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L’interrogatoire de Gilles Sebhan

Après un premier polar autour de la disparition d’un enfant, Gilles Sebhan revient sur les lieux de son enquête pour la suite des aventures du lieutenant Dapper.

Bepolar : Tout d’abord commençons par le titre. Sans forcément dévoilé le lien
avec l’intrigue, qu’est-ce qui vous plait ou vous intéresse dans le
texte de La Folie Tristan ?

Gilles Sebhan : Je vais vous faire un aveu, je n’ai jamais lu ce poème anonyme du Moyen-Age dans lequel Tristan mime la folie, mais son titre pourtant a dû agir très fortement en moi. Quand j’ai voulu baptiser mon personnage de psychiatre responsable d’un centre thérapeutique pour adolescents perturbés, c’est naturellement le nom de Tristan qui m’est venu. Il m’a fallu beaucoup de temps pour m’apercevoir que ce nom s’était imposé à moi de façon inconsciente, par association d’idées. Je dois aussi préciser que j’ai beaucoup travailler sur la figure de l’écrivain Tony Duvert dont l’univers n’est pas pour rien dans la création de ce thriller. Or Duvert lui-même a écrit un article en référence au texte médiéval sous le titre : La folie Tristan ou l’Indésirable. Voilà, la boucle est bouclée.

J’ai voulu écrire La folie Tristan pour comprendre comment un garçon choisit de disparaître aux yeux de ses propres parents.

Bepolar : Comment est née l’idée de votre roman ? Qu’aviez-vous envie de faire ou de dire ?
Gilles Sebhan : Cirque mort, le premier volet de la série, est née d’une image. Un homme dans une allée d’hôpital psychiatrique, ressentant une émotion intense et impossible à articuler en mots. Toute l’histoire est née de cette image-là, de ce souvenir-là, puisque cet homme c’est moi. Je ne savais rien d’autre de l’histoire. J’ai découvert, en même temps que le lecteur, ce qui arrivait au personnage. Ce qui était clair pour moi, en revanche, c’était ma volonté de donner un autre éclairage au désordre mental et à l’enfance, qui sont des réalités que je connais bien. Dans Cirque mort, un enfant disparaissait puis reparaissait. J’ai voulu écrire La folie Tristan pour comprendre comment un garçon choisit de disparaître aux yeux de ses propres parents. C’était une telle violence que je devais tenter de la comprendre. Là encore, j’avais imaginé un personnage et pourtant il m’échappait. Je devais trouver une explication à ce mystère.

Bepolar : On y retrouve le lieutenant Dapper. Comment pourriez-vous présenter ce personnage ?
Gilles Sebhan : Le lieutenant Dapper, c’est vraiment le père par excellence, pour moi du moins, une figure fermée et silencieuse, et qui recèle un secret dont lui-même n’a pas la clé. Ce n’est pas pour rien qu’on ne lui connaît pas de prénom. C’est un type de 35 ans, d’une virilité monolithique, en apparence. Son goût pour la raison et pour la loi n’est qu’une façon pour lui de neutraliser une violence primordiale qu’il a tenté de refouler. Ça a très bien marché pendant des années. Et puis l’histoire commence et c’est celle d’un homme dont les certitudes se fissurent et qui, peu à peu, entrevoit sa véritable personnalité. Dapper se désintéresse de lui-même, pourtant tous les chemins de son enquête le mènent à lui-même.

Je suppose que Dapper, c’est à la fois moi, mon père, mon contraire absolu et un homme désirable dans son entêtement un peu brutal.

Bepolar : Quel lien avez-vous avec lui en tant qu’auteur au point d’avoir de
nouveau envie de raconter ses aventures ? Vous aviez l’impression de
ne pas en avoir terminé avec lui ?

Gilles Sebhan : Je suppose que Dapper, c’est à la fois moi, mon père, mon contraire absolu et un homme désirable dans son entêtement un peu brutal. Disons que j’avais envie de poursuivre ce qui avait été amorcé dans le roman précédent : l’histoire d’une métamorphose. Car Dapper, effectivement, n’en a pas fini avec lui-même. Dans La folie Tristan, lui l’enfant abandonné, découvre ses origines et cela donne un sens tout différent à ce qui a été raconté depuis le début. On croyait à des histoires parallèles, à des rencontres fortuites, alors que toutes les intrigues étaient liées. J’essaie de construire une architecture qui, au-delà de l’intrigue policière, constitue une sorte de palais mental. C’est un des sens du titre général de la série : Le royaume des insensés.

