Club Sang

Profitez de toutes nos fonctionnalités et bénéficiez de nos OFFRES EXCLUSIVES en vous inscrivant au CLUB.

JE REJOINS LE CLUB SANG

L’interrogatoire de Pascal Escobar pour Belle de Mai

Bepolar : Comment est née l’idée de ce premier roman ?
Pascal Escobar : En réalité c’est mon quatrième livre. J’ai d’abord écrit depuis 2018 des livres essentiellement basés sur mon vécu dans la scène punk rock française. Je suis musicien, guitariste, quand j’ai commencé à devenir vieux et que la simple idée de me retrouver dans un camion avec des congénères alcooliques et drogués pour aller faire des concerts à l’autre bout de la France ou de l’Europe m’était devenue insupportable, j’ai trouvé comme porte de sortie l’écriture. Un moyen d’expression solitaire, stable et relativement sain. Alors j’ai commencé à écrire sur le rock, sur ma vie dans le rock en fait. J’ai publié chez une maison d’édition niçoise, Mono Tone Editions, deux livres d’autofiction narquoise et humoristique sur le monde du punk rock garage en France. J’ai adoré. C’est plaisant d’être chez soi, devant son ordinateur, et de raconter des conneries qui seront publiées et lues par des gens ah ah. J’ai aussi écrit un documentaire sur l’histoire du rock à Marseille, commandé par Le Mot et le Reste. Un travail plutôt journalistique en fait. Ca a été un vrai plaisir également. Et ça m’a permis de rencontrer Yves Jolivet du Mot et le Reste. Mais un jour, je me suis rendu compte que j’en pouvais plus d’écrire sur la musique. Pourtant je me rappelle une discussion avec une copine où je lui disais, au tout début de ma première autofiction, que j’écrirai toujours sur le punk, que la terre avait besoin d’écrivains punks et pas d’un énième romancier dont on n’a rien à fiche ah ah. Effectivement, tout lasse et au bout d’un moment, j’aurais préféré devenir équipier chez Mac Donald que de continuer à écrire sur la musique. Depuis mon adolescence je suis grand lecteur de roman noir. Alors j’ai sauté le pas. En fait c’était mon désir secret depuis des années. Un fantasme. Une obsession presque. Créer mon Mike Hammer ou mon Pepe Carvalho et le faire évoluer dans Marseille, ma ville. Je pense que le moteur principal a été l’envie de parler de Marseille. J’aime les romans noirs qui s’inscrivent dans un lieu et un temps. C’est ce que j’ai essayé de faire avec Belle de Mai, qui est un quartier de Marseille oublié des dieux et des pouvoirs publics où la désolation se conjugue en familles de primos arrivants. J’ai travaillé dans ce quartier pendant des années. Je le connais par coeur. Il me semblait important d’en faire un témoignage à travers une enquête privée, qui est toujours l’alibi parfait pour raconter un lieu et des vies.

Bepolar : On y suis un ancien éducateur devenu enquêteur, Stanilas Carrera. Qui est-il ? Comment pourriez-vous nous le présenter ?
Pascal Escobar : Stanislas Carrera c’est moi tel que j’aimerais être ah ah. Il peut boire une bouteille de Jack Daniel’s et se lever le lendemain. Je peux encore boire une bouteille de Jack mais le lendemain il faudra m’amener aux urgences ah ah. Je suis travailleur social dans la protection de l’enfance, comme Carrera. Je n’ai pas en moi les ressources d’imagination qui me permettraient de créer un personnage de toutes pièces. Je crois que Bukowski a dit qu’on ne pouvait écrire que sur ce que l’on connaissait. C’est ce que j’ai fait. Après, il y a le travail d’écrivain, la distortion de la réalité, les fantasmes et les arrangements avec soi-même. Pour moi, Stanislas Carrera est le réceptacle idéal de l’histoire des autres. Il est l’observateur qui déambule dans des lieux et des vécus qui ne sont pas les siens. Il ne juge pas , il agit et il est le vecteur idéal pour laisser s’exprimer les voix que j’entends dans ma tête. Stanislas Carrera est donc un ancien travailleur social qui s’est reconverti en enquêteur privé. L’investigation tient une place importante et mal connue dans le travail social. Les éducateurs sont souvent mandatés pour mener ce qu’on appelait avant des enquêtes sociales. les destinataires sont les juges des enfants ou les juges aux affaires familiales. J’ai travaillé pour les deux. C’est un exercice que j’affectionne. J’ai du rédiger des centaines de rapports pour des juges. C’est de cette manière que j’ai appris à écrire. Je me suis rendu compte qu’un écrit est forcément destiné à être lu par quelqu’un, sinon, ça s’appelle un journal intime. Et s’il est destiné à être lu, se pose inévitablement la question du contenu. Qu’est-ce que j’écris, pourquoi je l’écris et qui va le lire ? Il me semble que ce genre de questions peut éviter les errances et les grandes questions existentielles liées à la page blanche.

