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L’interrogatoire de Hervé Commère

Bepolar : Comment est née l’idée de Regarde  ? On retrouve les personnages de Sauf, vous n’en aviez pas totalement terminé avec eux ?
Hervé Commère : Les deux questions sont intimement liées.
Lors de l’écriture de mon précédent roman, Sauf, je m’étais un peu muselé. Je ne voulais pas faire un roman trop épais et m’étais donc astreint à ne parler que de Mathieu, le personnage principal, et à raconter son histoire. Avant, je racontais les vies de tous les personnages. Là, j’ai voulu resserrer l’intrigue sans la diluer dans des histoires annexes.

J’ai terminé Sauf en étant heureux d’avoir écrit un récit vif et sans gras, mais aussi un peu frustré de ne pas avoir parlé davantage des personnages à l’arrière-plan. Je restais sur ma faim. J’ai alors pensé qu’il pouvait tout à fait arriver quelque chose à Mylène, qui m’attirait énormément.

La contrainte, cette fois, était de faire avec ce que j’avais dit d’elle dans Sauf sans du tout voir plus loin à l’époque où je l’écrivais. Ça n’a pas été facile. Dans Sauf, elle racontait brièvement avoir fait plusieurs années de prison pour un braquage raté en Espagne. Au moment de mettre Regarde sur pieds, j’ai cherché durant des semaines la raison pour laquelle cette femme riche était ainsi aller faire un hold-up, et pourquoi là-bas, pourquoi tout ça. Je me suis maudit d’avoir balancé ça sans réfléchir. Mais à force de chercher, j’ai fini par trouver. L’écriture de Regarde pouvait commencer.

Bepolar : On s’intéresse à Mylène, 62 ans, notamment et son passé. Comment la voyez-vous ?
Hervé Commère : Comme une femme libre. C’est un grand mot, c’est aussi une expression très répandue et souvent galvaudée. Elle est libre car elle a choisi tout ce qu’elle possède et sa manière de vivre. Je sais d’où me vient cette idée : il y a des années de cela, mon frère m’a parlé d’un chanteur très célèbre et richissime qui vivait dans un trois-pièces et conduisait une vieille 125. On trouvait ça épatant et presque drôle. Il me l’avait résumé avec ces quelques mots : «  ce gars-là, toute sa vie, il l’a choisie ». Cette idée m’obsède. Dans un précédent roman, Imagine le reste, il était déjà question d’un fils de famille devenu mécano par passion.

Mylène est donc une femme libre qui ne se soucie ni des conventions ni du regard d’autrui. Mais elle n’est pas en guerre non plus contre le système ou le monde, bien qu’elle ait son avis sur la question. Elle n’est pas démonstrative et ne revendique rien, si ce n’est son droit de vivre à sa guise. Il est cependant déconseillé de tenter de se mettre en travers de sa route. C’est une pacifiste qui peut tuer.

Bepolar :Quelle est votre relation d’auteur à vos personnages ? Sont-ils parfois indépendants de vous ?
Hervé Commère : Je ne crois pas avoir déjà eu le sentiment qu’un personnage m’échappait, comme le disent certains collègues. Je les connais. Ils vivent en moi, mais grâce à moi. Ils continuent parfois de vivre en moi une fois le roman achevé, et cela peut même durer des années, mais je n’ai pas le sentiment qu’ils m’échappent. Ils vivent car j’imagine qu’ils vivent.

Bepolar :Leur profondeur est souvent soulignée. Comment est-ce que vous les construisez ?
Hervé Commère : Je n’ai pas l’impression de les construire. Je les devine et je les connais de mieux en mieux à mesure que je m’en approche et que je les mets en situation. Je ne connais pas forcément l’histoire ou du moins pas tous les détails qui la composent, mais je connais les réactions qu’auraient le personnage dans telle ou telle situation. Je crois que cette proximité avec les personnages me vient de mes quinze ans passés derrière un bar à servir les clients, les observer, parler avec eux. J’ai parlé avec des milliers de personnes, parfois même de façon très intime. Je crois que mes personnages sont composés de parcelles de ces milliers d’échanges.

Bepolar :Il est souvent question de passé dans vos romans. Est-ce que c’est conscient ou inconscient ? Mylène s’imagine parfois avoir eu une autre vie. Divagation de l’esprit pour le plaisir ou regrets ?
Hervé Commère : Il est question de passé car on en vient, cela me semble évident. On comprend quelqu’un quand on sait ce qui lui est arrivé. Par ailleurs, sur le plan d’une intrigue, voir ressurgir quelque chose ou quelqu’un d’un passé qu’on croyait révolu, c’est très intéressant.

Concernant Mylène, pas de regret, non, pas son genre du tout. Mylène assume ses choix et a connu l’amour, le bonheur, et est prête à en payer le prix. C’est une femme qui fait face. Ce qui ne l’empêche pas de se demander ce qu’aurait pu être sa vie en d’autres circonstances. Mais se projeter ne signifie pas qu’on nourrit un regret.

Bepolar :Le roman a été publié en mars, juste avant le confinement. Comment avez-vous vécu cette période ?
Hervé Commère : J’ai fait une dédicace en librairie à La Tour du Pin, en Isère, la veille de la sortie du roman. Quelques jours plus tard, on annonçait la fermeture des librairies. Concernant mon roman, je ne le vis pas très bien car je crains qu’il disparaisse des tables au profit de quelques mastodontes dont les libraires ont trop besoin pour s’en passer. Ces deux mois d’interruption les ont à coup sûr fragilisés, et il va leur falloir absolument présenter ce qu’ils sont sûrs de vendre. Nous verrons bien. On n’est pas non plus à l’abri d’une bonne surprise.

Me concernant, j’ai vécu le début du confinement comme une pause, une bulle en famille sans rien faire d’autre que du coloriage et du yoga, la cuisine et la sieste. C’était formidable. Deux mois plus tard, je ne supporte plus ni ma femme ni mes enfants et cherche la nuit un revolver sur Internet. Rien d’exceptionnel, vous voyez.

Bepolar :On a évoqué plusieurs fois des projets d’adaptations autour de vos romans. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Hervé Commère : Deux projets ont échoué, un troisième est en train de se préparer. Je ne suis pas ça de très près mais il semble qu’une adaptation prenne beaucoup de temps et que les écueils soient nombreux. Je serais ravi que cela se fasse un jour et suis d’ailleurs convaincu que cela aura lieu. On verra.

Bepolar :Êtes-vous déjà en train d’écrire un autre roman ?
Hervé Commère : Oui même si le confinement m’a un peu ralenti, enfants oblige. Mais j’écris, oui. Pour la première fois, je sors des sentiers du polar et écris une histoire qui ne comporte aucune intention criminelle. Un roman. Je pense en être aux deux tiers, le moment critique où je ne vois plus les côtes, ni devant ni derrière, et où je me demande ce que je suis venu faire dans cette galère… Me revient alors ce que m’avait dit Paul Guimard quand il m’a fait l’honneur de me recevoir il y a plus de vingt ans : lorsque je lui ai demandé s’il écrivait autre chose, ce vieil homme qui avait écrit quelques chefs d’œuvre a grimacé, me disant que oui, qu’il s’était lancé dans quelque chose dont il n’arrivait pas à se dépêtrer, ça piétinait. C’est resté gravé : si c’était encore dur pour lui, alors ce serait toujours dur pour moi. J’ai déménagé il y a peu et suis retombé sur un livre qu’il m’avait dédicacé avant que je le quitte : il me remerciait pour ses encouragements ! C’est d’une élégance à toute épreuve, non ?

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