Bepolar : On est dans une petite ville. Comment voyez-vous cet endroit ? Vous
aviez besoin de quelque chose de "petit" (avec plein de guillemets), de confiné presque ? Les lieux ont-il influencé votre intrigue ?

Gilles Sebhan : Le lieu est en effet très important. Il emprunte à divers lieux réels, disons qu’il était important pour moi qu’il se situe dans cette France qui touche par un côté à la Belgique et par l’autre, au-delà de la mer, à l’Angleterre. Je voulais à la fois une proximité et une étrangeté. Quant à la petite ville, et à son aspect confiné, ça me semblait essentiel pour raconter une histoire de famille et de filiation. Il fallait que tout le monde se connaisse, potentiellement, pour que le tragique advienne. On le sait, depuis les Grecs, la tragédie c’est une histoire de malédiction familiale. Et puis, je crois qu’il y avait aussi pour moi la volonté de créer deux lieux en miroir : la petite ville et le centre thérapeutique du docteur Tristan. Deux mondes clos. Deux royaumes qui se combattent.

Bepolar : Est-ce qu’on retrouvera votre lieutenant dans de nouvelles aventures ? Sur quoi travaillez-vous ?
Gilles Sebhan : J’ai commencé en effet à travailler sur la suite des aventures de Dapper. La folie Tristan tente de plonger dans les profondeurs de la psyché. Dans le prochain volume, j’aimerais mettre vraiment Dapper en danger. Qu’il devienne la proie d’un prédateur contre lequel il est presque impossible de lutter. Je souhaiterais parler de la destruction d’un monde. Je ne sais pas si c’est le titre définitif, mais j’aimerais que ça s’appelle Feu le royaume, parce que c’est sans doute l’impression que nous avons en ce moment, que nos croyances peuvent s’effriter, notre version du monde s’affaiblir et disparaître. C’est sans doute le rôle de l’écrivain d’écrire ce poème-là.

Bepolar : Est-ce que vous avez des dédicaces de prévues ?
Gilles Sebhan : J’ai plusieurs festivals prévus cette année. Je serai à Bloody Fleury près de Caen le 2 et 3 février, à Mauves en noir près de Nantes le 27 et 28 avril, à Toulouse Polar du sud le 12 et 13 octobre. En principe je participe également à une table ronde à Livre Paris - entre le 15 et le 18 mars. Et puis, dans un autre registre, je serai invité le 31 mai par la librairie Les Traversées, à Paris, en compagnie de René de Ceccatty et Stéphane Lambert, pour parler des amitiés littéraires.

Un bon polar, c’est un polar qui excède son propre genre par tous les bouts, qui voudrait annuler les autres polars, un polar honteux de lui-même, un polar qui n’en finit pas de faire le deuil d’une histoire sanglante

Bepolar : Et pour vous, qu’est-ce qui fait un bon polar ?
Gilles Sebhan : Des images, avant tout. Des images fantômes dans la tête de personnages qui nous retiennent, nous captivent, nous touchent, nous entraînent dans leur folie. Des situations qui nous sont étrangères, mais comme le sont nos propres rêves. Je ne peux pas imaginer un polar qui se contente de redire le réel. Un bon polar, c’est un polar qui excède son propre genre par tous les bouts, qui voudrait annuler les autres polars, un polar honteux de lui-même, un polar qui n’en finit pas de faire le deuil d’une histoire sanglante, qui se prend pour un chien qui jappe, un couteau trop tentant pour finir au fond d’une poche, un passage à l’acte dans les mots, un poème. Oui un polar qui serait le vrai et neuf poème qu’on n’attendait plus. Vous voyez, nous sommes bien loin de la précision documentaire, de l’enquête astucieuse et de la clé de l’énigme. L’idéal, ce serait quand même un polar qui continuerait une fois la dernière page tournée.

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