Enfermé.e - Jacques Saussey

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Résumé :

Les premiers papillons ont éclos derrière ses paupières. Elle en avait déjà vu de semblables, enfant, un été au bord de l’océan, jaunes et violets contre le ciel d’azur. Elle était allongée au soleil, l’herbe souple courbée sous sa peau dorée. Le vent tiède soufflait le sel iodé de la mer dans ses cheveux. Aujourd’hui, l’astre était noir. Le sol dur sous ses épaules. Et l’odeur était celle d’une marée putride qui se retire. Les papillons s’éloignaient de plus en plus haut, de plus en plus loin. Et l’air lui manquait. Lui manquait...
Elle a ouvert la bouche pour respirer un grand coup, comme un noyé qui revient d’un seul coup à la surface.
Les papillons ont disparu, brusquement effrayés par un rugissement issu du fond des âges...

Vos avis

  • Ophé Lit 7 octobre 2018
    Enfermé.e - Jacques Saussey

    " Si je ne peux pas être qui je suis, je préfère être morte plutôt qu’être emprisonnée dans un corps qui n’est pas le mien". Ophélia De’Lonta.

    Virginie est née dans un corps qui n’est pas le bon. Née femme dans un corps d’homme. Le rejet du Père, les brimades à l’école, les jugements... l’ont conduite dans l’enfer carcéral.
    Enfermée dans un corps qui n’est pas le sien, enfermée en prison, enfermée par les comportements abjects des Autres, Virginie sera enfermée de nombreuses années.

    C’est sous la plume délicate, poétique mais aussi brute ; c’est à fleur des mots de Jacques Saussey que j’ai lu l’histoire de Virginie. C’est les larmes dégoulinant le long de mes joues, la vue souvent brouillée, le cœur révolté que j’ai lu l’histoire de Virginie.
    Jacques a fait le choix de déshumaniser la quasi totalité des personnages de ce roman, ne les nommant jamais autrement que par leur fonction ou un trait physique, pour offrir à Virginie ce qui lui a été refusé quasiment toute sa vie. Virginie est la seule à être identifiée en tant qu’individu, avec son identité. Pas une identité qu’elle ce serait choisie par coquetterie, non, sa véritable identité. Celle qui est la sienne, depuis le jour de sa naissance, et qu’on lui a si longtemps refusée.

    Qu’il est difficile de chroniquer ce roman avec justesse ! Je me suis longuement interrogée pour choisir mes mots et la forme, et ,irrémédiablement, mes mots s’adressaient à Virginie. Alors je me suis dit que la meilleure façon de vous livrer mes émotions était peut être de partager avec vous ce que j’aurais voulu lui dire :

    " Ma chère Virginie,
    Où as-tu trouvé la force de vivre après tout ce que les Autres t’ont fait subir ? J’aimerais te serrer dans mes bras et te dire que nous ne sommes pas tous comme eux. Qu’il y a de belles personnes dans ce monde. Des personnes qui respectent leur prochain quelles que soient leurs différences.
    Tu dois me trouver utopique après tout ce que tu as traversé.
    Quand je regarde la lente évolution de la loi, les modifications des classifications des maladies mentales, je me dis que nous sommes bien arriérés pour un peuple qui se dit civiliser. Je me dis aussi qu’il y a encore beaucoup à faire dans ce pays qui se revendique des Droits de l’Homme. Cette déclaration ne dit pourtant-elle pas que les Hommes naissent libres et égaux en droits ?
    Quand notre société arrêtera-t-elle, enfin, de vouloir absolument nous faire entrer dans des cases, dans une pseudo normalité choisie pour nous ? J’espère qu’un jour le mot Liberté prendra enfin tous son sens et que chacun pourra être libre. Libre d’aimer sans crainte, libre de faire des enfants sans être pointé du doigt parce que ne rentrant pas dans "la norme", libre d’être "nous" sans à devoir subir les regards en coin, les violences verbales ou physique, tout simplement libre d’exister tels que nous sommes ?
    A toi ma très chère Virginie, et à toutes les personnes qui ne sont pas nées dans le bon corps, à toutes celles qui souffrent de leur différence, la brutalité des mots de Jacques Saussey éveillera, je l’espère, un certain nombre de consciences et cela pour toi, pour Fleur, pour Lana, pour Aurore..."

