L’interrogatoire de Gilles Vidal

Au cours de sa longue carrière d’auteur (sa bibliographie accuse une quarantaine de livres), Gilles Vidal a souvent flirté avec le polar. On se souvient notamment de titres comme Le Sang des Morts, Les Sentiers de la nuit ou Mémoire morte. Sa force, ce sont souvent ses personnages qui nous poursuivent parfois pendant quelques jours après avoir tourné la dernière page. Il récidive en ce printemps avec De Sac et de Cordes aux éditions Les Presses littéraires.

Comment est née l’idée de De Sac et de Corde qui est un roman choral ? Comment l’as-tu travaillé ? Comment fais-tu pour tisser plusieurs narrations jusqu’au dénouement final ?
Gilles Vidal  : C’est en fait parti de deux idées : la première était, au lieu d’alterner par le truchement de relatifs courts chapitres actions et points de vue de personnages, de faire en sorte, autant que possible, que ceux-ci se passent une sorte de témoin, de relais (comme pour les courses d’athlétisme par équipe), et que les événements qui gouvernent leurs vies s’inscrivent à la fin dans une plus ou moins même intrigue. En cela, je suis parti du film de Robert Altman, Short cuts, qui lui, avait pris comme matière des nouvelles de Raymond Carver (notamment issues du recueil Les Vitamines du bonheur).
La seconde, était d’amener un petit plus, une surprise se trouvant « hors polar », en l’occurrence en lorgnant du côté de la poésie (à moins de spoiler, j’en laisse la primeur aux lecteurs), à la fin du roman.
Après, pour que tout l’ensemble prenne une cohérence… J’ai les grandes lignes au début, une sorte de squelette, et c’est ensuite, au fil de l’écriture que les détails, petits et gros, se mettent en place. C’est quand même plutôt agréable de ne pas savoir exactement où l’on va, c’est ce qui donne du sel à l’écriture d’un roman (ça n’a rien à voir avec un scénario de film).

[Mes personnages] sont pour certains issus de mes inimitiés

Comme dans Le Sang des morts, on est dans une petite ville de Province. Qu’est-ce qui t’attire dans ces lieux ? Et comment choisis-tu les lieux de tes polars ?
Gilles Vidal  : Oui, mes derniers romans se déroulent principalement dans des villes de province que l’on peut situer géographiquement, mais qui sont totalement fictives. Ce sont souvent des lieux qui m’ont été inspirés par deux ou trois villes que je connais plutôt bien – je fusionne certaines de leurs caractéristiques pour en créer une nouvelle. Sans oublier les banlieues et villages alentour qui ont leur importance. Cela me permet une plus grande liberté, je peux inventer des lieux : rues, places, commerces, bars, restaus, monuments pourquoi pas, etc. C’est très plaisant. J’ai déjà écrit des romans qui se passaient à Paris ou en Île-de-France. Mais je n’ai pas pour l’instant envie d’y retourner.

Il y a une belle brochette de personnages, entre un dentiste charcutier, des petites frappes, un flic ripou... Comment les construits-tu ?
Gilles Vidal  : Ils sont tous – à part deux ou trois, et encore, il suffirait d’un rien pour qu’ils basculent – profondément mauvais, voire cruels. Ils ne s’embarrassent pas de précautions pour accomplir leurs exactions ou assouvir leurs vengeances. J’ai quand même volontairement caricaturé certaines scènes de violences afin d’alléger un peu leur brutalité et leur injecter une bonne dose d’humour noir. Ils sont pour certains issus de mes inimitiés – un moyen de me venger moi aussi ?

[Ecrire] c’est un besoin viscéral, ce qui me donne un certain équilibre dans ma vie.

Quel rapport as-tu à l’écriture ? Qu’est-ce qui te pousse à coucher tes histoires sur le papier ?
Gilles Vidal  : C’est une vieille histoire qui remonte à mon adolescence. Grand dévoreur de livres de tous poils, cela m’a sans doute incité à essayer d’en écrire moi-même. J’ai commencé par des nouvelles puis ai eu la chance de publier mon premier roman construit à 24 ans. Depuis, j’ai eu la chance de publier tous les romans ou recueils de nouvelles que j’ai écrits. Mais si un jour ce n’était plus le cas, je continuerais tout de même car c’est un besoin viscéral, ce qui me donne un certain équilibre dans ma vie.

Et quel est ton rapport au polar ?
Gilles Vidal  : À la fin des années 90, Jean-Bernard Pouy que je venais de rencontrer m’a demandé de lui écrire une aventure pour sa fameuse série Le Poulpe chez Baleine. Ce que j’ai fait et cela m’a vraiment séduit, j’y trouvais une grande liberté. C’est-à-dire que je pouvais continuer à faire ce qui m’intéressait auparavant tout en me soumettant à certains codes – en fait, construire une intrigue sensée capturer l’attention du lecteur.

Tiens d’ailleurs, as-tu des conseils de lectures à nous donner dans le domaine ? Des coups de cœur ?
Gilles Vidal  : Les coups de cœur dans ce domaine ont eu lieu dans ma vingtaine, quand j’ai pour ainsi dire découvert le polar – jusque-là je lisais essentiellement des romans dits « littéraires ». Et bien sûr, ce furent des classiques, les romans de Chandler, de Hammett, de Jim Thompson, mais surtout, le big coup de cœur : David Goodis – d’ailleurs plus un auteur de romans noirs que de polars. Pour ce qui est des auteurs actuels, j’en lis beaucoup (notamment dans le cadre de mon travail de correcteur) d’inspirations bien différentes. Alors en vrac, dans plusieurs registres et avec des réserves dans la production de certains : Dennis Lehane, Peter James, Andrea Camilleri, Henning Mankell, Indridason, etc. En ce qui concerne les Français, Pascal Dessaint arrive en tête de liste, à cause de la dimension humaine et sociale qu’il met dans ses romans. Il y a aussi Nadine Monfils pour son humour pétillant, René Belletto, Joseph Bialot, Fajardie, Grangé, Jean-François Vilar, etc.

Et puis quels sont tes projets ? Sur quoi travailles-tu ?
Gilles Vidal  : Je suis au deux tiers de l’écriture d’un nouveau roman policier. En parallèle, je termine un livre complètement différent : s’y mêlent, sous forme de narration poétique, des souvenirs d’enfance et un hommage à mes parents disparus il y a 4 ans.

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