#Mafia : « La Griffe du chien » de Don Winslow

N°5 au palmarès des meilleurs livres du crime organisé selon BePolar

Chef-d’œuvre. Le mot n’est pas galvaudé quand on aborde le premier des livres de notre top 5 consacré au crime organisé : La Griffe du chien du Don Winslow. Près de 800 pages éblouissantes et immersives dans le le trafic de drogue à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, une fresque à la beauté violente dont James Ellroy a dit qu’elle est « une vision grandiose de l’Enfer et de toutes les folies qui le bordent ».

L’histoire :

La Griffe du chien
L’agent de la DEA Art Keller, Seigneur de la frontière americano-mexicaine, a juré sur la tombe de son adjoint d’employer tous les moyens, légaux ou illégaux, pour mettre un terme au trafic qui inonde son pays. Le Seigneur de la drogue Miguel Angel Barrera, puis ses neveux Adan et Raul répliquent dans le sang et écrasent quiconque, ami ou ennemi, leur barre le chemin. Callan, un Irlandais né au cœur de la mafia new-yorkaise, devenu tueur, puis mercenaire presque malgré lui ; le père Juan Parada, archevêque de Guadalajara, qui lutte auprès des plus hautes autorités de l’Église pour la survie de centaines de milliers d’Indiens anéantis par la guérilla, chassés de leurs terres, empoisonnés par les produits chimiques ; son amie Nora, qui use de ses charmes tarifés et de son tempérament hors du commun pour faire et défaire alliances, marchés et compromis... Tous jouent une partie mortelle sur un échiquier grand comme le monde. Depuis les jungles d’Amérique centrale, la Federacion Barrera distille un poison qui conduit à la folie des hommes. Ni la justice ni la foi ne veulent plus rien dire. L’instinct seul s’impose : celui qui tue, celui qui sauve.

Cartel
2004. Adan Barrera, incarnation romanesque d’El Chapo, ronge son frein dans une prison fédérale de Californie, tandis qu’Art Keller, l’ex-agent de la DEA qui a causé sa chute, veille sur les abeilles dans un monastère. Quand Barrera s’échappe, reprend les affaires en main et met la tête de Keller à prix, la CIA et les Mexicains sortent l’Américain de sa retraite : lui seul connaît intimement le fugitif.
La guerre de la drogue reprend de plus belle entre les différentes organisations, brillamment orchestrée par Barrera qui tire toutes les ficelles : la police, l’armée et jusqu’aux plus hauts fonctionnaires mexicains sont à sa solde. Alors que la lutte pour le contrôle de tous les cartels fait rage, avec une violence inouïe, Art Keller s’emploie à abattre son ennemi de toujours. Jusqu’où ira cette vendetta ?

Pourquoi ce livre est important :

La Griffe du chien, c’est d’abord une plongée immersive dans la peau des acteurs du trafic de drogue. Quatre personnages principaux (parmi une galerie bien plus riche) égrènent ce roman : Art Keller, agent de la DEA (Drug Enforcement Administration, la police fédérale chargée de lutter contre le trafic de drogue) en quête de justice et de vengeance, Adan Barrera, seigneur mexicain de la drogue et des deux fils sanguinaires, Juan Parada, archevêque humaniste épris de justice sociale et Nora Hayden, prostituée de luxe qui sera à la croisée de tout ces chemins.

Winslow nous entraîne dans trente ans de lutte contre le narco-trafic qui gangrène les relations latino-américaines, véritable guerre d’une effroyable cruauté qui s’incarne dans ces quatre destins hors du commun, des personnages charismatiques et hauts en couleur qui ont tous leur part d’ombre et de lumière. On regrettera seulement le côté déjà-vu du justicier seul contre tous et de la prostituée au grand cœur, seules limites à une présence plus haut dans notre classement.

Cette saga est aussi une ode à la beauté violente, aux passions humaines, aux drames de la vie, une fresque tendue et cinématographique d’une rare violence. C’est que le pactole du trafic de drogue aiguise les appétits : trahisons, tortures, corruptions, jeux de pouvoirs, meurtres de sang froid, utilisation d’armes de guerre sont autant de facettes qui donnent à la vie humaine une valeur toute relative...

Le pire est sûrement que ce constat semble très proche de la réalité. Le personnage de Barrera s’inspire à la fois du terrifiant chef du cartel de Sinaloa Joaquín « El Chapo » Guzmán mais aussi de Miguel Ángel Félix Gallardo, chef de la « Federación », cartel de Guadalajara. Les situations décrites y sont souvent avérées historiquement parlant, comme par exemple les ambiguïtés de la CIA, qui lutta à la fois contre les circuits de la drogue (éradication des champs de pavot) mais avant tout contre les mouvements communistes implantés en Amérique latine, quitte à utiliser l’argent du trafic.

Ce roman choral aborde d’autres sujets de société comme le rôle politique de l’Église, influencée par des organisations comme l’Opus Dei, aux côtés des groupes d’extrême-droite et parfois des trafiquants. La lutte pour le pouvoir passe autant par une violence sans bornes que des stratégies d’influence désormais bien connues, comme le financement d’hôpitaux et d’écoles pour les défavorisés afin de se gagner les faveurs populaires et des fiefs sûrs, des scènes vues dans des séries comme Narcos à Medellín, par exemple.