    A vous qui me lisez, c’est à nous aussi d’éveiller les consciences, d’apprendre à nos enfants que la différence est une richesse, que la tolérance et le respect de son prochain sont les piliers de la Liberté.

    Enfermé.e est avant tout un roman, un polar avec une intrigue. Mais cette intrigue n’est que le vecteur du message qu’a voulu nous transmettre Jacques Saussey. Derrière l’intrigue il y a l’histoire de Virginie et ce cri d’alarme.

    Merci Jacques pour ce magnifique roman.

  • Sonia Boulimique des Livres 19 octobre 2018
    Enfermé.e - Jacques Saussey

    Voilà un résumé qui ne nous avance pas…Ce qui m’a poussé à ouvrir ce roman, c’est l’auteur, il ne faut pas se cacher, Jacques à une plume magnifique. Et dans ce nouveau livre, je n’ai pas été déçue, loin de là. Un méga coup de cœur pour moi.

    Deux histoires se mêlent, on navigue entre les années 90 et aujourd’hui.

    Début des années 90, La Mère se rend compte que son fils de 4 ans est différent des autres. Il est du coup totalement rejeté par son père, qui est persuadé qu’il va réussir à le faire plier, à le remettre dans le chemin normal. Mais c’est quoi le droit chemin ? Celui qui est conforme aux convenances ? Ou celui qui nous convient à nous ?

    La lecture est oppressante. On se rend compte que quelque chose ne va pas, on tente de deviner quoi, on frissonne, la peur commence à nous bouffer les entrailles. J’ai eu pitié de la Mère, tellement dévouée à son fils. Qui cherche à comprendre, elle aussi. J’ai haïs le Père, incapable d’aimer sa femme et son fils, ne pensant qu’à sa prochaine partie de jambes en l’air avec une bimbo pulpeuse. L’écriture est choc. Pas de nom, juste « la Mère », « le Père », « l’Enfant », histoire de déshumaniser ces personnages pourtant diablement humains.

    En 2018, Virginie, ancienne délinquante ayant purgé sa peine pour meurtre, trouve un emploi d’aide soignante dans un Centre pour personnes âgées, où tous les employés sont d’anciens prisonniers en réinsertion. Virginie est différente. Elle va passer entre les bras de tous les hommes du Centre, Le Surveillant, Le Chétif, Le Musicien, Le Moche. Quel est son but ? Se punir de quelque chose ? Et toujours cette absence de prénoms. Désincarnation totale.

    L’écriture est extrêmement dure, crue, violente. Attention, les détails des scènes de sexe sont terriblement gores, ce n’est pas du sexe câlin, je tiens à le préciser. Ce livre n’est pas à mettre sous tous les yeux. La nausée n’était pas loin…

    Le sujet des transgenres, tabou, trop méconnu, est abordé de manière simple, sans filtres, avec de nombreuses références médicales et psychiatriques. Le lecteur ressort de cette lecture en ayant compris, d’une part, le calvaire que vivent les transgenres, mais également en comprenant mieux le mécanisme de cet état, et ce qu’il faut faire pour aider ces personnes certes différentes, mais au final, pas tant que ça. Expliquer, c’est comprendre. Et c’est ce qui manque dans notre société où la moindre différence est jugée et négativée. Ce qui est terrible c’est que l’on devient une victime dès lors que l’on est différent.

    Le récit de la vie carcérale de Virginie est effroyable, le sexe carcéral est une réalité, et les gays et les transgenres sont en première ligne. Il faut le savoir. Le pire, c’est que tout le monde le sait et tout le monde ferme les yeux.

    Virginie a passé sa vie enfermée : dans sa famille, dans sa cellule, dans son propre corps. Le pouvoir d’exister enfin telle qu’elle se voit, y aura-t-elle accès un jour ?

    Cette lecture m’a totalement fait perdre la notion du temps. Dévorée en un temps record, le genre de livre que l’on ne peut pas lâcher, qui obsède chaque seconde passée loin de lui, dans l’attente de pouvoir s’y replonger. Je me suis nourrie de Virginie, elle est devenue mon amie, le temps d’un roman. Un énorme coup de cœur, de ceux qui restent gravés longtemps dans le cœur et l’âme.

    Il y a eu Marianne de Karine Giebel. Il y a désormais Virginie de Jacques Saussey…

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