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L’interrogatoire de Sham Makdessi

Bepolar : Comment est née l’idée de ce roman ?
Sham Makdessi :Il y a d’abord eu l’idée d’écrire un premier roman, qui s’est imposée à moi à la suite d’un travail scénaristique frustrant. En effet, après des mois d’un effort collectif infructueux, j’ai eu très envie de pouvoir raconter une histoire seul, sans avoir à discuter chacune de mes idées avec d’autres personnes. 
Or, ce travail scénaristique s’était en grande partie tenu à Los Angeles et j’avais donc dû faire de nombreux allers retours entre la France et les Etats Unis. A chaque fois, le trajet avait été pour moi une véritable épreuve, du fait de la longueur du vol et de la pénibilité des conditions de voyage. Et l’idée m’est venue de raconter l’histoire d’un personnage qui se retrouverait bloqué dans un avion à l’intérieur duquel le temps ne passerait pas. Il m’a semblé que c’était là une métaphore moderne intéressante pour évoquer cette idée très ancienne de la punition divine dont l’essence est la répétition infinie, comme par exemple dans le mythe de Sisyphe, où encore comme dans la vision catholique de l’enfer, où les damnés sont condamnés à souffrir pour l’éternité.

Bepolar : Pourriez-vous nous présenter Emilio, comment le voyez-vous ?
Sham Makdessi :Dans mon esprit, ce personnage est avant tout caractérisé par ses bonnes manières et par sa pudeur. C’est un tueur, mais un tueur bien élevé, et dont le principal souci est de rester à distance prudente des autres humains.

Bepolar : C’est un personnage en fuite. Pourquoi en avoir fait un agent de la mafia ?
Sham Makdessi :L’essentiel de l’histoire se passe dans l’avion qui emporte Emilio au cours de sa fuite, et j’avais besoin de pouvoir évoquer son passé et son histoire sans que ces éléments ne prennent le pas sur l’intrigue principale. J’ai donc choisi des éléments très caricaturaux, comme par exemple cette appartenance à la mafia, pour être certain que le lecteur assimilerait très facilement le contexte, sans qu’il soit nécessaire de lui donner beaucoup d’informations à ce sujet. Grâce à cette perspective truquée par le biais du cliché, j’ai pu concentrer la narration sur l’expérience que vit Emilio dans l’avion.

Bepolar : Vous dévoilez votre récit petit à petit, par le biais de flashback. Comment l’avez-vous composé ?
Sham Makdessi :J’ai commencé à rédiger avec seulement deux choses précises en tête. La scène qui ouvre le livre, et dans laquelle Emilio achète son billet d’avion, et l’idée générale de l’intrigue, à savoir que l’histoire que je voulais raconter était celle d’un homme qui croit être en avion alors qu’il est en enfer.
En rédigeant le premier chapitre, j’ai commencé à évoquer les raisons de sa fuite et à faire apparaître des éléments de contextes liés à son passé, mais sans savoir à ce moment là où ces éléments allaient me mener.
Ensuite, je me suis contenté de tirer le fil et de suivre ces idées initiales. A ce propos, Stephen King fait une comparaison très pertinente : il dit que les histoires sont comme des fossiles. Un jour, un écrivain trouve une idée : c’est la partie exhumé du fossile. Il doit ensuite s’efforcer de dégager prudemment le reste de l’histoire, en essayant de ne pas l’abimer. Ce qui revient à dire que les histoires préexisteraient à ceux qui les rédigent. J’aime beaucoup cette idée, qui fait de l’écrivain un outil transcripteur plutôt qu’un créateur.
Une fois le premier jet terminé, il m’a cependant fallu pas mal de travail pour supprimer toutes les petites incohérences de l’histoire et pour renforcer la trame narrative jusqu’à lui donner l’aspect et la consistance d’une histoire parfaitement organisée.
Mais il est remarquable de constater que, très souvent, les histoires qui fonctionnent le mieux se racontent toutes seules, et qu’il suffit à l’auteur d’écouter attentivement ses personnages pour savoir ce qu’ils vont faire.

Bepolar : Vous avez aussi d’autres activités. Vous êtes compositeur et musicien, mais aussi scénariste cinéma. Est-ce que c’est à chaque fois le même processus de création ? Est-ce que la musique ou le cinéma se retrouve dans votre activité de romancier et vice et versa ou est-ce que ce sont pour vous des mondes différents ?
Sham Makdessi :
A mon sens, tous les arts procèdent (ou devraient procéder) de la même volonté fondamentale : mettre en lumière les ressources inépuisables de sens et de beauté que recèle le monde, tel qu’il se révèle à l’homme par le biais du langage.
En effet, cette aptitude si exclusivement humaine à nommer les choses nous conduit à un constat sans cesse renouvelé : le réel est organisé, il l’est même à un degré qui nous dépasse toujours malgré tous nos efforts pour le classer, le prédire et l’expliquer. Je crois que l’art est la religion qui célèbre ce mélange de complexité et d’organisation dont notre présence dans l’univers nous offre l’extraordinaire spectacle. D’ailleurs, art et religion ont initialement procédé d’un processus social commun.
Et quel que soit le media artistique retenu par l’artiste, le problème de fond est toujours le même : il s’agit de raconter quelque chose. Raconter, c’est justement chercher à imiter cette organisation à la fois complexe et pleine de sens dont le réel nous donne l’exemple.
D’un point de vue personnel, il n’y a pas pour moi de grandes différences dans la manière dont je produis un livre, un scénario, ou un morceau de musique. L’essentiel demeurant de raconter quelque chose, c’est-à-dire de créer un objet à la fois suffisamment complexe et suffisamment intelligible pour que le spectateur éprouve pour lui un intérêt immédiat et durable.
Ensuite, chaque média artistique répond à des lois propres que l’artiste doit s’efforcer de maîtriser au mieux, sous peine de ne pas pouvoir tirer tout le potentiel de son idée. L’écriture d’un scénario, par exemple, est un exercice absolument contre intuitif dans lequel l’auteur est obligé d’avoir une vue très précise de ce qu’il va raconter avant de commencer à écrire. Ignorer cette loi serait le plus sûr moyen de rater son entreprise. A l’inverse, je pense que l’auteur d’un roman doit se laisser surprendre lui-même par l’histoire qu’il raconte s’il veut pouvoir espérer captiver, et surprendre à son tour, son lecteur.
Les techniques diffèrent d’un média artistique à l’autre, mais l’objectif reste le même.

Bepolar : Est-ce que vous travaillez sur un autre roman ?
Sham Makdessi :J’ai achevé le premier jet d’un nouveau roman, qui m’a demandé beaucoup d’efforts, il y a quelques semaines. De manière à prendre le recul nécessaire avant de le retravailler, j’ai commencé la rédaction d’une autre histoire, d’un genre très différent. J’espère ainsi pouvoir revenir ensuite sur le premier avec un œil neuf et une objectivité renouvelée.

Bepolar : Quelles sont vos prochaines dates de dédicaces ?
Sham Makdessi :Je serai présent au salon Imagin’ère d’Angers, les 8 et 9 juin, ainsi que le 21 septembre au salon du livre organisé par Auchan Melun Sénart.
Une séance de dédicace se tiendra également à Paris dans les semaines à venir, mais je n’ai pas encore la date exacte.

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