Bepolar : Un petit mot sur les lieux. Pourquoi avoir choisi Marseille ? Est-ce que vous auriez pu raconter la même histoire dans un autre endroit ?
Pascal Escobar : Non. Marseille est le moteur principal qui me dirige vers l’écriture. Je suis Marseillais. De St Henri, dans le seizième arrondissement. Un quartier collé à l’Estaque. Je suis assez vieux pour avoir connu Marseille avant l’ultraviolence liée aux réseaux de ventes de stupéfiants qui gangrènent tous les quartiers Nord. Ce n’est pas une vue de l’esprit ou une invention médiatique. C’est une réalité que les familles qui vivent dans les grosses cités HLM subissent quotidiennement. L’évolution de cette ville me fascine. D’un côté il y a un phénomène de gentrification massif qui voit certains quartiers du centre devenir des lieux incontournable de la mode, de la hype, de l’explosion des prix de l’immobilier, et d’un autre côté, il y a presque la moitié de la ville qui sombre dans la rapacité la plus sauvage sous les projecteurs de la France qui regarde moitié envieuse moitié horrifiée. C’est ce paradoxe qui m’intéresse et que je n’ai trouvé dans aucune autre ville de France. Le quartier de la Belle de Mai est en quelque sorte une image actuelle et définitive de la manière dont un secteur urbain peut glisser dans la déshérence la plus spectaculaire dans l’indifférence la plus générale. J’y ai travaillé pendant une dizaine d’années. J’ai eu envie de témoigner à ma manière. Tout ce que je raconte dans le livre, exceptées les scènes de banditisme, je l’ai vu, entendu ou vécu.

lorsque je lis un roman, noir ou pas, j’aime qu’on me parle d’un lieu que je ne connais pas comme le narrateur peut le connaître

Bepolar : Est-ce qu’on peut dire que Marseille est presque un personnage de votre roman ?
Pascal Escobar : Oui. Marseille est même un personnage central du roman. J’aime beaucoup Marcel Pagnol et il me semble que Marseille et ses collines sont également des personnages à part entière de ses livres. Je ne suis pas chauvin mais si je me penche sur mon histoire personnelle avec un peu d’objectivité, je me rends compte que j’ai joué au football pendant dix ans, que chez mon père, il y avait toujours du pastis, que j’ai vu Massilia Sound System en 1989 dans un bistrot du Panier devant vingt personnes et que le frère d’un ami m’avait passé la cassette de IAM,Concept, quand j’étais en première au lycée St Exupéry. Finalement, lorsque je lis un roman, noir ou pas, j’aime qu’on me parle d’un lieu que je ne connais pas comme le narrateur peut le connaître. John King a fait ça très bien avec Londres, Montalban l’a fait avec Barcelone, Leonardo Padura avec La Havanne, James Ellroy avec Los Angeles, donc j’ai pris mon petit stylo et je me suis dit que j’allais faire comme eux avec le Marseille des années 2020 ah ah.

Bepolar : Comment pourriez-vous nous présenter le quartier de la Belle de mai, pour les lecteurs et lectrices qui ne le connaitrait pas ?
Pascal Escobar : C’est le premier quartier collé au centre ville qui rentre dans la zone qu’on appelle les quartiers Nord. C’est un secteur urbain essentiellement constitué d’anciens noyaux villageois qui ont péréclités et qui ont en quelque sorte été sacrifiés par les gestions municipales successives pour devenir un entonnoir à primo arrivants, à partir de la fin des années 80. Les dirigeants de la cité n’en voulaient pas dans le centre ou dans les quartiers Sud, alors ils ont été dirigés dans ce quartier, entre autre. Le problème est que le potentiel d’intégration des lieux a explosé. Les familles qui le pouvaient sont allées habiter ailleurs, celles qui ne le pouvaient pas sont restées. Fini la mixité, bonjour le ghetto. Mais je ne suis pas sociologue ou politologue. Je regarde tout ça à partir de mes propres lunettes et fantasmes. Belle de Mai n’est pas un documentaire, loin s’en faut. A la sortie du livre, j’ai failli me fâcher aves des amis qui me reprochaient d’avoir livré une vision réductrice du truc, essentiellement centrée sur les aspects les plus noirs et les plus pessimistes. C’est ce que j’avais dans la tête. Bon, pour le travail, je me rends encore régulièrement dans le secteur et à chaque fois que je vois des coins de rue envahis de poubelles renversées entourées d’immeubles qui s’écroulent, je ricane, eh eh, je me dis ah ouais, ce que j’écris n’existe pas, et ça alors ?

