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L’interrogatoire de Valentine Imhof sur Zippo

Bepolar : Zippo est un roman dérangeant, sensoriel à certains égards, qui parle de SM et de relations toxiques. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire autour du SM et de la relation qu’entretiennent le tueur et "Eva" ? Qu’aviez-vous envie de faire ou de dire avec ce roman ?
Valentine Imhof  : Je ne me souviens pas avoir eu l’envie initiale d’écrire une histoire dans le contexte du SM. Le projet, s’il y en a eu un, était d’écrire une histoire d’amour, une décision prise un 14 février, un peu en réaction au matraquage publicitaire invitant ce jour-là à s’offrir fleurs et chocolats et à réserver un resto pour un tête-à-tête avec chandelles… J’avais par ailleurs bouclé Par les rafales 15 jours plus tôt, et Alex, Bernd, Anton, avec lesquels je venais de passer deux mois intenses (et aussi de découvrir l’écriture) continuaient à m’habiter... Il fallait que je me lance dans une nouvelle histoire, qui tranche avec la première, me permette de poursuivre mon exploration de l’écriture et de renouer avec le plaisir d’être démiurge en créant, sans contrainte aucune, des personnages, des situations, des trajectoires susceptibles de m’intéresser et de me distraire. Une histoire d’amour, donc, qui ne soit pas mièvre, si possible, dans laquelle les protagonistes se sont ébauchés, au début, de manière très succincte – lui plongeur-soudeur-scaphandrier ; elle très jeune, une adolescente – et un briquet tempête, le zippo, qui joue, dès le début, un rôle important dans cette double emprise, au cours d’une scène assez banale : un homme offre du feu à une jeune femme et se retrouve littéralement captivé puis captif de la flamme qui se reflète dans le regard de celle-ci... Rien donc de réellement délibéré, je laisse les choses se faire, sans planification ni projection, je regarde, en l’écrivant, l’histoire se construire et acquérir une dynamique interne, et c’est pareil pour les personnages chez lesquels complexité et cohérence se font jour au fil de l’écriture... De la même manière, pas la prétention de dire ou d’avoir à dire quelque chose de particulier, mais l’envie d’explorer des intériorités, des sensations, des sentiments, de les rendre perceptibles, sans prétendre les comprendre et en m’abstenant surtout d’émettre un quelconque jugement moral… Ce roman peut-être envisagé comme une variation sur le sentiment amoureux, sur la passion et ce qu’elle pousse parfois à faire, loin de toute rationalité. Je comprends qu’il puisse déranger (quand bien même mon intention n’a jamais été d’écrire une histoire dérangeante, ou glauque) et je n’ai d’ailleurs pas l’impression que le contenu sexuel et SM de l’histoire soit particulièrement graphique (on peut lire, je pense, des choses nettement plus "hard" – et souvent très complaisantes – en terme de sévices ou de sexe, dans une bonne partie de ce qui se publie aujourd’hui...)

Bepolar : Le tueur immole ses victimes et le feu est au centre du roman. Quelle est votre relation aux flammes ?
Valentine Imhof  : Je ne pense pas avoir de relation particulière aux flammes, hormis cette forme de fascination que le feu exerce sur beaucoup de monde... Son ambivalence, sa plasticité, sa beauté, sa dangerosité, la manière dont on peut regarder pendant des heures un feu de camp ou un âtre, ou encore la flamme dansante d’une bougie, la chaleur qu’il procure et qui, souvent, sert à entretenir la vie, les incendies, au contraire, et leur voracité destructrice, le magma qui est au cœur de tout... Le feu est partout, tout le temps, à l’origine de nombreux mythes dans toutes les cultures. La relation au feu et à la flamme devient également métaphorique quand on parle d’amour et de passion. Et le feu a aussi cette vertu purificatrice que lui ont prêté/lui prêtent certaines religions, que l’on pense aux anciens autodafés, aux bûchers sur lesquels brûlaient hérétiques, sorciers, et livres, mais aussi à certains rites de passage et d’initiation, qu’il s’agissent de traverser un rideau de flammes, de sauter par dessus un feu ou de marcher sur un tapis de braises... Dans le roman, plusieurs de ces acceptions du feu sont convoquées, coexistent, se combinent et le tout a été généré, par la présence du zippo dès l’écriture des premières pages... Cette omniprésence du feu dans l’intrigue s’est imposée d’elle-même, sans que je l’ai préméditée, et je n’ai fait que l’alimenter avec les références qui étaient les miennes.

A-t-on vraiment envie de "se réfugier" où que ce soit quand on lit un roman noir ?

