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Affaires privées, de Mike Figgis

Les pépites du polar

L’histoire d’"Affaires privées" rappelle en filigrane celle de Serpico(Lumet, 1973), mais en plus axée thriller récréatif. D’un côté, évolue Raymond Avila, personnification de l’intégrité et de la rigueur, tout juste promu au rang d’inspecteur à la police des polices de Los Angeles. Un homme si absorbé par son travail qu’il voit son épouse Kathleen se détacher de lui, alors qu’il poursuit une enquête aux côtés de sa coéquipière Amy Wallace. De l’autre, manigance Dennis Peck, policier en apparence au-dessus de tout soupçon mais secrètement organisateur d’un vaste trafic gangrénant les services de police. Entre ces deux-là, une bataille en rang serré va s’amorcer…

Sans prétendre aux aspérités qui font les chefs d’œuvre, "Affaires privées" déroule un scénario de petit malin, foisonnant de péripéties et de protagonistes souvent passionnants. Mais pourquoi le (re)découvrir ?

Pour l’affrontement Andy Garcia / Richard Gere

"Affaires privées" est de ces thrillers dont l’intérêt, pour l’essentiel, repose sur son casting. En 1990, Andy Garcia se trouve au sommet de la gloire (il vient notamment de tourner dans "Le Parrain 3" de Francis Coppola), tandis que la carrière de Richard Gere n’est pas en reste. Une bonne raison pour que ces deux-là se voient réunis dans un duel haut en couleurs, avec d’une part l’honnêteté faite homme (Garcia en Raymond Avila), d’autre part la corruption incarnée (Gere dans le rôle de Dennis Peck). Leur inimitié, bien développée par l’intrigue et les multiples rebondissements, se voit par ailleurs rehaussée par des seconds rôles solides, à l’image par exemple de William Baldwin en policier perdu ou encore de Nancy Travis. Certes, on n’atteint pas la maestria d’un "Heat" (Mann, 1995) avec un combat dantesque Pacino-De Niro, mais c’est très efficace.

Pour la transfiguration d’un sex symbol

A la sortie d’"Affaires privées" en 1990, Richard Gere a déjà trouvé sa place depuis dix ans à Hollywood. Il doit alors pour beaucoup sa célébrité à deux films : "American Gigolo" (Schrader, 1980) et "Officier et gentleman" (Taylor Pickford, 1982), dans lesquels les cinéastes avaient surtout exploité son potentiel érotique plutôt qu’exploré ses véritables capacités d’acteurs, pourtant bel et bien existantes – en témoignent le talent qu’il démontra quelques années plus tôt dans "A la recherche de Mr. Goodbar" (Robert Mulligan, 1977), "Les Moissons du ciel" (Malick, 1979) ou encore "Yanks" (Schlesinger, 1979). Or, "Affaires privées" constitue pour lui un tournant, une expérience à contre-emploi : il transforme l’acteur en monstre impitoyable, flic corrompu aussi effrayant que magnétique. Regrettable toutefois que l’arrivée en fanfare de "Pretty Woman" (Garry Marshall, 1990) ait si promptement remis en question cette trajectoire inhabituelle. Il faudra attendre 20 ans, avec la sortie de "L’Elite de Brooklyn" (Antoine Fuqua, 2010), avant qu’un tel phénomène ne se reproduise pour l’acteur.

Pour son atmosphère typique des polars urbains eighties

Dans les années 80 et jusqu’au début des années 90, les thrillers et polars urbains déploient toute une série d’ingrédients que l’on retrouve film après film : la violence graphique et les crimes sanglants, une propension affirmée à l’érotisme et bien sûr une ambiance poisseuse et glauque. Reprenant en tout point cette logique, "Affaires privées" en adopte l’ensemble des attributs quitte à en devenir classique et éviter toute singularité. La mise en scène, sans relief particulier, préfère ainsi se dissimuler derrière l’histoire, résolument noire et perverse, sans échappatoire. Le tableau que dépeint le cinéaste Mike Figgis manque dès lors fatalement de cette petite originalité qui permettrait de l’identifier plus facilement parmi les nombreux films du genre. Cela n’empêche pas cependant parfois cette œuvre un brin traditionnelle de briller, et même de divertir voire fasciner.

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