Patricia Highsmith, la reine du crime moderne

Cette femme tient une place dans l’histoire du polar pour toute une série de raisons qui nous amènent à écrire que c’est « la reine du crime moderne ». Highsmith, c’est un sillon qu’elle seule emprunte, détaché du roman à énigme, détaché du hard boiled américain, détaché du suspense psychologique mâtiné de sentiments, détaché du polar, même. Highsmith, c’est la rencontre de ces quatre pistes et une nouvelle voie, qui suit tout en subtilité les visages de l’horreur ordinaire, l’effroi, l’oppression, la trivialité de la vie mise à nu.

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La modernité d’Highsmith apparait éclatante à bien des égards, tant sur le fond que sur la forme. L’industrie cinématographique, avide d’images nouvelles, ne s’y trompera pas, puisque ses romans serons adaptés vingt fois entre 1951 et le fameux L’inconnu du Nord-Express par Hitchcock et le Carol de Todd Haynes en 2015. Entre les deux quelques chefs-d’œuvre comme Plein soleil de René Clément (1960) et des grands noms du 7ème art derrière la caméra comme Wim Wenders, Claude Miller, Claude Chabrol, Anthony Minghella qui adaptèrent avec plus ou moins de succès des œuvres insaisissables.

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Les œuvres d’Highsmith, c’est l’angoisse du quotidien qui peut déraper : des hommes et femmes ordinaires y connaissent séparations, vengeances et manipulations machiavéliques et sont entraînés dans des situations qui les dépassent, des pactes faustiens, sans que lecteur sache bien s’ils sont victimes ou coupables. Le processus d’identification propre au roman moderne étant à l’œuvre, on se sent comme lecteur tout à la fois coupable et victime, dans un état de non-sérénité quasi permanent et étouffant.

Highsmith innove également en mêlant habilement le rythme du thriller et la trame du suspense psychologique, dans ce qui sont des polars par nécessité, mais qui s’ignorent ou se refusent. L’auteur déclarait d’ailleurs dédaigner le polar et ne pas en écrire, pour elle son écriture partait plus simplement d’intrigues romanesques où le meurtre, la trahison et la duplicité des sentiments étaient à l’œuvre.

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A cet égard, la série des cinq romans autour du personnage de Tom Ripley (Monsieur Ripley/Ripley et les ombres/Ripley s’amuse/Sur les pas de Ripley/Ripley entre deux eaux) est tout à fait emblématique de l’insondable talent de la native du Texas. Ripley, c’est le mal incarné sous des apparences anodines, c’est la tentation qui trouve sa solution dans les plus viles et humaines facilités, c’est nous avec un coup de pouce du démon. Ripley, c’est notre part d’ombre : quoi de plus symptomatique qu’il ait été incarné à l’écran par des acteurs aussi différents que Dennis Hopper, Matt Damon ou John Malkovich ?

La modernité d’Highsmith, c’est de bousculer l’ordre établi et de toucher l’intime sans paraître y toucher, comme elle l’expérimenta à titre personnel. De son vrai nom Carol Mary Patricia Plangman, elle écrivit parfois sous pseudo, notamment pour son beau roman intimiste, Carol qui n’a de polar que par la tension inhérente à l’interdit social qui l’habite, puisqu’il y est question d’une histoire entre deux femmes que l’amour surprend. A l’inverse de Du Maurier, coincée par la bienséance familiale, Highsmith assumait davantage sa bisexualité.

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Highsmith, c’est un monde, le nôtre, qui se met en danger et c’est nous, lecteurs qui ressentons ce malaise, cette urgence, cette menace qui nous guette à chaque instant, à la suivre dans ses ténébreuses intrigues.

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