C’est là un autre aspect de l’incroyable travail de documentation que représente ce roman, qui lui donne son aspect profondément réaliste : on suit le contexte mouvementé qui gravite autour du trafic de stupéfiants, la guerre des gangs, les intérêts géopolitiques, économiques et diplomatiques, le grand banditisme et la corruption des juntes militaires. La « guerre de la drogue » y semble encore une fois indispensable mais vaine, tant les décideurs s’attachent à lutter par la force (défoliant sur les cultures dans dans les pays de production, lutte armée, judiciarisation forcenée,) contre la maladie et peu contre les symptômes, la pauvreté et le désespoir.

Ce roman joue également habilement de la frontière entre fiction et la réalité puisqu’y sont évoqués directement des événements historiques comme le séisme de Mexico en 1985, le scandale de l’affaire Iran-Contra, les guérillas marxistes d’Amérique latine (en premier lieu celle des FARC), les figures troubles des présidents républicains Ronald Reagan et George Bush senior, les relations des cartels avec la mafia new-yorkaises (quartier de Hell’s Kitchen)... Des liens qui font froid dans le dos.

Ce qu’il faut retenir (pour briller en société) :

1. Auteur désormais reconnu de la scène polar internationale, Don Winslow, réputé pour son humour caustique, a connu un parcours atypique, lui qui a a été successivement comédien, metteur en scène, détective privé et guide de safari avant de connaître le succès comme romancier.

2. La Griffe du chien a connu deux suites, le formidable Cartel, paru en 2017 et au niveau du première opus (lauréat du prestigieux prix Mystère de la critique) et The Border, paru en 2019 aux États-Unis. On vous invite aussi à découvrir le passionnant Corruption sur un flic charismatique aux pratiques mafieuses.

3. La Griffe du chien, livre profondément « cinématographique », n’a pourtant et pour l’instant pas été adapté. Deux autres romans de Winslow ont déjà eu cette chance, Mort et vie de Bobby Z, réalisé par John Herzfeld en 2007 sous le nom Kill Bobby Z et Savages avec le film éponyme réalisé par Oliver Stone en 2012 où jouent notamment Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson, Blake Lively, John Travolta, Salma Hayek et Benicio del Toro.

Galerie photos

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  • Jean-Claude Thalier 3 février 2019
    #Mafia : « La Griffe du chien » de Don Winslow

    Un même fleuve, deux vérités. Sur les rives du Rio Bravo, on sait que de « l’autre côté du pont se trouve le marché gigantesque, l’insatiable machine à consommer qui fait naître de la violence ici. Les américains fument de l’herbe, sniffent de la coke, s’injectent de l’héroïne, s’enfilent de la meth ». Au bord du Rio Grande, on pointe « le doigt vers le sud, avec mépris, en parlant du problème de la drogue et de la corruption au Mexique ». Énoncé du problème et quadrature d’un cercle infernal.

    Il fallait que ce soit un américain, auteur reconnu, pour dénoncer la paranoïa de son pays qui considère l’amérique centrale comme son pré carré, sa propriété exclusive et indivisible. Le credo de Washington c’est : « Ils ont l’absolue liberté de choisir ce que nous voulons qu’ils choissent ». Toute velléité de révolte - qui, naturellement, ne saurait être que d’inspiration communiste - doit être étouffée dans l’œuf, fermement réprimée. A n’importe quel prix. Que ce soit en milliards de dollars ou en compromissions honteuses. Et tant pis si les gosses de New-York, Los-Angeles ou Boston, l’avenir de la nation, crèvent du crack ou autres joyeux produits festifs. Mieux vaut traiter avec les narcos que de laisser s’exprimer la colère des affamés, des spoliés, des sans-voix, des orphelins d’une guerre qui ne dit pas son nom, des esclaves. Medellin et Cali sont préférables à Santiago ou Buenos Aires, Escobar à Allende. Leçon de « real démocratie » concoctée par des experts (*) qui se prennent pour des cadors, qui arment les dictateurs, les oligarchies corrompues et les possédants (En 1952, au Guatemala, 2 % de la population détenait 98 % des terres). Les petits et nombreux conseillers de la virginale Maison-Blanche ont déversé des marées d’aides économiques et loué les services de colombiens, soldats des cartels, mais également de « sud-africains et rhodésiens ayant perdu leur propre guerre et cherchant leur revanche. Et aussi des israéliens, des libanais, des russes, des irlandais et des cubains. Au total, un putain de village olympique bourré d’assassins sous contrat ». Ajoutons, pour faire bonne mesure, des anciens des SAS, des ex-Seals ou Marines dotés d’équipement dernier cri et des militaires locaux formés et entraînés à Fort Benning (Géorgie) sous l’égide d’un « truc » inventé pour la circonstance : « l’École des amériques ».

    Mais voilà… Le diable a tôt fait de transformer les apprentis sorciers en petits morveux déboussolés et dépassés par leurs chimères, en canards sans tête incapables de retrouver leurs trous du cul. Et, pendant ce temps là, la dope continuait et continue encore d’inonder le marché. Business is magic ! America is a winner !

    Mario Puzo avait romancé le fonctionnement d’une famille de la mafia italo-américaine avec le succès que l’on sait, Don Winslow vous propose, lui, la saga des narcotraficants à travers l’affrontement sanglant entre Art Keller et Adán Barrera.

    (*) L’administration américaine et ses - très - nombreuses agences ne retiennent pas les leçons des errements passés. Au Vietnam, la CIA, non contente de fournir la troupe sur place, rapatriait via Air America la drogue au pays pour financer ses opérations secrètes. En Afghanistan, la Kyber-Pass servait à alimenter les talibans en armes en échange de pavot au nom de la lutte contre l’ennemi russe. On sait ce que cela a donné…

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