Bepolar : Votre héros aide une famille d’origine comorienne. On va plonger dans des endroits où la misère règne. Est-ce qu’on peut dire que plus qu’un polar, c’est un polar social, un roman noir ?
Pascal Escobar :Putain, polar social c’est chaud ah ah. J’espère que j’ai pas écris un polar social. Un roman noir oui, peut-être. Il y a de l’humour quand-même. Un jour, une copine m’a dit qu’elle avait toujours un petit sourire en coin quand elle me lisait. Ca m’a fait super plaisir et elle a tapé juste. Je n’aime pas le noir pour le noir et les histoires qui terminent systématiquement mal. Dans ce registre, pour moi, le Montalban du début est le maître. Fut un temps où je connaissais une interprète en Espagnol. Elle avait fait la traductrice pour une rencontre avec l’auteur à Toulouse. Elle m’avait dit qu’il était vachement marrant et qu’il ne se prenait pas au sérieux. Les plus grands sont toujours les plus cools. Peut-être pas Ellroy.

Bepolar : Y’a-t-il pour vous une forme de dénonciation, d’engagement avec ce roman ?
Pascal Escobar : Non, j’ai été végétarien pendant dix ans et depuis que je remange de la viande, je n’ai plus aucun engagement politique. Le rock’n’roll m’a offert les moments les plus excitants de ma vie, la politique les plus ennuyants. Je n’ai plus aucune fibre militante, je pourrais même dire que j’en ai plus rien à fiche, donnez-leur assez de corde et ils se pendront avec...C’est un postulat de base assez confortable pour écrire du roman noir et ça rentre parfaitement dans le cahier des charges du détective privé blasé et nostalgique dans lequel je voulais m’inscire par respect pour les anciens et la tradition.

Le deuxième tome, que je suis en tain d’écrire, s’appellera La Plaine et parle du rap et du centre ville

Bepolar : C’est le premier d’une trilogie. Que pouvez-vous nous dire de la suite ?
Pascal Escobar : Belle de Mai est le premier tome d’une trilogie dont l’action se déroule à Marseille, aujourd’hui. Ce premier volet décrit les quartiers Nord, la vie des migrants et les réseaux de vente de supéfiants qui se sont installés partout où les pouvoirs publics se sont retirés. Le deuxième tome, que je suis en tain d’écrire, s’appellera La Plaine et parle du rap et du centre ville. La plaine est la quartier de nuit de l’ultra centre. Dans le genre, c’est un secteur bien folklorique aussi. C’est le lieu ou se côtoient les jeunes de bonne famille venus s’encanailler dans la grande ville du Sud, les clodos, les crapuleux, les artistes, les dealers, les familles, les enfants, les intellectuels, les forains, les alcooliques, les oiseaux de nuit, les bars, les restaurants, les salles de concerts, les bodegas, les librairies, les snacks, les boutiques de créateurs et les alimentations de nuit. Il y a quelques années, un grand magazine tendance anglo saxxon dont je ne me rappelle plus le nom avait élu le cours Julien "quartier le plus in d’Europe". D’une certaine manière, je peux comprendre ça. Il suffit de se promener dans les ruelles du secteur un vendredi soir de printemps pour s’en rendre compte. C’est animé. Très. Et c’est chaud. Très. Si j’avais vingt-deux ans, c’est là que je voudrais être. D’ailleurs les jeunes ne s’y trompent pas et on envahis le secteur. J’y ai habité longtemps. Quand j’ai eu des enfants, je me suis sagement éloigné des lieux. La Plaine aujourd’hui me fait penser à Barcelone il y a trente ans. Le troisième tome parlera des quartiers Sud et s’appellera Pointe rouge, du nom d’une plage où je vais promener mon chien régulièrement, un endroit magnifique qui n’a rien à envier à la Côte d’Azur. L’action se déroulera dans le milieu de la cocaine et du football professionnel. Quartiers Nord, centre ville, quartiers Sud, migrants, banditisme, rap, football, soleil, mer, j’ai délibérément choisi de jouer avec les clichés de Marseille qui en fait n’en sont pas. Marseille c’est vraiment ça, qu’on le veuille ou non. Et en même temps, cette ville est suffisamment grande et riche de différentes cultures pour qu’on puisse choisir d’entrer dans tel ou tel univers et en sortir quand on veut.

Galerie photos

Votre #AvisPolar

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

ConnexionS’inscriremot de passe oublié ?

Bepolar.fr respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. et nous veillons à n’illustrer nos articles qu’avec des photos fournis dans les dossiers de presse prévues pour cette utilisation. Cependant, si vous, lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe constatez qu’une photo est diffusée sur Bepolar.fr alors que les droits ne sont pas respectés, ayez la gentillesse de contacter la rédaction. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.