Derrière les panneaux, il y a des hommes - Joseph Incardona

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Résumé :

Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l’autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois.
Il observe, il surveille, il est patient.
Parmi tous ceux qu’il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s’agite dans un monde clos, quelqu’un sait, forcément.
Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s’agacent, se disputent. Sous l’asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes.
Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes.
L’urgence.
Pierre n’a jamais été aussi proche de celui qu’il cherche.

Vos avis

  • Nicolas Elie 7 juillet 2017
    Derrière les panneaux, il y a des hommes - Joseph Incardona

    T’es déjà allé sur une autoroute toi aussi ? Ouais, forcément. T’as fait comme moi, t’as roulé et tu t’es arrêté de temps en temps sur une aire d’accueil ? T’en as chié toi aussi ? Je veux dire tous ces gens qui te marchent presque dessus, qui te regardent de travers quand tu prends un café et que tu mets trop longtemps à récupérer ton gobelet à base de pétrole ? Ben ouais, c’est du plastique le gobelet.

    Tu t’es baladé dans les espaces aménagés avec les bancs, les tables en bois d’arbres, tout ça ? Ah. Toi non plus… Ouais, c’est assez triste, on est d’accord.

    Quand t’auras lu ce roman, tu vas plus t’arrêter pareil. Je veux dire que tu regarderas plus les gens pareil. Tu vas chercher, toi aussi, qui se cache derrière les panneaux.

    Je t’explique.

    Joseph Incardonna, il t’emmène juste derrière les sourires fabriqués, juste derrière les pubs pour les sandwiches sous cellophane, juste derrière les panneaux, et c’est sacrément bon.

    On trouve rarement une telle qualité d’écriture, et notamment dans le roman noir. Une écriture d’une âpreté telle que tu vas sans doute parfois avoir envie de sauter un passage, que certaines scènes vont te sembler surréalistes quant à leur contenu, tellement les mots s’enchaînent sans laisser la place à rien d’autre que le ressenti, à la chaleur et à la sueur qui va te dégouliner dans le dos et tremper ton tee-shirt, parce que le 15 août, dans les bagnoles, il fait chaud. Très chaud.

    J’étais persuadé qu’à part chez Villon, on pouvait difficilement faire de la poésie avec des cadavres pendus. Me suis gouré. Incardonna il peut le faire.

    L’histoire, même si je suis pas sûr qu’elle soit importante, comme d’habitude.

    Pierre, il est sur l’autoroute où sa fille a disparu. Il cherche le mec qui l’a enlevée. Il le cherche partout, dans les restos, sur les parkings, dans les regards des gens qu’il croise, partout. Il cherche le croque-mitaine. Et toi, tu le cherches avec lui.

    Quand le noir est écrit comme ça, c’est de l’art. Quand le noir t’emporte aussi loin c’est du plus que parfait.

    Pierre, au contraire de la Lucilia Caesar (tu chercheras), il est mort à l’intérieur. Il fait pas de pollinisation, il roule, et parfois il s’arrête. Il croise Lola, la pute qui aime les gens. Et puis Chacal, un journaleux en quête de scoop, Tia, celle qui a fait rêver les hommes avant d’être vieille, Julie et Thierry, deux flics qui cherchent, eux aussi, le type qui enlève les petites filles.

    C’est donc du noir, et pas celui qui laisse passer la lumière, celui sur lequel tu as passé plusieurs couches pour que rien ne transparaisse. Tu sais pas où chercher, toi non plus, alors tu roules avec Pierre. Tu regardes les touristes avec Pierre. Tu t’arrêtes avec Pierre. Tu bouffes un sandwich insipide avec Pierre.

    Vacances.

    15 août.

    La merde qui sent plus rien tellement il fait chaud.

    Et puis il y a Pascal.

    Il est sourd Pascal. Et il aime les petites filles. Pas pour ce que tu crois, juste pour leur donner de l’amour et pour être aimé en retour. Pascal, il est personne.

    Un style fait de scansions, celles qui t’obligent à respirer comme quand il fait chaud et que les chiens halètent pour se rafraîchir. Tu vas en sortir fatigué, épuisé sans doute, mais ravi d’avoir trouvé la perle que tu attendais.

    Tout est triste, sale, même le sexe, pas un instant où tu vas te dire qu’Incardonna s’est un peu laissé aller à sourire. Des sourires, y en a pas. J’en ai pas vu un seul.

    J’ai dit une fois qu’un roman que je venais de terminer avait été écrit avec une lame de rasoir. C’est le cas de celui-ci. Pas celle qui te sert à virer les poils superflus.

    Celle qui t’ouvre la gorge, ou le ventre, et qui laisse voir ce qu’il y a à l’intérieur des hommes.

    Ceux qui sont derrière les panneaux.

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