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L’année du dragon, de Michael Cimino (1985)

Les pépites du polar

Chinatown, quartier chinois de New York. Les célébrations du nouvel an chinois sont émaillées d’assassinats foudroyants, à commencer par celui de Jackie Wong, un baron de la pègre qui régnait d’une main de fer sur tout le quartier. Stanley White, commissaire de police et vétéran, propose à sa hiérarchie de mettre un terme avec force et fracas aux exactions à Chinatown. S’amorce pour lui une enquête épineuse où le gangstérisme jouxte la corruption des pouvoirs en place…

De prime abord, "L’année du dragon" s’apparente à un polar comme Hollywood en a produit des centaines depuis les années 1930. C’est l’histoire pratiquement mythologique d’un flic incorruptible qui choisit d’extirper toutes les malversations et toute la corruption d’une ville (ici du quartier de Chinatown à New York). Mais bien entendu, ce dernier rencontre sur sa route la vive opposition de ses supérieurs, peu scrupuleux d’interrompre le commerce juteux et commode qu’ils entretiennent depuis trop longtemps avec les gangsters. On connaît cette histoire par cœur et pourtant Michael Cimino en fait quelque chose qui brille de mille feux à chaque plan.

Cinq ans après "La Porte du Paradis", naufrage iconique du Nouvel Hollywood en partie responsable de la faillite du studio United Artists, le metteur en scène parvient (après une série de projets abandonnés) à renouer avec le cinéma avec "L’année du dragon", production Dino De Laurentis. Si le film répond d’une certaine façon à une obligation commerciale (éponger les dettes du réalisateur) et bénéficie d’une méthode de tournage bien moins ambitieuse que pour les chefs d’œuvre passés du réalisateur ("Voyage au bout de l’enfer", "La Porte du Paradis"…), le résultat n’en demeure pas moins impressionnant. L’intrigue a beau cette fois être dépouillée de tout ornement ou presque (la qualité proustienne du récit laisse place au minimalisme), l’action suivre un fil rouge et les dialogues s’en tenir à une logique mathématique, Michael Cimino ne délaisse pas complètement toutes les ambitions auxquelles il se trouve habituellement assujetti.

L’écriture subtile du personnage principal incarné avec génie par Mickey Rourke dans "L’année du dragon" en témoigne : loin de la caricature ou du redresseur de tort à la Harry Callahan ("L’Inspecteur Harry" de Don Siegel), le commissaire s’avère tout en nuances. Raillant avec ironie ses interlocuteurs en ne cessant de leur rappeler ses origines polonaises ici ou là, le personnage possède une vision tout sauf idéaliste de l’Amérique. Devant la célèbre photographie représentant la jonction des rails de L’Union Pacific et de la Central Pacific (à Promontory Point dans l’Utah en 1869), il fait notamment remarquer que pas un seul chinois ne figure sur le cliché alors qu’il est de notoriété publique que le chemin de fer transcontinental fut justement construit en grande partie par ces derniers. Critique à l’égard des médias, il réfléchit avec circonspection aux démons de l’Amérique, sans tout mettre arbitrairement sur le dos de la drogue ou du crime. Ainsi, derrière son allure et son tempérament a priori classiques, Stanley White témoigne modestement d’une profondeur insoupçonnée, singulière et transgressive. Cette philosophie n’intervient pas seulement dans les dialogues, elle se répand aussi à travers la mise en scène, le cadrage : il suffit parfois d’un plan sur le drapeau faussement triomphant des USA pour dégonfler la vanité de l’illusoire rêve états-unien.

Toute cette dimension réflexive et critique contamine l’ensemble de la mise en scène de "L’année du dragon". Aussi didactiques et écrites soient les séquences (un brin classiques, diront certains inconditionnels du Cimino baroque de l’âge d’or), elles cachent toutes une complexité qui fait du long-métrage l’un des joyaux de la filmographie du cinéaste. Son atmosphère, ses cadrages même les plus anecdotiques, recèlent une magie et un savoir-faire inouïs. Certains plans d’ensemble frisent le génie, de même que la plupart des décors rivalisent de somptuosité. Pour beaucoup, la trajectoire solitaire de Stanley White menée au détour de ces scènes grandioses ne s’apparente pas à autre chose qu’à la métaphore d’un Cimino vacillant, amené à combattre de lui-même car isolé et abandonné par le monde du cinéma (suite à l’échec dantesque de "La Porte du Paradis"). Enfin, "L’année du dragon" dissimule aussi par-dessous ses atours de film noir une authentique dynamique de mélodrame : le moment tranchant où White se sépare de son épouse le montre bien, de même que sa relation avec la journaliste Tracy Tzu, délicate par instant. Autant de détails qui font du long-métrage un incontournable, malgré à l’époque un accueil critique et public mitigé.

Mention spéciale pour quelques scènes absolument virtuoses : celle où White passe à tabac le ponte de la mafia chinoise dans une boîte de nuit avant de poursuivre deux femmes lui tirant dessus, ou encore l’ultime combat dans le brouillard d’une voie de chemin de fer, magistrale.

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