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Alfred Hitchcock - FRENZY (1972)

En 1972, Hitchcock reste Hitchcock avec « Frenzy », synthétisant toutes ses obsessions dans une œuvre malsaine et inquiétante. Le glamour disparaît, pas la virtuosité. Un avant dernier tour de piste jouissif.

Le pitch

À Londres, une série de meurtres de femmes terrorise les habitants. Les victimes meurent chaque fois étranglées à l’aide d’une cravate que l’assassin veille à laisser au cou de ses proies.

Pourquoi c’est un incontournable

Parce qu’il s’agit assurément du film le plus malsain de toute la carrière d’Alfred Hitchcock. Ici, l’atmosphère se veut putride et licencieuse. Les couleurs ternes et la lumière blafarde, qui donnent l’impression d’un crépuscule permanent, accentuent cet effet. On retrouve la perversion et l’aura délétère de « Psychose », mais doublées cette fois d’un réalisme jusqu’alors proprement inédit chez Hitchcock.

Parce que « Frenzy » représente pour Hitchcock, en même temps que l’avant-nuit d’une filmographie hors-norme, une libération qu’il avait auparavant toujours préféré éluder par l’allégorie : la nudité. Cette fois, le corps féminin apparaît pour la première fois entièrement nue. Nous sommes en 1972 et l’affranchissement et la subversion du « Nouvel Hollywood » (l’école des Nichols, Bogdanovich, Coppola, De Palma, Scorsese… ainsi surnommée par Peter Biskind) en la matière viennent de passer par là.

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Au-delà de l’émergence d’un âge d’or du porno aux États-Unis et quelques années plus tôt au Japon avec les « pinku eiga », le cinéma d’auteur conventionnel passe le cap – entre autres via « La dernière séance » (Bogdanovich, 1971) et « Le Lauréat » (Mike Nichols, 1967). Raison de plus pour Hitchcock de s’émanciper à son tour. Ce qui, tout en restant dans l’écrin classique usuel du cinéaste, rajoute une dimension documentaire bienvenue à « Frenzy ».

Ce qui ne manque pas, pour autant, de faire sourire quand on pense au Alfred Hitchcock qui affirmait quelques années auparavant qu’il ne pouvait se résoudre par exemple à faire appel à une actrice telle que Marilyn Monroe, simplement parce qu’elle avait « le sexe marqué au milieu de la figure ».

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« Frenzy » mérite en outre largement le détour pour son humour noir omniprésent, lequel s’illustre parfaitement dans les scènes les plus macabres. Citons par exemple le moment délirant où l’assassin, en cherchant à récupérer sa broche restée dans les mains d’une victime dans un camion transportant des pommes de terre, se retrouve avec les pieds d’un cadavre sur le visage.

De même, on sent le côté corrosif de « Mais qui a tué Harry » lorsque se substitue au visage d’une victime agonisante l’une des longues scènes de déjeuner de l’inspecteur de police. Ou comment mêler mort et nourriture (comme avec l’apéritif dînatoire succédant au meurtre dans « La Corde »).

La Hitchcock’ touch

On retrouve notamment, outre les violences perpétrées à l’encontre des femmes, parmi les motifs traditionnels d’Hitchcock celui du faux coupable : Richard Blaney, un ancien pilote de la Royal Air Force, est d’entrée de jeu soupçonné d’être le tueur par la secrétaire de la victime. Mais le réalisateur ne cherche pas longtemps à garder le secret quant à la réelle identité du tueur, n’hésitant pas à le mettre en scène dès le début de son film.

Le crime s’apparente également dans « Frenzy », comme toujours, à la translation d’un désir sexuel réprimé ou impossible à réaliser. D’ailleurs, le cinéaste ne manque pas de filmer certains des assassinats comme des scènes de sexe (comme chez Dario Argento). William Lustig, le réalisateur du « Maniac » original (1980) semble dans une certaine mesure s’être inspiré de « Frenzy » pour écrire son personnage de serial-killer avide de scalps.

Le caméo d’Hitchcock figure dès la troisième minute, peu après le générique : le réalisateur est visible au centre de la foule avec un chapeau melon noir. Il s’agit du seul personnage n’applaudissant pas l’orateur. Il apparaît aussi de nouveau peu de temps après à proximité d’un couple faisant une allusion à Jack l’Éventreur.

L’analyse

Tout « Frenzy » se voit justement contenu dans cette scène au début du film avec le caméo, lorsqu’un groupe de personnes assiste à un discours politique au bord de la Tamise. La caméra vient alors d’embrasser tout Londres dans un superbe plan-séquence avant d’arriver autour de la foule. Tandis que l’orateur promet entre autres un fleuve propre, l’on distingue bientôt non loin un cadavre nu à la dérive avec une cravate autour du cou. Et aussitôt, un plan vient cadrer Richard Blaney chez lui dans son appartement en train de nouer une cravate.

Hitchcock vient alors de nous désigner : un coupable possible, un crime ostensiblement sexuel de par la nudité de la victime, la blondeur du cadavre (qui n’est pas sans rappeler le corps sans vie repêché dans « The Lodger », auquel pense ici inévitablement le réalisateur), sans compter une politique placée au même niveau que l’eau souillée. Comme si rien dans « Frenzy » ne pouvait échapper à l’impureté, même pas le cinéma d’Hitchcock lui-même. Car c’est bien là le sujet du film : faire définitivement perdre au cinéma du maître de sa superbe, de son glamour, pour faire basculer tout ce qu’il contient d’obsessions dans la fange la plus triviale. Exit les Cary Grant et James Stewart, et place à des acteurs certes efficaces mais glauques et repoussants. Tout bonnement jubilatoire.

La genèse

Hitchcock respecte fidèlement le roman d’origine (« Goodbye Piccadilly, Farewell Leicester Square » d’Arthur La Bern, 1966), mais en s’autorisant plusieurs articulations secondaires. L’inspecteur de police se retrouve par exemple au centre de saynètes humoristiques d’un bout à l’autre du long-métrage, son épouse se servant de lui comme cobaye pour ses expériences culinaires. De quoi donner un peu de respiration à une intrigue par ailleurs oppressante.

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