de récit où t’essentiel passe par les actes. Certes, je m’autorise à laisser parler la voix intérieure de mon héroïne, mais c’est pour engueuler le lecteur, alors ça va.
Mauvaise Graine est mon roman le moins construit. J’avais cette colonne vertébrale, avec des points de repères de loin en loin, des péripéties qui étaient en place dès le départ, mais pour une fois, je me suis laissé aller aux situation, j’ai laissé de l’air aux personnages. D’habitude, je conçois mes romans comme des mécaniques, où chaque chapitre serait comme une roue dentée. Mauvaise Graine, c’est complètement différent, c’est une rivière qui coule, avec des points de repère.

BePolar : Mauvaise graine porte aussi un regard assez féroce sur notre monde, sur les couples installés, sur les bandes amis... C’était une manière de donner quelques coups de griffes ?

Ce n’était pas réfléchi, c’est sorti tout seul. La méchanceté, c’est inné chez moi. Plus sérieusement, je crois que c’est surtout un effet de réel. On adore nos amis, on a un besoin absolu de vivre ensemble, et cependant, on s’engueule. Nos vrais amis sont ceux avec qui on s’engueule.

BePolar : On en reprendrait bien une dose de Julie. On la retrouvera dans un autre roman ?
Nicolas Jaillet : Merci. Si vous voulez bien envoyer un mail à Pierre Fourniaud, pour le convaincre, ça m’aiderait. Mais la suite est en cours d’écriture. Il s’agira de savoir comment on fait pour élever un enfant qui a le pouvoir de retourner votre voiture, s’il n’est pas content. En tant que papa, c’est une question qui me terrifie. En fait, je me suis rendu compte après la sortie du livre, que l’histoire ne fait que commencer.

BePolar : Quels sont vos projets, sur quoi travaillez-vous ?
Nicolas Jaillet : Outre cette fameuse suite, je mets la dernière main (enfin, je l’espère !) à un récit beaucoup plus réaliste, qui met en scène une jeune immigrée portugaise, dans les années 60. Après, je vous promets d’arrêter avec les sujets féminins. Un jour je publierai un bouquin bourré de testostérone, ce sera : Quand Bruce Willis rencontre Stallone.

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