#Mafia : « Shantaram » de Gregory David Robert

N°14 au palmarès des meilleurs livres du crime organisé selon BePolar

Notre tour du monde des mafias se poursuit avec un pays que l’on n’attend pas quand on parle de crime organisé : l’Inde, avec le foisonnant Shantaram de l’australien Gregory David Roberts. Roman-fleuve, quête de sens, de rédemption et d’identité, grande fresque de Bombay, Shantaram dépasse le cadre de la mafia, vu comme un enfer sur terre.

L’histoire :

Australie, 1980. Lin s’évade de prison, et atterrit sous une fausse identité dans les rues fourmillantes de Bombay, où il espère disparaître. Il pénètre peu à peu le monde secret de la « ville dorée », où se côtoient prostituées et religieux, soldats et acteurs, mendiants et gangsters. Fugitif sans famille, Lin cherche inlassablement à donner un sens à sa vie, d’abord en improvisant un dispensaire dans un bidonville, puis à l’échec de celui-ci en faisant ses premières armes dans la mafia de Bombay. Cette quête le conduira jusqu’à la guerre, à la prison et ses tortures, et à une série de trahisons sanglantes. Puis à la rédemption, enfin. Mais les clés du destin de Lin se trouvent entre les mains de son mentor, Khader Khan, parrain de la mafia, à la fois criminel, saint et philosophe, et surtout de Karla, femme mystérieuse, belle et dangereuse dont Lin tombe follement amoureux. Ce roman épique nous plonge dans une Inde fascinante et marque l’entrée en littérature d’une voix extraordinaire.

Pourquoi ce livre est important :

Œuvre de fiction inspirée du parcours pour le moins mouvementé de l’auteur, on suit donc les « sillons de vie » du « double littéraire » de Gregory David Roberts.Shantaram, c’est d’abord une déclaration d’amour passionnée envers l’Inde et tout particulièrement Bombay. Mégalopole tentaculaire de tous les excès, où se côtoient les religions et les gangs, les sagesses millénaires et les pires corruptions, la misère crasse et toutes les formes d’espoir que lien humain peut engendrer.

Le personnage de Lin rencontre des archétypes de ceux qu’héberge cette ville-monde (expatriés, taxis, mystiques, masses pauvres des bidonvilles, junkies, dealers, prostituées et proxénètes, stars de Bollywood…) et vit mille expériences : confident, médecin, paysan, homme d’affaires, prisonnier, amoureux transi et membre de gang donc, une expérience qui va marquer sa vie au fer rouge.

Peut-on se défaire des cicatrices du passé ? Est-on condamné au crime ? Cette question récurrente quand on aborde le devenir des criminels trouve un développement intéressant dans Shantaram. Fuyant son sombre passé, Lin va vivre sa réelle déchéance en côtoyant les gangs. Après une première rédemption au contact de ce pays inconnu et qui le fascine, Lin va plonger dans l’enfer de la mafia par amour de la l’argent, puis par fidélité mal placée.

En quête d’une figure paternelle, Lin va suivre graduellement et aveuglement (bien qu’avec des réticences) un émir du crime et de la sainte guerre et basculer du côté obscur. Un second roman a commencé, qui porte les marques du crime organisé : du vice, des drogues, de l’argent sale, de la violence, de la tromperie. Ces épisodes de terreur et de pulsions « sentent le vécu », par exemple quand l’auteur nous livre un véritable cours sur les trafics de monnaies ou la falsification de passeports.

Mais Lin est un repris de justice en quête permanente de rédemption : tout d’abord en retraite philosophique et linguistique puis en infirmier des pauvres, il y gagne son paradis (temporaire), des idéaux et un surnom, « Shantaram » (homme de la paix de dieu) qui lui serviront de boussole pendant sa traversée des enfers, enchainement de situations et d’actions effrénées. Comme si l’auteur opposait à l’infortune du crime organisée la mystique idéaliste indienne : amours et violences trouvent leur résolution dans la transcendance et l’oubli de soi.

Ce qu’il faut retenir (pour briller en société) :

1. Il y a des similitudes entre le parcours de Roberts et celui de Lin. A 24 ans l’auteur devient héroïnomane suite à la perte de la garde de sa fille, puis commet une série de vols en costume, sans violence et à l’aide d’un faux pistolet qui lui valurent le surnom de « gentleman bandit ». Condamné, il s’enfuit de son Australie natale et passe des années de cavale à Bombay. Son roman est un mélange inextricable de fiction et d’autobiographie, sa connaissance de l’Inde, de ses bas-fonds et de ses gangs nourrissent abondamment cette fiction, écrite en prison.

2. Énorme succès d’édition dans les pays anglo-saxons, les droits d’adaptation de Shantaram ont été acheté pour un montant très élevé, mais le projet de film d’avance pas : après Peter Weir, le réalisateur du Cercle des poètes disparus ou de The Truman Show, la réalisatrice Mira Nair (Le Mariage des moussons, Salaam Bombay !) semblait tenir la corde, mais…

3. Si vous avez aimé ce livre, on vous conseille aussi Le Seigneur de Bombay de Vikram A. Chandra où l’on suit le parcours d’un flic de quartier qui enquête sur le suicide mystérieux du chef de la pègre de Bombay.

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