Petite histoire du polar au cinéma, épisode 1 - les prémisses

Avant-propos
À l’instar de son homologue littéraire dont il se nourrit et qu’il influence, le polar au cinéma - dit "film policier" - s’illustre à travers une multitude de sous-genres. Films de détective, films de gangsters, films de serial-killer, thriller… les déclinaisons abondent. Résultat, il s’avère épineux d’en présenter un schéma absolu, la recette variant d’une œuvre à l’autre. Aussi, vaut-il mieux admettre que chaque long-métrage du genre possède sa singularité, même si on le verra, des styles bien déterminés se distinguent au fil des décennies.

Des voleurs et des gendarmes dès l’aube du cinématographe

Les cinéastes ont joué au gendarme et au voleur dès les balbutiements du cinéma, dans un premier temps via la comédie. Apparaissent alors des films burlesques pétris de tartes à la crème et de coups de pied aux fesses. Retenons notamment le succès des Keystone Cops, saynètes mettant en scène des policiers de fiction totalement incompétents et insensés.

Toutefois, aussi nombreux furent les films muets des pionniers à explorer la thématique, c’est surtout à l’aube et au début des années 1910 que l’enquête policière commence à s’imposer en tant que genre à part entière. Les plus tatillons noteront certes l’apparition en 1900 du personnage le plus couru de toute l’histoire du cinéma dans Sherlock Holmes Baffled d’Arthur Marvin – l’irruption du détective éponyme sur bande 16 mm dure alors 30 secondes. Mais cette brève rencontre, comme beaucoup de films à l’époque, n’impose pas encore de courant spécifique.

Nick Carter, précurseur du serial

En 1908, la Société Française des Films Éclair choisit Victorin Jasset pour développer un feuilleton inspiré des histoires du détective Nick Carter, une série de romans écrite par l’Américain John R. Coryell entre 1887 et 1888. En découlent plusieurs films mis en scène de 1909 à 1912, dont Nick Carter, le roi des détectives. Le premier aventurier du cinéma vient de naître. À noter pour l’anecdote qu’il faut patienter ensuite plus d’un demi-siècle pour voir réapparaître le personnage sous les traits de l’acteur Eddie Constantine dans Nick Carter va tout casser (Henri Decoin, 1964) et Nick Carter et le trèfle rouge (Jean-Paul Savignac, 1965).

Fantômas et Les Mystères de New York

De même, le réalisateur Louis Feuillade transpose à l’écran de 1913 à 1914 les aventures rocambolesques de Fantômas, génie du crime créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain. À l’image du serial, ces polars populaires génèrent à l’époque un succès sans précédent. C’est que l’occasion pour les spectateurs est trop belle pour ne pas se soustraire par le divertissement à la guerre et à ses conséquences politiques. Dans le même temps, Maurice Tourneur en fait autant avec le reporter Joseph Rouletabille en 1913 en adaptant Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux. Tandis qu’Abel Gance y va de son film policier avec L’Énigme de dix heures en 1915. La même année, Louis Gasnier réalise 14 épisodes du serial à succès Les Mystères de New York. Ce prototype du film à suspense, avec son détective, sa demoiselle en détresse et ses histoires de meurtre, fera longtemps office de modèle.

Puis en 1922, Henri Fescourt met en scène le ciné-roman Rouletabille chez les bohémiens, scénarisé par Gaston Leroux en personne. Alors que Fritz Lang, de concert, sort Le Docteur Mabuse, film de gangsters avant l’heure. En même temps que le cinéma semble en voie de légitimation, des codes inhérents au polar commencent à poindre. Difficile alors de distinguer encore une atmosphère caractéristique tant l’idée semble de surfer sur la logique industrielle initiée par le roman serial, hormis chez Feuillade peut-être. Qu’importe : un genre s’amorce avec netteté dans le paysage cinématographique, qui n’aura de cesse de faire florès avec l’arrivée du parlant.

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