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Alfred Hitchcock - LA CORDE (1948)

Tourner un film en un seul plan séquence, beaucoup de cinéastes en firent le rêve, Hitchcock le concrétisa moyennant quelques astuces. Deux ingrédients seulement lui suffirent : un appartement new-yorkais et un cadavre dans un coffre.

Le pitch

C’est un soir d’été comme les autres pour Brandon Shaw et Philip Morgan, deux étudiants homosexuels de New York. À ceci près qu’ils viennent d’étrangler à mort un camarade pour la simple volupté du geste, là-haut dans leur appartement propret de Manhattan. Défi ô combien risqué, les deux jeunes hommes accueillent dans quelques minutes un cocktail où seront présents les parents de la victime et leur ancien professeur, Rupert Cadell. Que faire du corps, et comment feindre le naturel ?

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Pourquoi c’est un incontournable

Il s’agit du tout premier film tourné en couleurs (Technicolor) d’Alfred Hitchcock. Le réalisateur fit en sorte cependant de la limiter au minimum, pour qu’elle ne vampirise pas le récit. La plus grande contrainte à ce niveau était sans doute l’arrière plan de l’action, car les nuages (fabriqués à base de verre filé) au-dessus des faux gratte-ciels étaient tous mobiles et indépendants. Tout un dispositif enchevêtré à base de fils invisibles et de perches consistait à les faire bouger avec authenticité. La vitesse et la trajectoire devaient nécessairement varier d’un plan à l’autre.

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L’acteur principal n’est autre ici que la caméra elle-même. C’est l’un des plus incroyables défis techniques de la carrière d’Hitchcock : « La Corde » est pensé en un seul et unique plan-séquence se déroulant, dans le temps du film, de 19h30 à 21h15. À l’instar d’une pièce de théâtre classique, la règle des trois unités prévaut. Ceci étant, les contraintes techniques de l’époque amènent en réalité Hitchcock à découper son film en dix portions d’une dizaine de minutes, car les bobines de film n’excédaient alors pas cette durée.

Une astuce permet toutefois au metteur en scène de donner l’impression d’un seul plan sans discontinuité : des raccords effectués sur des vêtements sombres (en général, des fondus sur le dos des personnages). Reste que les acteurs durent apprendre par cœur pour chaque prise jusqu’à dix minutes de texte. Tandis que pour faciliter le déplacement des caméras lors des travellings, les murs tombaient silencieusement et les meubles montés sur roulettes se déplaçaient pour laisser le champ libre aux opérateurs. Une horlogerie stupéfiante.

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Mention spéciale pour l’un des plans fixes du cinéma d’Hitchcock réservant le plus de suspense : l’instant où près de deux minutes durant, Mme Wilson débarrasse la nappe du coffre où est dissimulé le cadavre, tandis que les personnages continuent de discuter hors-champ. Insoutenable.

Remarquons que parmi tous les héritiers d’Hitchcock en matière de plan-séquence, Brian de Palma (notamment avec « Snake Eyes ») se révèle comme le plus comparable.

La Hitchcock touch’

En dépit de sa prouesse technique, Hitchcock considéra longtemps après coup qu’il avait quelque part trahi les codes de son cinéma avec « La Corde ». Car sans possibilité de montage – la faute au plan-séquence –, il lui fut impossible d’utiliser avec la même efficacité ses astuces visuelles pour raconter une histoire.

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Ce serait pourtant une erreur de ne voir en « La Corde » qu’un plan atténuant ou supplantant les théories du morcellement du metteur en scène. Simplement parce que Hitchcock se fait un devoir pour chaque détail du film de reproduire sans « cut » son sens des variations des proportions des images. En d’autres termes, il parvient à compenser l’absence de découpage à la fois en changeant subtilement l’échelle des plans, par les mouvements de caméra, ou encore via les fluctuations de la lumière (qu’il avoue cependant avoir eu des difficultés à maîtriser aussi bien qu’en noir et blanc).

Comme le titre l’indique, le MacGuffin se trouve cette fois être une corde – celle qui a servi au meurtre de l’étudiant.

L’apparition d’Hitchcock intervient dès le premier plan de « La Corde » : on le voit à la fin du générique marchant en contrebas dans la rue sur le trottoir en compagnie d’une dame.

L’analyse

L’homosexualité latente des deux étudiants, laquelle s’ajoute à celle connue des deux acteurs qui les jouent et que le film se garde néanmoins d’appuyer (à cause du producteur Sidney Bernstein, très pudibond), apparaît moderne pour l’époque de « La Corde  ». Mais cette question en reste finalement au second plan.

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Plutôt que l’homosexualité, c’est le partage d’un même désir de meurtre gratuit au nom d’une morale nietzschéenne (celle enseignée par Cadell, leur professeur d’université incarné par James Stewart) qui lie les deux personnages. « Le pouvoir de tuer peut être aussi satisfaisant que le pouvoir de créer », lance ainsi avec satisfaction Brandon à Philip.

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Ne pas s’en tenir néanmoins aux apparences, car le plus coupable n’est autre que Cadell, l’enseignant. Des neuf personnages arpentant l’appartement de « La Corde », impossible de toute façon pour le spectateur de s’identifier en un seul. En cela, Hitchcock semble faire le procès de toute morale individuelle, qui ne fait que cacher les pulsions de meurtre de l’être humain.

La genèse

Adapté d’une pièce de théâtre, « La Corde  » ne s’éloigne que très peu du modèle signé Patrick Hamilton, conservant partiellement jusqu’aux dialogues. Le récit original s’inspire quant à lui du meurtre de Bobby Franks par Leopold Jr. et Richard Loeb, également porté au cinéma par Richard Fleischer à travers « Le Génie du mal » (1959).

Dix jours de répétition avec la caméra furent nécessaires avant de démarrer le tournage. S’ensuivirent tout de même dix-huit jours de tournage, la faute à six jours de prises ratées liées aux difficultés techniques.

Afin de donner à l’arrière plan du film (Manhattan) un certain réalisme, une maquette semi-circulaire fut construite. Celle-ci occupait un espace trois fois plus vaste que le décor en lui-même !

« La Corde » était la toute première production maison d’Hitchcock, pour 1,5 million de dollars (dont 300 000, rien que pour James Stewart).

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