#Mafia : « Yiddish Connection » de Rich Cohen

N°20 au palmarès des meilleurs livres du crime organisé selon BePolar

On continue notre tour du monde avec l’un des plus fascinants exemples de crime organisé dans Yiddish Connection de Rich Cohen, une reconstitution quasi-documentaire. Ou comment une immigration ultra-minoritaire, certains juifs américains, se spécialisa tout d’abord dans l’assassinat ciblé puis élargit l’éventail de ses activités avant de conclure une alliance très fructueuse avec la mafia italo-américaine. Notamment pour éviter son anéantissement...

L’histoire :

Yiddish Connection, c’est l’histoire des gangsters juifs américains, à l’époque où le pouvoir était entre les mains du syndicat du crime, dirigé par Louis Lepke, Dutch Schultz et Bugsy Siegel. Conté par le petit-fils des propriétaires du restaurant où se retrouvaient les truands, ce récit restitue la truculente odyssée de ces fils d’émigrants, héros hors-la-loi, qui faisaient rêver les enfants du quartier. Chacune des riches heures de cette Amérique clandestine est reconstituée, comme autant de pièces à conviction de ce véridique polar.

Pourquoi ce livre est important :

Leur activité était effrayante mais l’histoire de Murder Incorporated n’en est pas moins passionnante : dans les années 1920, une jeune génération de gangsters juifs devient une bande de tueurs chargés de régler -définitivement- les conflits internes au Syndicat national du crime. Une période rendue très vivante par Cohen mais qui ne dura que 20 ans car « dans le milieu, les choses se passent si vite que le temps devrait y être mesuré comme l’âge des chiens. » Une histoire de délinquance extrême, une des rares portes de sortie offertes à toute une génération d’émigrés Juifs en provenance d’Europe.

Mais si ce livre est passionnant, Rich Cohen n’oublie pas d’en révéler la vérité crue et prosaïque : la honte que cela lui inspire et qui doit servir de contre-exemple au sein de la communauté juive. Cette « intégration par le mal » ne doit pas être occultée : Arnold Rothstein, Bugsy Siegel, Dutch Shultz ou Meyer Lansky sont décrits tels qu’ils sont, dépouillés de l’aura fournie par le cinéma, à savoir des criminels sans foi ni loi qui ont généré de très grands malheurs.

Avec beaucoup d’humour, Cohen opère aussi grâce à cet ouvrage à une sorte d’examen de conscience personnel et collectif tout à fait intéressant : oui, il a été fasciné par ces Juifs qui n’ont pas fait office de victime mais au contraire de durs-à-cuir. Ce sentiment ambivalent a été partagé par des personnes de sa génération traumatisées par la Shoah et les sentiments de passivité et de culpabilité qu’elle engendra. L’affirmation franche de cette ambiguïté l’élève : ces hommes étaient des monstres qui ont couvert de honte une communauté, mais aussi les symboles d’une forme de résistance dans une société tout aussi corrompue et empreinte d’un puissant antisémitisme. Il nous interroge ainsi tous, non pas en tant que membre de telle ou telle communauté, mais comme humains, confrontés au mal.

Ce qu’il faut retenir (pour briller en société) :

1. L’auteur, Rich Cohen, a plusieurs cordes à son arc : il est aussi le co-créateur de la série Vinyl produite par HBO. Jusqu’à là, rien de très bluffant, si ce n’est que les autres créateurs ne sont rien de moins que le réalisateur Martin Scorsese (un « parrain » du film de mafia), Mick Jagger (oui, le leader des Rolling Stones) et Terence Winter (le créateur de la série Broadwalk Empire, qui a aussi participé à la série Les Soprano ou au film Le loup de Wall Street). Pas mal, non ?

2. Tous ces noms devenus célèbres voire des icônes de films nous font parfois oublier la triste réalité de leurs crimes. Abe Reles fut l’un des tueurs à gage les plus redoutés, Martin « Bugsy » (« le dingue ») Goldstein fut également un tueur, dénoncé par Reles et condamné à mort. Lepke (« petit Louis ») Buchalter était lui aussi un meurtrier sans pitié qui participa à la création du Syndicat national du crime.

3. Arnold Rothstein n’était certes pas un tueur mais cet homme qui porta entre autre les surnoms de the Big Bankroll (« la grosse liasse de billets ») ou the Brain (« le cerveau ») faisait le lien entre les milieux d’affaires et le crime organisé, lui donnant une puissance de nuisance inédite. Benjamin Siegelbaum alias Bugsy (« le fou ») Siegel était un assassin et un violeur cruel qui joua un rôle majeur dans l’essor du paradis du vice qu’est Las Vegas.

4. Dutch Shultz (un pseudo) a fait sa fortune sur le malheur des autres via le trafic illégal d’alcool et des loteries truquées et n’a jamais hésité à employer la torture pour arriver à ses fins ; son affrontement avec un gang noir pour le contrôle de Harlem inspira le film Les Seigneurs de Harlem. Meyer Lansky est certainement le plus connu de tous : trésorier et « cerveau » de la mafia, il fit le lien entre la Yiddish Connection et la mafia italo-américaine, participant à l’emprise toujours plus grande et discrète du crime organisé sur des pans entiers de l’économie américaine et à la mainmise sur Cuba. Il ne fut jamais condamné à de la prison et mourut à 80 ans.

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