Bepolar : Aucun protagoniste n’est clean, tous ont leur part d’ombres. Vous vouliez qu’aucun personnage ne soit un refuge pour le lecteur ?  
Valentine Imhof  : A-t-on vraiment envie de "se réfugier" où que ce soit quand on lit un roman noir ? Un personnage "clean", parfaitement "clean", peut-il vraiment exister ? Présente-t-il de l’intérêt ? A-t-il une chance de nous apporter quelque réconfort ? J’imagine qu’il y a ce qu’on appelle les « feelgood books » pour ça… Mes personnages principaux ont effectivement tous des secrets, un passé sombre ou douloureux, des fantômes qu’ils tentent de gérer comme ils le peuvent mais qui finissent par resurgir et avec lesquels il leur faut composer. Il y a en revanche, dans Zippo, d’autres personnages, plus secondaires, certes, qui participent à plein à cette enquête mais que j’ai traités sur un mode plus parodique et qui, peut-être, dans leurs gesticulations un peu bouffonnes offrent quelques moments de respiration, ou du moins la possibilité de sourire, à l’occasion, ce qui rompt ponctuellement – et modérément – la tension.

Bepolar : Mia Larström et Peter McNamara vont devoir se réconcilier pour mener l’enquête. Comment pourriez-vous nous les présenter ? Quel lien avez-vous avec eux en tant qu’autrice ?  
Valentine Imhof  : Je ne peux que les présenter succinctement car ils se dévoilent tout au long de l’histoire, revêtent ou enlèvent des masques, et c’est de cette manière-là qu’ils se sont révélés à moi pendant l’écriture du roman, une série de faux-semblants qui peu à peu tombent comme des mues et nous donnent accès à une complexité pas forcément soupçonnable au départ... Pour n’évoquer que Peter McNamara, je l’ai d’abord considéré, lorsqu’il est apparu, comme un pauvre type, pas très intéressant, un dragueur arrogant, sûr de son fait, mû par le désir de baiser tout ce qui bouge… Et au fil de l’histoire, il a acquis une profondeur que je ne lui avais pas soupçonnée, au point de devenir le personnage pour lequel j’éprouve désormais le plus d’empathie.

j’ai plusieurs textes en route. L’un d’eux est un huis-clos, une communauté très fermée sur elle-même de 300-350 âmes

Bepolar : Un petit mot sur la musique, il y a une playlist qui accompagne le roman. Quelle place a-t-elle eu dans l’écriture ?
Valentine Imhof  : La musique occupe, pour moi, dans l’écriture, la même place que dans la/ma vie. L’aspect sensoriel du roman était évoqué dans la première question. Et c’est bien de cela dont il s’agit. Un morceau de musique est capable de nous donner des frissons, la chair de poule, de nous pousser à marquer un tempo avec le pied ou la tête, de nous faire nous lever pour danser, de nous faire hurler ou gueuler un refrain à tue-tête... Cela parce qu’une chanson ou un instrumental s’est engrené en nous avec toute une collection de souvenirs agglutinés et qui ressurgissent, souvent inopinément – l’autoradio d’une voiture qui, vitre ouverte, nous frôle dans la rue, la playlist FM diffusée dans les baffles du supermarché où on fait ses courses, etc. Et ces morceaux, quels qu’ils soient, ont le pouvoir de nous mettre dans des états particuliers ou d’entrer en résonance avec un état d’être momentané et parlent, pour ainsi dire, à nos cellules. Outre l’aspect musical, les paroles, souvent, ont pu laisser leur marque… On se découvre capable de chanter des couplets entiers, mémorisés comme si on les avait composés… Ce sont souvent ces « lyrics » qui me reviennent quand j’écris, en relation avec une situation dans laquelle se trouve l’un des personnages, et c’est ce qui me pousse à réécouter le morceau et à l’intégrer dans le fil du récit, comme une projection objective, un éclairage supplémentaire, complémentaire, sur ce qui se passe à ce moment-là. La musique appartient, chez moi du moins, au même titre que beaucoup d’autres choses, au réseau référentiel, conscient et inconscient, mis en œuvre dans l’écriture d’un roman. C’est l’un de mes nombreux substrats.

Bepolar : Est-ce que vous travaillez déjà sur autre chose ? Quel sera le sujet de votre prochain roman ?  
Valentine Imhof  : Oui, j’ai plusieurs textes en route. L’un d’eux est un huis-clos, une communauté très fermée sur elle-même de 300-350 âmes, dans laquelle ça macère grave, ça fermente même beaucoup, au point qu’à peu près tout le monde sans exception est animé de mauvaises intentions… L’autre est ancré dans la grande Histoire et suit, pour le moment, une poignée de personnages ballottés par des événements majeurs des années 1900-1935, sur plusieurs continents... Un vaste chantier que je découvre au jour le jour sans savoir du tout (et heureusement !) où je vais ni jusqu’où il va me mener.

Bepolar : Avez-vous déjà des dates de dédicaces pour 2020 ?  
Valentine Imhof  : Je reviens d’une tournée automnale qui m’a fait sillonner la France en octobre et novembre juste après la sortie de Zippo et n’ai pour le moment pas de projet pour 2020, même s’il me plairait d’honorer quelques belles invitations à plusieurs festivals et salons au printemps et à l’automne prochains... mais comme je réside à Saint-Pierre-et-Miquelon, et que j’ai aussi un vrai boulot, il ne m’est pas toujours facile/possible de me libérer et de me rendre en France métropolitaine autant que je le voudrais.

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